Depuis la prise du pouvoir par les putschistes à Bamako, les Forces armées maliennes (FaMa) continuent de subir de sérieux revers dans leur supposée guerre contre le terrorisme. Au Nord comme au Centre ou au Sud du pays, l’armée malienne est en déroute.
La junte au pouvoir qui croyait pouvoir se passer de l’Algérie en décidant unilatéralement de mettre fin à l’Accord de paix et de réconciliation d’Alger ne parvient plus à ramener cette «paix promise». Y compris avec l’aide des mercenaires de Wagner qui se voient aujourd’hui contraints de quitter le pays après notamment la défaite marquante subie à Tinzaouatine. La junte dirigée par le président malien Assimi Goita qui a pris le pouvoir de force en 2021 et qui prolonge indéfiniment la période de transition, accusait même l’Algérie de «soutenir» le terrorisme pour justifier ses multiples échecs, alors même qu’au sein de la population malienne se lèvent de plus en plus de voix pour dénoncer une gestion sécuritaire catastrophique et chaotique.
Des opposants à ce putschiste exilés en Europe ont même annoncé l’année dernière la création d’un gouvernement de transition hors du pays, dirigé par le magistrat Mohamed Chérif Koné, ancien premier avocat général près la Cour suprême du Mali, radié pour son opposition au gouvernement militaire. Le temps a donné raison aux opposants à l’intérieur et à l’extérieur du pays qui se préoccupent d’abord de l’étau qui se resserre de plus en plus sur l’activité politique au Mali mais aussi et surtout d’une situation sécuritaire des plus compliquées et ses effets dévastateurs sur les populations. En témoignent les récentes attaques à répétition que subissent les Forces armées maliennes (FaMa) autrefois aidées par Wagner qui n’a d’autres choix désormais que de se retirer des zones qu’elle est supposée protéger. Qu’elle est supposée avoir «sécurisé». Une nouvelle attaque contre le camp de Boulkessi a forcé l’armée, qui multiplie les revers, à quitter la zone centre du pays, laissant les populations seules face aux groupes armés. Une nouvelle attaque contre ce camp situé au centre, jeudi a coûté la vie à plusieurs militaires, selon un élu local, qui affirme que «les derniers militaires maliens qui étaient dans le camp l’ont abandonné». Dimanche dernier, au moins 30 soldats avaient été tués dans ce même camp, selon des sources sécuritaires et locales, dans une attaque revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, de son acronyme en arabe). Le bilan pourrait être plus lourd, selon des sources sécuritaires. Le JNIM a affirmé avoir tué «plus de 100 éléments de l’armée malienne et ses mercenaires» lors de cette attaque et saisi des véhicules, des armes et des munitions, dans un message publié sur sa plateforme de propagande Al-Zallaqa.
La communication a été authentifiée mardi dernier par SITE, ONG américaine spécialisée dans le suivi des groupes radicaux. Sur la plateforme «Notre continent», une contribution d’un Malien, créateur de contenu, résume le désarroi des Maliens. «Le 6 juin 2025, l’armée malienne s’est retirée du camp stratégique de Boulkessi, dans le centre du pays, après avoir subi deux attaques meurtrières en moins d’une semaine (…). Ce nouvel épisode dramatique vient confirmer une réalité accablante : l’État malien est incapable d’assurer la sécurité de ses propres soldats, encore moins celle de sa population. Et c’est ce constat d’impuissance que nous dénonçons aujourd’hui, avec force», écrit-il. «Depuis plusieurs années, le Mali s’enfonce dans une crise sécuritaire sans précédent. Après le retrait de la force française Barkhane, les autorités maliennes avaient promis de reprendre le contrôle du territoire national, d’assurer une réponse souveraine face au terrorisme. Aujourd’hui, le pays est morcelé, ses régions du Nord et du Centre livrées aux groupes jihadistes, et ses forces armées en débandade.
Le retrait de l’armée malienne de Boulkessi, jadis symbole d’une présence militaire forte dans le centre du pays, illustre un abandon pur et simple», assène-t-il estimant que ce retrait «est le symbole d’un échec : celui d’un État qui ne dispose ni des moyens, ni de la stratégie, ni du leadership nécessaires pour défendre son territoire». Or la junte qui refuse d’admettre ses échecs justifie son abandon des populations par un retrait «stratégique» et «tactique». Que dire alors des autres attaques ? Des hommes armés ont en effet attaqué jeudi un poste de sécurité militaire à Mahou, dans le sud du pays, faisant cinq morts et 10 blessés. Des sources locales ont attribué l’attaque à des djihadistes.
Lundi dernier, un assaut coordonné avait aussi visé un camp militaire de Tombouctou ainsi que l’aéroport de la ville. C’est dire l’ampleur de la crise sécuritaire que vit le Mali, en proie à de multiples assauts à cause de la mauvaise gestion des putschistes qui croyaient également qu’abandonner la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour créer avec le Niger et le Burkina Faso l’Alliance des Etats du Sahel (AES) allait les aider à s’imposer comme une force régionale sur le plan économique mais aussi militaire. Force est de constater que les forces armées maliennes ne peuvent constituer un gage de sécurité. Ces attaques ont mis à nu l’impuissance de la junte et le départ de Wagner en est la preuve. L’appel Africa Corps changera-t-il la donne ? Tout dépendra en tout cas de la façon dont agira Moscou avec les «Africa Corps» et sa nouvelle stratégie dans la région.
A.I.