Le Dr Abdelkader Haddouche, universitaire et ancien député du FLN, représentant de la communauté algérienne du Sud de la France à l’Assemblée nationale est revenu dans un entretien accordé, avant-hier, à un site électronique sur la dernière visite en Algérie du PDG de CMA-CGM, Rodolphe Saadé, un proche de Macron.
D’emblée, l’ex député estime que cette visite pourrait être «un indicateur d’efforts parallèles de pacification», et une «réouverture progressive des relations» avec une personnalité plus proche du monde économique que des politiques. «Je pense que la décision de recevoir cet opérateur économique au Palais d’El Mouradia par le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune a été prise à un moment où on a senti que du côté de l’Elysée on cherche à apaiser les tensions et trouver une issue positive à ce quiproquo franco-algérien qui n’a que trop duré. Je pense que les deux démarches sont louables et prouvent que le sens des intérêts et défis communs priment et l’emportent sur le reste».
Pour lui, cette visite du PDG de la compagnie maritime CMA-CGM, est un choix tout à fait possible que l’Elysée a opté pour une personnalité du monde économique afin d’«envoyer un message à Alger» en l’absence de contacts directs via des canaux officiels qu’ils soient politique, diplomatique ou sécuritaire. «La visite de cet homme doit sans doute avoir une double mission, c’est-à-dire économique et politique et faire comme on dit d’une pierre de coups. Je pense que d’un côté comme de l’autre, on commence à s’interroger sur les graves conséquences sur plusieurs plans que pourrait engendrer la continuité d’une telle crise. Envisager un rapprochement entre les deux gouvernements est quelque chose de souhaitable et le plutôt sera le mieux pour tout le monde» ajoute-t-il. Mais le député avertit tout de même les deux pays d’un éventuel engrenage qui pourrait s’avérer néfaste. «Il ne faut surtout pas que cette crise s’éternise sinon ça sera en faveur des courants idéologiques populistes qui misent sur l’escalade jusqu’à atteindre le point de non-retour dans ces relations bilatérales, d’où l’urgence et l’impérieuse». Pour étayer ses propos, le Dr Haddouche estime que «dans certains cercles autour d’Emmanuel Macron à l’Elysée et d’autres en dehors ne valident pas la ligne politique de l’actuel gouvernement français vis-à-vis de l’Algérie, d’autant qu’elle est contre-productive, y compris aux yeux des partisans de l’extrême-droite française».
Et de pointer le doigt sur l’actuel ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau : «Presque tout le monde parmi les initiés de la politique française s’accorde à dire aujourd’hui que l’actuel ministre de l’Intérieur fait de la carte algérienne un slogan pour un besoin de politique interne», précise-t-il. Du côté algérien et sur le plan médiatique plus précisément, le Dr Haddouche suggère de tempérer les ardeurs et d’éviter surtout la surenchère. «Il faudra peut-être, éviter de commenter moins souvent les déclarations et sorties du patron des LR dès lors et actuel ministre de l’Intérieur. Cette campagne médiatique risque d’avoir l’effet inverse. Sinon, oui la médiation peut se révéler efficace et apporter de vraies solutions à des problématiques réelles et complexes (à l’instar de celle que nous évoquons) là où des politiques n’ont pas réussi. Ensuite ce qui compte au final, ce sont les résultats d’autant que le volume des intérêts culturels, économiques et commerciaux ainsi que celui des défis sécuritaires et géopolitiques en Méditerranée et dans le monde entre l’Algérie et la France sont loin d’être insignifiants pour ne pas agir des deux côtés afin de contenir cette crise qui ne fait que perdurer».
Pour le Dr Haddouche, les autorités algériennes ne peuvent pas rester insensibles à cette situation. «La particularité de la crise politique entre les deux gouvernements et l’impasse dans laquelle se trouve la relation bilatérale exigent des efforts particuliers supplémentaires des deux côtés», a-t-il indiqué.
Mahmoud Tadjer