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Brexit, 9 000 emplois de la City gagnés par l’Europe



La société de transfert d’argent TransferWise annonce l’ouverture d’une branche à Bruxelles. Quelques 885 milliards d’euros de fonds propres ont été transférés de la City au reste de l’Union européenne. La lente fuite de la City, au goutte-à-goutte, continue. TransferWise, l’un des plus importants groupes de «fintech» («technologie financière»), a annoncé, jeudi 10 janvier, qu’il ouvrait un bureau à Bruxelles pour faire face au Brexit. 

L’entreprise britannique de transfert international d’argent demande une licence de monnaie électronique auprès du régulateur belge et va déplacer «un petit nombre d’employés» dans la capitale européenne. «Bruxelles est au cœur de toutes les affaires européennes. Ouvrir un bureau dans cette capitale nous semble tout à fait logique», explique Kristo Käärmann, PDG et cofondateur de TransferWise. Au regard de la taille de l’entreprise – 1 400 employés à travers le monde et déjà dix bureaux internationaux –, la décision est presque marginale. Mais l’accumulation de déménagements similaires commence à peser. 

Selon le décompte tenu, chaque trimestre, par le cabinet de consultants EY – qui interroge anonymement 222 entreprises de la City –, 7 000 emplois ont été ou vont être déplacés «à court terme du centre financier londonien vers l’Union européenne (UE). Il faut y ajouter 2 000 personnes que ces sociétés ont recrutées localement, dans différents pays de l’UE. Soit 9 000 emplois gagnés au total par les Vingt-Sept. Les banques, les assureurs et les gérants d’actifs ont aussi dû transférer une partie de leur bilan au sein de l’UE. Les régulateurs l’exigent : pas question pour eux d’accorder une licence si les fonds propres ne sont pas déménagés, au moins en partie. Selon EY, au moins 800 milliards de livres (885 milliards d’euros) ont été déplacés dans un des vingt-sept pays. Bien plus que le Brexit, la City craint par-dessus tout l’arrivée au pouvoir de Jeremy Corbyn.. Ne tenez pas compte de la sortie de l’Union européenne. Ces petits ennuis seront une simple «promenade dans le parc», pour reprendre l’expression anglaise. Ce que craint vraiment la City, ce qui empêche les traders de dormir la nuit, ce qui pourrait faire fuir les riches, est une menace qui semble sortie tout droit des années 1970 : «la peur des rouges». ne s’agit pas d’une boutade. L’éventualité de l’arrivée au pouvoir de Jeremy Corbyn, le leader du Parti travailliste, qui apporterait un possible virage à gauche toute, est désormais prise très au sérieux. Sa promesse de se lancer dans un programme de nationalisations, de hausse des impôts et de relance des dépenses publiques fait trembler. La mise en place d’une taxe sur les transactions des produits dérivés et d’un impôt à 50 % sur les hauts revenus (au-dessus de 140 000 euros par an) semble soudain une perspective réaliste. 

L’idée commence à faire sérieusement cogiter sous les lambris de la City. Ainsi cette conversation récente avec un gérant, qui s’occupe de l’argent d’une vingtaine de grandes fortunes : «Le Brexit ne leur fait pas plaisir, mais ça ne change pas grand-chose pour eux. En revanche, si Corbyn passe, ils feront leurs bagages».  Les analystes de Morgan Stanley ont à leur tour tiré la sonnette d’alarme. La banque américaine présentait ses prévisions économiques pour l’année prochaine. La réunion ronronnait tranquillement, dans une salle déprimante, comme seul le quartier d’affaires de Canary Wharf sait en faire : pas de fenêtre, une immense table en bois, un écran plasma gigantesque au mur. C’est alors que Graham Secker, stratégiste chargé des actions européennes, a pris la parole, sans qu’on lui ait rien demandé. «Ce qui m’inquiète vraiment n’est pas cela, mais la possibilité d’un changement de gouvernement. Ce serait le plus important virage politique depuis les années 1970». Lui, dont la mission est de donner des conseils boursiers, estime que «pour le marché des actions, une telle perspective fait peur». Et d’ajouter : «Franchement, je ne vois pas une seule entreprise pour laquelle [l’élection de Jeremy Corbyn] serait positive».  Depuis l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979, les gouvernements britanniques successifs ont effectivement suivi une politique économique relativement similaire. La décennie travailliste de Tony Blair et Gordon Brown (1997 à 2010) n’a pas remis en question les choix fondamentaux de l’Etat : l’intervention du marché – dans les trains, l’électricité, la santé… – était jugée systématiquement positive ; le laisser-faire était érigé en principe fondamental. La crise de 2008 n’a pas provoqué de virage, puisqu’elle a porté au pouvoir David Cameron et son programme d’austérité.

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