Contact
  • Banner SOVAC 728x90

Monde

Derniere minute

TRAVAILLER AU MAROC : Les chemins de… nulle part



L'homme qui pensait en avoir fini avec les procédures, réalisait peu à peu qu'il avait encore beaucoup de chemin à parcourir. Cela faisait un mois qu'il travaillait… Un mois qu'il lui avait fallu pour rassembler papier après papier, pour pouvoir remettre son dossier et être régularisé aux yeux des autorités marocaines.

La dame en face de lui ouvrait à peine la bouche quand elle évoquait l'absence de tel ou tel document et ne le regarda pas une seule seconde sur la dizaine de minutes que dura l'entretien. Elle lui remit une liste de ce qu'il fallait encore fournir. L'attestation de l'Anapec (Agence nationale pour la promotion de l'emploi et des compétences) restait ce qui hantait le plus l'homme. Il avait entendu dire que l'obtention de cette attestation relevait du parcours du combattant: prouver que le poste ne pouvait être occupé par un Marocain. Il avait naïvement pensé que puisqu'il travaillait déjà, la question ne se posait plus. Que nenni. Il était abattu et aussi énervé. Sur le site web, il n'était pas marqué qu'il fallait que chaque document soit légalisé. La liste des documents à fournir n'était pas exhaustive. «Notre site web est en cours d'actualisation», lui rétorqua l'employée.

Cherchant à en savoir plus, après avoir légalisé tous azimuts les documents déjà en sa possession dans la commune la plus proche, il demanda des compléments d'information à des connaissances professionnelles. Celles-ci l'envoyèrent chez un responsable du domaine qui lui expliqua: «Si tu n'es pas marié, détaché, c'est-à-dire envoyé par la maison mère, ou enregistré au registre du Commerce, en tant que Français, tu dois passer par l'Anapec. C'est long. C'est laborieux mais c'est obligatoire. Tu devras renouveler le certificat un an plus tard puis encore une fois pour la troisième année. Après, on t'accordera dix années d'autorisation de travail sur le territoire. Tout est question de convention. Les conventions spéciales concernent l'Algérie, la Tunisie et le Sénégal. Les ressortissants de ces pays ne doivent pas passer par l'Anapec». 

Pourtant, il avait déjà tous les papiers : le contrat de travail en 5 exemplaires ; la demande de visa de travail en 2 exemplaires ; les copies des diplômes ; les copies de la carte de CNSS ; la copie du registre de la société et celle du statut de la société. Le responsable lui apprit qu'avoir légalisé sa signature sur les contrats ne suffisait pas. L'employeur, également signataire dudit contrat, devait également légaliser la sienne. Donc, même sans le souci le l'Anapec, il faudrait revenir à Rabat. L'Anapec restait toutefois le plus gros nœud du problème. 

