Dans un contexte de refonte stratégique de l’économie nationale, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a indiqué dimanche lors de la réunion du Conseil des ministres qu’il assurera personnellement l’accompagnement et le suivi de la création de deux nouvelles instances chargées de l’organisation et de la gestion des opérations d’exportation et d’importation.
Selon le communiqué du Conseil, ces deux structures seront établies sur des bases juridiques solides, modernes et adaptées aux standards internationaux. Le président Tebboune a ainsi ordonné le report de leur présentation afin de perfectionner les textes régissant leur fonctionnement, soulignant que ces instances devront être viables sur le long terme et à l’abri des dérives du passé. «Il s’agit de rompre définitivement avec les pratiques opaques qui ont caractérisé les anciens organismes chargés de l’importation», précise le communiqué, appelant à une régulation rigoureuse et à une coordination renforcée entre le ministère du Commerce extérieur, les banques, la Banque centrale et les Douanes. Le président a mis l’accent sur la protection de la production nationale et la rationalisation des importations. Des spécifications précises devront être définies pour les importateurs et exportateurs, avec la mise en place de centrales d’achat et de mécanismes de régulation pour améliorer la visibilité sur les opérations d’importation. Il a également insisté sur la nécessité de n’importer que les ressources vitales et en cohérence avec le volume réel de la production locale. En ce sens, des normes spécifiquement algériennes seront mises en place pour encadrer l’importation, quel que soit le type de produit.
Nécessité d’une réforme en profondeur
Interrogé sur les annonces présidentielles, l’économiste Nabil Djemaâ a salué une démarche «indispensable» face au désordre actuel. «Il n’y a aucun cadre clair, et l’ALGEX n’avait pas rempli son rôle de régulation. Il faut une réorganisation complète du processus d’importation», a-t-il affirmé. Selon lui, il est urgent de réviser le règlement de la Banque d’Algérie n°07-01, de prioriser les biens essentiels, et de lutter activement contre les fausses factures. Il plaide aussi pour une meilleure évaluation des besoins du marché et une importation raisonnée : «Dans le passé, certains produits ont été importés à des coûts exagérés pour une qualité médiocre. La numérisation doit jouer un rôle central dans la nouvelle architecture.» Concernant l’exportation, Nabil Djemaâ appelle à une dynamique plus ambitieuse. «Il faut concentrer les efforts sur la promotion des produits algériens à l’étranger.
De nombreuses entreprises ne disposent pas de représentations commerciales à l’international. Cette nouvelle instance devra les y encourager activement», a-t-il suggéré. Il recommande également de renforcer le soutien aux PME exportatrices, d’alléger les lourdeurs bureaucratiques, et de digitaliser les aides pour en assurer une distribution équitable et rapide. Le rôle des services économiques dans les ambassades et consulats est également à renforcer, dans une logique d’intelligence économique. Pour réussir cette transformation, le recours à des compétences réelles en commerce international est jugé crucial. « Les nouvelles instances doivent être dotées d’équipes maîtrisant les normes internationales, capables de conseiller efficacement les opérateurs sur les exigences des marchés étrangers », insiste Nabil Djemaâ.
Une gestion transparente
Enfin, il souligne l’importance d’une gestion segmentée et transparente des opérations d’exportation, en distinguant clairement les fonctions logistique, financière et commerciale, pour garantir efficacité et responsabilité. De son côté, l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA) a exprimé son soutien à cette initiative présidentielle. Dans un communiqué, elle affirme que «l’organisation du commerce extérieur revêt une importance capitale pour la promotion des exportations, la rationalisation des importations et le soutien aux entreprises nationales». L’ANCA a salué la volonté d’établir des normes algériennes strictes à respecter par tous les opérateurs économiques, une mesure jugée essentielle pour renforcer la souveraineté économique. L’Association a également encouragé les importateurs à se structurer en coopératives d’achats groupés, une stratégie qui permettrait de gagner en transparence et de faire face aux aléas des marchés mondiaux.
Quant aux producteurs locaux, artisans, PME et startups, ils sont appelés à créer des coopératives de production, leur offrant une meilleure compétitivité tant sur le plan de l’importation de matières premières que pour l’exportation de leurs produits.
Islam K.
