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AFRIQUE DU NORD, Croissance malgré la dette et les réfugiés



Les économies des pays de la zone Maghreb et MENA sont une parcelle d'éclaircie dans les sombres perspectives que note la Banque mondiale pour 2019 dans son dernier rapport. Selon les estimations, la croissance dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord s’est améliorée en 2018, pour atteindre un taux de 1,7 %, grâce à l’accélération de l’activité à la fois dans les pays exportateurs et importateurs de pétrole.

Chez les importateurs de pétrole, la croissance se serait raffermie durant l’année qui vient de s’achever. Au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG), l’augmentation de la production et des prix du pétrole a entraîné un assouplissement des pressions budgétaires, favorisant ainsi la hausse des dépenses publiques et l’amélioration des soldes extérieurs courants. 

Dans les pays exportateurs de pétrole non membres du CCG, la croissance régionale est freinée par le ralentissement de l’économie iranienne et les sanctions américaines. En Algérie, on estime que les dépenses publiques ont contribué à accélérer la croissance, qui a atteint 2,5 % durant l’année écoulée. Pays importateur de pétrole, l’Égypte a connu une croissance plus rapide que durant l’exercice budgétaire précédent, à un rythme de 5,3 %. Cette embellie s’explique par le fait que l’activité touristique et l’industrie du gaz naturel continuent de montrer des signes de fermeté, le taux de chômage a globalement diminué et les réformes se poursuivent. Une récolte agricole abondante et une conjoncture touristique favorable ont contribué à stimuler la croissance au Maroc et en Tunisie en 2018, que l’on estime avoir atteint 3,2 % et 2,6 % respectivement.

La croissance de la région devrait progresser à 1,9 % en 2019. En dépit du ralentissement du commerce international et du durcissement des conditions de financement extérieur, on prévoit qu’elle sera favorisée par des facteurs intérieurs tels les réformes des politiques publiques notamment. Les pays exportateurs de pétrole devraient connaître une légère amélioration de la conjoncture économique cette année, la croissance collective des membres du CCG augmentant rapidement pour atteindre 2,6 %, contre 2 % en 2018. Ce taux devrait augmenter davantage à la faveur d’un surcroît d’investissements et de la réforme des cadres réglementaires. En Iran, on prévoit un ralentissement de la croissance en 2019, au rythme de 3,6 %, les sanctions commençant à peser sur ce pays. L’Algérie devrait décélérer à 2,3 % du fait de la diminution progressive des dépenses publiques, qui avaient connu une augmentation considérable l’année dernière. Alors que les réformes tendent à renforcer le climat des affaires, stimulant l’investissement, et que la consommation des ménages augmente, l’Égypte devrait voir sa croissance s’accélérer pour atteindre 5,6 % durant l’exercice 2019.

Au Maroc et en Tunisie, les taux de croissance devraient s’établir à 2,9 % en 2019, grâce aux réformes entreprises et à l’amélioration de l’activité touristique. Les prévisions de croissance pour la région reposent sur le double postulat que les tensions géopolitiques ne s’intensifient pas de façon considérable, et que les conflits affectant certaines économies auront des répercussions limitées sur le reste de la région. La balance des risques penche négativement sur les perspectives régionales. De nouveaux conflits dans les économies fragiles pourraient dégénérer et porter davantage atteinte aux revenus et à l’activité économique des populations, sans parler de la santé et du bien-être de ces dernières. Ils pourraient en outre accroître l’impact de la crise des réfugiés sur les économies d’accueil et d’origine. Une escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran aurait des conséquences néfastes sur la région. Les facteurs géopolitiques, combinés à l’incertitude autour des volumes de production attendus des pays exportateurs de pétrole, pourraient provoquer l’instabilité des prix du pétrole. Des prix plus bas assombriraient les perspectives de la région, particulièrement des pays exportateurs de pétrole, alors qu’ils pourraient avoir un effet bénéfique sur les pays importateurs. Le durcissement des conditions de financement à l’échelle mondiale pourrait affecter les pays importateurs et exportateurs de la région de la même manière. Le niveau élevé de la dette extérieure libellée en devises dans certains pays importateurs donne à penser que ceux-ci risqueraient de souffrir d’une forte appréciation du dollar des États-Unis. En revanche, l’augmentation des dépenses de reconstruction dans les économies touchées par un conflit (p. ex. l’Irak) pourrait être positives sur les pays voisins. Après avoir tourné à plein régime au début de 2018, l'économie mondiale a perdu de la vitesse en cours d'année et le chemin pourrait être encore plus cahoteux en 2019.

L'avertissement de la directrice générale de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva, donne le ton. Et ce ne sont pas les freins potentiels à l'activité économique mondiale énumérés dans le rapport de la Banque mondiale qui démentent ses propos. Intensification des tensions commerciales, hausse de la dette publique et privée, incertitudes sur la production pétrolière sont ainsi mises en exergue quant aux perspectives de l'année 2019. Excepté pour les pays de la région Maghreb-Moyen-Orient (Mena). Leur croissance commune devrait en effet se renforcer, pour atteindre 1,9 % en 2019, même si certains pays «continuent de faire face à une dette publique élevée et, dans certains cas, aux défis associés à la crise actuelle des réfugiés», notent les économistes du rapport. Mais la vigueur de la production agricole et du tourisme a contribué à soutenir la croissance des importateurs de pétrole de la région, le Maroc et la Tunisie en tête. Dans ce pays, les revenus liés au secteur touristique ont bondi, et enregistré une hausse à plus de 45 % en 2018. Si l'impression globale est positive, les analystes restent vigilants sur les facteurs qui pourraient menacer la dynamique. Et la menace ne vient pas forcément de l'intérieur. Car ce sont des facteurs d'ordre géopolitiques, ainsi que des inquiétudes portant sur la production pétrolière qui pourraient perturber la bonne trajectoire. Les conflits aux frontières, qui peuvent réduire l'accès aux services de santé et de l'eau des populations des économies fragiles, et aussi aggraver l'impact de la crise des réfugiés sur les économies d'accueil et d'origine, peuvent également freiner la croissance.

Enfin, une nouvelle augmentation des tensions commerciales pourrait peser lourdement sur la demande d'exportation de la région Mena. Un risque qui pourrait être légèrement atténué si les nations en question mettaient en place «une intégration commerciale plus poussée entre pays voisins». Mais au-delà des menaces conjoncturelles, c'est un secteur bien particulier qui, à terme, empêchera la croissance de perdurer : celui de l'informel, qui représente un quart du PIB de la région Mena. Une informalité plus élevée dans les économies d'Afrique du Nord, où sa part s'élève à 26 %. En cause ? Le faible dynamisme du secteur privé et une diversification économique limitée, dans des structures économiques établies de longue date. Ainsi, bien que l'informalité puisse offrir des opportunités d'emploi utiles lorsque le secteur formel présente des distorsions et que la gouvernance est médiocre, elle reste tout de même associée à une productivité plus faible, à des salaires bas et à une croissance moins inclusive. Cet impact à terme négatif, quelques pays l'ont bien compris. La concrétisation d'outils issus de la fintech, tels que des innovations permettant d'automatiser les transactions financières, peut également faciliter les services financiers aux personnes informelles non bancarisées ou aux petites et moyennes entreprises. Enfin, plusieurs pays du Maghreb ont initié des politiques en faveur du développement de la formation professionnelle, devant la recrudescence de jeunes diplômés au chômage et se réfugiant dans le secteur de l'informel.

 

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