Si la politique des subventions des produits de large consommation adoptée par les pouvoirs publics vise en théorie à préserver le caractère social de l’Etat, en pratique, c’est loin d’être le cas.
À chaque publication d’une nouvelle loi de finances, l’on se rend compte que les pouvoirs publics, soucieux de préserver le pouvoir d’achat des citoyens, reconduisent quasi-automatiquement la politique des subventions tous azimuts. Outre les transferts sociaux qui grèvent sérieusement le Trésor public et représentent une part importante du PIB, les subventions directes aux produits de large consommation, à la santé, à l’éducation ou à l’énergie, continuent d’être consentis mais qui bénéficient hélas à tous (riches ou pauvres). À titre illustratif, les dépenses à caractère social contenues dans la LF 2025 sont de l’ordre de 5.872,37 milliards dinars alloués en autorisations d’engagement (AE) et 5.928,18 milliards de dinars en crédits de paiement (CP). Près de 660 milliards de dinars sont destinés à couvrir les subventions aux produis de large consommation comme les céréales (348,96 milliards DA), le lait (100 milliards DA), l’eau dessalée (88 milliards DA) et l’énergie (23 milliards DA).
Aussi, l’Etat consacre 100 milliards de dinars pour la stabilisation des prix du sucre et de l’huile. Faut-il alors revoir complètement la politique des subventions de l’Etat ? La question a, à mainte fois, été posée. Que ce soit pour les produits de large consommation ou des produits énergétiques notamment. Il a même été question d’opter pour une formule qu’on disait alors plus adaptée qui tiendrait en compte les équilibres budgétaires, sans pour autant toucher au caractère social de l’Etat. On évoquait alors la politique des ciblages. «Les subventions profitent de manière disproportionnée aux groupes à revenu moyen élevé et sont donc inefficaces en tant qu’outil de protection sociale. Nombre d’entre elles sont régressives et renforcent, plutôt que corrigent, les inégalités existantes», notait il y a déjà trois ans, l’expert Abdelrahmi Bessaha favorable à la réforme de la politique des subventions. Elles entraînent même, selon lui, «la surconsommation et le gaspillage» et encourageraient aussi «la contrebande et l’activité au marché noir, ce qui peut entraîner des pénuries de produits subventionné». Ces remarques se vérifient bien sur le terrain.
Des notes salées
Citons un exemple des plus anodins à première vue, mais qui dévoile en partie la face cachée de l’iceberg : Le commerce des «Boulangers-pâtissiers», puisqu’on est à la veille de l’Aid El Kebir où la demande sur ces produits augmente significativement. Des produits qui ne sont plus à la portée des petites bourses. Comme dans beaucoup d’autres «commerces» et industries, à l’instar de l’agroalimentaire, les boulangers-pâtissiers profitent amplement des subventions de l’Etat. Non pas celles qui pourraient leur être logiquement destinées comme l’énergie à titre d’exemple mais celles des produits de large consommation utilisés comme composants essentiels dans leurs produits finaux destinés à la vente directe, c’est-à-dire les pâtisseries.
Un simple « mille-feuille » de mauvaise qualité de surcroit, est cédé entre 100 et 120 dinars. Ceci sans parler d’autres gâteaux dits de «luxe» qui coutent les yeux de la tête, alors que les produits de bases (sucre, huile, farine, semoule…) sont des produits subventionnés. Pour «contourner» la loi, ils feignent de baisser les taux pour échapper à d’éventuels contrôles mais pas les prix qui suivent eux, «la logique du marché». De l’offre et de la demande que la spéculation a aujourd’hui gangréné.
S’il est vrai que l’Etat essaie aujourd’hui de réguler ce marché en imposant notamment de lourdes sanctions aux spéculateurs et en renforçant les contrôles (cas des cafés qui utilise le lait en sachet ou vendent le café subventionné à 50 dinars la tasse, il n’en demeure pas moins qu’une solution définitive à ces « détournements » devrait être sérieusement pensée.
A.I.
