Les accusations du général nigérien, Abdourahamane Tiani, révèlent une fracture profonde entre l’Alliance des Etats du Sahel et l’Occident, où la France est dépeinte comme l’architecte d’une « guerre néocoloniale » et maître d’œuvre du terrorisme au Sahel.
Synthèse Badis. B.
L’exonération de l’Algérie souligne son statut d’acteur régional pivot, bien que fragilisé par les recompositions politiques. La Confédération sahélo-saharienne incarne désormais une alternative souverainiste, combinant coopération militaire endogène et rejet des anciennes puissances coloniales. Cette dynamique pourrait redéfinir l’équilibre des forces en Afrique de l’Ouest, avec l’Algérie comme médiateur…
Les accusations de Tiani révèlent une fracture profonde entre l’AES et l’Occident, où la France est dépeinte comme architecte d’une « guerre néocoloniale ». L’exonération de l’Algérie souligne son statut d’acteur régional pivot, bien que « fragilisé » par les recompositions politiques et artificielles.
La Confédération sahélo-saharienne incarne désormais une alternative souverainiste, combinant coopération militaire endogène et rejet des anciennes puissances coloniales. Cette dynamique pourrait redéfinir l’équilibre des forces en Afrique de l’Ouest.
Accusations contre les puissances occidentales
Le général Abdourahamane Tiani, président de transition nigérien, accuse la France, l’Union européenne et l’ancien régime américain d’être les « principaux acteurs de la déstabilisation du Sahel ». Il évoque un « plan néocolonial » incluant des enlèvements d’Occidentaux, des financements occultes et des campagnes médiatiques pour affaiblir les régimes militaires de la Confédération des États du Sahel (AES : Niger, Mali, Burkina Faso).
– Structures françaises incriminées :
– Une cellule dirigée par Jean-Marie Bockel (envoyé spécial d’Emmanuel Macron), actif depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger.
– La « cellule Sahel de l’Élysée » coordonnée par Christophe Guilhou, associé DGSE, diplomates et francophonie, disposant de « fonds illimités ».
– Tactiques attribuées à l’Occident :
– Recrutement de web-activistes pour une « guerre communicationnelle ».
– Soutien logistique à des groupes terroristes via des réunions secrètes (ex. : à Abuja en janvier-février 2025 avec Boko Haram et l’EI).
Implication présumée dans le terrorisme
Tiani affirme qu’Ag Ghali, chef d’Ansar Eddine et du GSIM (groupe lié à Al-Qaïda), est un instrument de la France pour propager l’instabilité au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Il souligne son rôle dans la prise de villes comme Gao et Tombouctou en 2012, soutenue financièrement par AQMI à hauteur de 400 000 euros.
Les États-Unis sont accusés d’appuyer l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS), rival du GSIM, notamment lors d’attaques contre des civils pendant le Ramadhan.
Exonération de l’Algérie et son rôle régional
Contrairement aux accusations de la junte malienne contre Alger, Tiani exonère l’Algérie de toute responsabilité dans la déstabilisation régionale. Il rejette les « allégations malveillantes » la présentant comme un soutien aux séparatistes ou terroristes.
– Statut géopolitique de l’Algérie :
Médiateur clé dans les accords de paix (ex. : Accords de Tamanrasset en 1991 et d’Alger en 2006 impliquant Ag Ghali).
Son influence décline face à l’émergence de l’AES et à la montée des souverainismes militaires. Alger reste néanmoins un acteur incontournable en raison de ses frontières avec le Mali (1 300 km) et le Niger (950 km), et de son rôle dans la lutte contre les trafics et l’islamisme radical.
Crise frontale : L’Algérie surveille avec inquiétude l’activité rebelle à Tin Zaouatine (frontière malienne), où des frappes de drones maliens et des combats entre séparatistes touaregs et groupes Wagner menacent sa sécurité.
Mesures de l’AES contre l’ingérence
La force unifiée sahélo-sahélienne est opérationnelle depuis juillet 2023. Elle a mené trois opérations tripartites (janvier-février 2025) pour contrer les menaces terroristes et l’ingérence occidentale.
Motivée par des preuves de financement de groupes armés via des comptes de la Croix-Rouge, elle chasse le CICR de la région.
Fermeture des frontières : Le Bénin est visé pour héberger des « troupes françaises de déstabilisation » et entraîner des jihadistes. Le Niger maintient sa frontière fermée avec ce pays.
Les révélations du général Tiani mettent en lumière les enjeux géopolitiques du Sahel, où des acteurs étrangers, notamment la France, cherchent à maintenir leur influence dans une région stratégique tout en s’opposant aux aspirations souveraines des États sahéliens, dont l’Algérie joue un rôle stabilisateur essentiel. La région doit donc continuer à favoriser une approche régionale, inclusive et souveraine pour faire face aux défis sécuritaires et politiques.
B.B.
