De plus en plus critiqué, à droite comme à gauche, le ministre de l’Intérieur subit ces derniers jours, après avoir pris la tête du parti LR, une bronca sans précédent. A commencer par un membre du gouvernement actuel. La ministre de l’Éducation nationale, Elisabeth Borne était interrogée sur les nombreuses propositions sécuritaires émanant du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, dans un contexte de compétition pour la présidentielle 2027.
«Sans doute que la future élection présidentielle pousse certains à s’exprimer de façon très médiatique… Je pense qu’il vaut mieux privilégier la réflexion, le fond et les vraies réponses», grince Élisabeth Borne. «Je pense qu’il est nécessaire de rappeler que l’action du gouvernement ne se mesure pas en décibels sur les sujets régaliens», fait-elle encore valoir. Plusieurs personnalités politiques françaises ont pointé l’obsession de Retailleau de vouloir s’attirer l’électorat de l’extrême droite en vue de la prochaine élection présidentielle en France en «favorisant un climat de racisme antimusulman» ayant conduit au meurtre de plusieurs personnes, appelant à sa démission pour avoir failli à sa mission de protéger les Français. «Par clientélisme, par volonté d’aller chercher un électorat, notamment celui qui vote à l’extrême-droite, Bruno Retailleau, depuis de longues années, a des mots qui facilitent, qui légitiment les comportements racistes», a déclaré le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure sur une radio locale, suite au meurtre raciste d’un Tunisien dans le sud-est de la France. De son côté, la députée du groupe écologiste et social, Sabrina Sebaïhi a indiqué avoir alerté le gouvernement français depuis plusieurs mois sur les prises de parole de Bruno Retailleau qu’elle a une nouvelle fois appelé à démissionner de son poste de ministre de l’Intérieur. «Nous demandons la démission de Bruno Retailleau parce que je crois qu’il participe activement à cette fracture dans notre pays (en) ciblant une certaine catégorie d’individus», a-t-elle souligné dans une déclaration à la presse, relevant que les prises de parole du ministre ont encouragé des militants d’extrême droite à passer à l’acte en commettant des crimes odieux. Retailleau, accusé de courtiser l’extrême-droite à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, «est un incendiaire qui fait mine de s’insurger du racisme et de ses conséquences, alors qu’il l’alimente chaque jour à la tête du ministère de l’Intérieur», a, pour sa part, affirmé lors d’un point de presse Thomas Portes, député du parti La France Insoumise (LFI). Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard a, quant à lui, estimé que Bruno Retailleau «contribue à un climat d’islamophobie», prenant pour exemple sa récente sortie contre le port du voile qui «pointe du doigt l’ensemble des concitoyens français de confession musulmane».
Dans un post sur les réseaux sociaux, le député LFI a également réagi à une déclaration de Bruno Retailleau mercredi sur une radio dans laquelle il a accusé le parti de gauche de «tisonner les braises de l’antisémitisme dans le but de draguer» le vote musulman. Il a rappelé que «la loi définit l’injure raciste comme toute expression outrageante, terme de mépris ou invective adressée à une personne ou à un groupe à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée. Quand vous dites que le vote musulman n ’est pas antisémite, vous entrez exactement dans cette définition en outrageant un groupe en raison de sa religion», a-t-il dénoncé, tout en appelant Bruno Retailleau à démissionner. Abondant dans le même sens, le député LFI, Bastien Lachaud a également pointé la responsabilité de Bruno Retailleau dans la recrudescence des crimes antimusulmans en France. «Aujourd’hui, des musulmans sont insultés et menacés chaque jour, poignardés dans des mosquées, tués de plusieurs balles chez eux mais le pyromane au service de l’extrême-droite continue à faire exploser l’islamophobie d’Etat», a-t-il dénoncé. Et d’ajouter : «Accuser le vote musulman d’antisémitisme, c’est insulter des millions de Français, c’est leur mettre une cible dans le dos.
Bruno Retailleau est une menace pour l’unité nationale. Il doit partir», dit-il. Il y a quelques jours, c’est lui qui a annoncé la couleur en annonçant son départ si le vote sur la proportionnelle est passé au Parlement. «Toutes les options sont ouvertes», a-t-il dit depuis Matignon. Le nouveau patron des Républicains n’a pas exclu un départ du gouvernement, refusant de porter au Parlement la proportionnelle chère à François Bayrou.
Mahmoud Tadjer