Notre protagoniste redoutait ces démarches. Il avait entendu par des connaissances étrangères des cas précis comme celui d'un architecte à qui on avait plusieurs fois refusé le fameux certificat. Il avait dû analyser dans les détails les programmes universitaires marocains en architecture et comparer ces cursus à celui qu'il avait suivi chez lui. Il avait trouvé des cours, dispensés chez lui, qui ne l'étaient pas au Maroc et avait mis cette particularité en avant, en expliquant en quoi celle-ci expliquait la spécificité de sa candidature. Après de nombreuses tentatives, il avait finalement obtenu le certificat. L'employé en demande de régularisation, espérant que sa régularisation prendrait moins de temps, s'empressa de prendre connaissance des mesures à suivre pour obtenir l'attestation positive. Il lut le document diffusé sur le site de l'Anapec: 1. Phase de réception de la demande : La demande de l’attestation d’activité d’un salarié étranger est formulée directement par l’entreprise auprès de la direction générale de l’ANAPEC. La demande est enregistrée dans un registre spécifique, après vérification de l’ensemble des pièces du dossier fourni par l’entreprise. Le dossier est composé des pièces suivantes :  Demande formulée par l’entreprise adressée au DG de l’ANAPEC, contenant le nom, prénom et l’emploi (métier) qu’exercera le futur salarié étranger ; Copies légalisées des diplômes et attestations de travail ; C.V. du salarié étranger ; Fiche descriptive du poste à occuper, remplie et validée par l’entreprise ; Fiche annonce concernant l’offre d’emploi dans deux journaux, un francophone et un arabophone. 2. Phase de diffusion et de réception des candidatures : l’offre d’emploi est diffusée par l’entreprise dans la presse nationale, mentionnant l’envoi des candidatures au journal qui transmettra à l’ANAPEC (ndlr : le tirage du journal doit dépasser 10 000 exemplaires). Un délai de 10 jours est accordé pour la réception des candidatures à compter de la date de la dernière parution. En parallèle, une requête de recherche de profils-cible sur notre base de données, des chercheurs d’emploi, est effectuée au niveau central. La liste extraite de la base de données ANAPEC correspondant au profil recherché est envoyée par messagerie électronique à l’agence de rattachement pour exploitation. De même, l’offre est affichée sur le site web de l’ANAPEC pour récupérer d’éventuelles candidatures. 3. Phase de traitement de la demande : Sur la base de la liste extraite du SIGEC (base Anapec) et les dossiers envoyés au journal.., l’agence procède à un rapprochement entre les candidatures et le poste à pourvoir et présélectionne les candidats répondant au profil recherché. Eventuellement, un autre entretien en vue d’une deuxième présélection et de vérification de disponibilité des candidats sera organisé. A la fin de cet entretien ; un procès-verbal sur l’opération est rédigé accompagné de la liste des candidats présélectionnés. 4. Phase de l’établissement de l’attestation : Après contrôle des rapports reçus suite à l’opération de traitement de l’offre, une décision est prise pour l’établissement : 1. cas : S’il n’existe aucun profil répondant à l’offre d’emploi, une attestation positive (absence de candidats) est établie par la cellule A/E de la Direction générale. 2. cas : S’il existe un ou plusieurs profils répondant à l’offre d’emploi, la liste des candidats présélectionnés est transmise à l’entreprise pour entretien et sélection. 3. cas : Si l’entreprise décide l’inexistence du profil objet du recrutement parmi les candidats présélectionnés ; un procès verbal est rédigé et transmis au ministère pour prise de décision. Il ne fallait pas qu'il se décourage.Pourtant, dès l’introduction de cette nouvelle mesure en 2006, même la presse annonçait cet obstacle conséquent : «L’attestation d’activité pour les salariés étrangers émanant de l’Anapec est devenue le sésame pour l’obtention d’un contrat de travail d’étranger au Maroc». A tout hasard, il regarda si l’expert n’avait pas omis une possible exception à laquelle l’homme pourrait appartenir. Il n’était pas né au Maroc ni n’y avait résidé pendant 6 mois. Il n’était pas expert technique, footballeur, artiste. Il ne possédait pas d’entreprise… Il releva les yeux de ses recherches infructueuses et soupira. Tout de même, se dit-il, d’autres étrangers que l’architecte avaient dû y parvenir. Il se souvint alors d’avoir entendu des bruits auxquels il n’avait pas vraiment prêté attention : certains travailleurs étrangers, devant la difficulté d’obtenir l’attestation positive de l’Anapec, travaillaient sans contrat, parfois pendant des années. D’autres, moyennant quelque milliers de dirhams, se procuraient le document si précieux auprès d’agents des forces de l’ordre peu regardants. Il restait, pour sa part, déterminé à respecter les règles. Il y arriverait. Décidé, il se leva de son siège et alla faire un tour dehors. Il acheta une cigarette au vendeur le plus proche et la fuma silencieusement, pensif. Il faisait beau. Il observa la jungle casablancaise qui le charmait chaque jour un peu plus. Il y arriverait. Il le devait. 

A.E.A

 

  • Pub Laterale 2
  • Banner Salem 2