Le groupe jihadiste Jama’at Nasrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), principale coalition armée affiliée à Al-Qaïda au Sahel, a lancé un appel à l’établissement d’un «gouvernement légitime régi par le Livre d’Allah et la Sunna de Son Prophète» au Mali.
Par Samir MÉHALLA
Dans un communiqué publié le 9 juin par son agence de propagande Al-Zallaqa, l’organisation dirigée par Iyad Ag Ghaly a simultanément adressé un avertissement sans équivoque à la Russie, évoquant explicitement le «désastre afghan» des années 1970.
Le JNIM exige l’instauration d’un gouvernement nouveau et légitime, qui gouvernera selon le Livre d’Allah et la Sunna de Son Prophète (paix soit sur lui), faisant ainsi de la charia le fondement exclusif du futur État malien.
Un appel à la mobilisation pan-ethnique
Le texte enjoint aux :
«Peuples de la région, toutes composantes, tribus et ethnies confondues, à se dresser d’un seul bloc sincère pour repousser l’agression des envahisseurs», tentant de dépasser les clivages communautaires au nom du jihad.
L’avertissement à la Russie fuse :
«La poursuite des massacres de civils innocents par les Russes entraînera inévitablement une haine accrue des peuples du Sahel à leur égard […] bien supérieure à celle nourrie contre les États occidentaux».
Le communiqué rappelle avec ironie :
«Les choix militaires aventuristes du gouvernement russe […] témoignent de leur imprudence et de leur aveuglement […] sans tirer les leçons de leur bourbier afghan des années 1970».
Le contexte militaire : recomposition des forces russes
- Le retrait ambigu de Wagner
L’annonce intervient 48 heures après la déclaration officielle du groupe Wagner mettant fin à sa mission de 3 ans au Mali. Dans une vidéo Telegram, Wagner a revendiqué :
– L’élimination de milliers de terroristes
– La reconquête de villes stratégiques (Gao, Tombouctou, Ménaka, Kidal)
– Le doublement des territoires sous contrôle gouvernemental
- L’arrivée du «Corps d’Afrique»
Dans un twitt géopolitique, la «Légion Africaine» russe a immédiatement annoncé prendre le relais via Telegram :
«La Russie ne recule pas […] elle intensifie au contraire son soutien substantiel à Bamako».
Revendications territoriales du JNIM
Le communiqué énumère une série de «victoires décisives» contre l’armée malienne et ses alliés russes dans 12 localités :
«Notre combat est une bataille de résistance contre l’envahisseur étranger russe […] jusqu’à l’indépendance totale sous la charia» – Extrait du communiqué.
Le rappel de la guerre afghane (1979-1989) n’est pas fortuit :
- Parallèle stratégique : Comme en Afghanistan, la Russie s’enlise dans une guerre asymétrique coûteuse.
- Usure des troupes : Plus de 200 mercenaires russes tués depuis 2022 selon le Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique.
- Échec contre-insurrectionnel : Les attaques jihadistes ont augmenté de 38% en 2024 (ONU).
Réactions internationales
– CEDEAO : Silence radio depuis la rupture de Bamako avec l’organisation.
– France : Le Quai d’Orsay suit «avec la plus grande vigilance la mutation des dispositifs sécuritaires».
– ONU : La MINUSMA, dont le retrait s’achève en décembre 2025, n’a pas commenté.
Alors que la Russie remplace Wagner par une structure officielle, le JNIM capitalise sur son ancrage local :
Contrôle de 60% des zones rurales du Mali (Africa Center for Strategic Studies)
Alliances tribales renforcées avec les Peuls et Touaregs
Le spectre d’un «Émirat sahélo-saharien» se profile, tandis que Moscou risque de reproduire les erreurs soviétiques dans un désert plus vaste encore que les montagnes afghanes.
S.M.