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LE ROI DE FRANCE, LES CORSES ET LES BARBARESQUES EN MÉDITERRANÉE, De François 1er à Louis XVI



De François 1er à Louis XVI, le roi de France a eu une politique à l'égard des Barbaresques qui a considérablement évolué, passant par des phases variées au sein desquelles les Corses ont tenu une place particulière.

En effet, à certains moments de leur histoire commune, le Très Chrétien et le monde musulman (Turcs et Barbaresques) ont entretenu des relations si étroites qu'on pourrait presque parler de  quasi "alliance" entre le Roi et les musulmans, notamment du temps de François 1er et Henri II, surtout entre 1519 et 1559, même si ce terme d'alliance est abusif comme le souligne Jean Bérenger.

Les Corses intermédiaires privilégiés entre la France et le monde musulman de François 1er

Du temps de cette pseudo-alliance, les intermédiaires privilégiés de la France avec le sultan et les pays du Maghreb sont des Corses et, plus particulièrement, Sampiero Corso de Bastelica (v.1498-1567), lequel remplit diverses missions au nom du Très Chrétien aussi bien à Alger qu'à Constantinople, auprès du dey comme du sultan, lequel Sampiero fut de 1533 à 1567-date de son assassinat-l'un des principaux agents de la France dans sa politique (secrète notamment) à l'égard du monde musulman. Intermédiaires, les Corses le furent d'autant mieux qu'ils furent nombreux à s'installer à Marseille dès 1533, année où Sampiero assiste au mariage marseillais du futur Henri II avec Catherine de Médicis. En cette même année 1533, Tomasino Lenche (v.1510-1568), Cap Corsin de Morsiglia, s'installe d'ailleurs définitivement à Marseille. Ami de Sampiero, il y mourut peu après lui, en s'étant imposé-comme Sampiero-comme l'un des hommes les plus importants au sein des relations franco-maghrébines entre 1533 et 1568. Telle sera notre première partie : «les Corses intermédiaires privilégiés entre la France et le monde musulman de François 1er aux années 1567-1568». S'ouvre ensuite une deuxième période : celle où la France vit dans un contexte agité. A l'extérieur, ce sont les Turcs qui attaquent Malte en 1565 et les Chrétiens qui s'opposent victorieusement aux Turcs à Lépante en 1571. A l'intérieur, la France est trop préoccupée par les guerres de Religion qui commencent en 1563, avec le massacre de Wassy, pour continuer à s'intéresser au monde musulman.

Pourtant, à la faveur des troubles de la Ligue de 1588 à 1595 c'est encore au dey d'Alger, au bey de Tunis et au sultan que pense Henri IV pour l'aider à lutter contre les Ligueurs marseillais. Les Corses de Marseille se trouvent alors aux premières loges puisque les descendants et héritiers de Tomasino Lenche et de Sampiero Corso comptent parmi les familles dominantes du port, enrichies notamment par le commerce fort lucratif du corail. Alors que la Magnifique Compagnie du Corail a apporté une fortune colossale aux Lenche et à leurs cousins Porrata de Morsiglia, établis eux aussi à Marseille, le fils de Sampiero, Alphonse d'Ornano (v.1547-1610) reçoit le bâton de maréchal de France (1595) et le cordon bleu du Saint-Esprit des propres mains d'Henri IV et les deux familles (Lenche/Ornano) s'allient par mariage. Les Corses connaissent alors leur second apogée en qualité d'intermédiaires entre le monde musulman et le roi de France. Mais les années qui suivent sont celles d'un véritable virage. Fondée sur la création et la possession du Bastion de France sur les côtes du Maghreb, la fortune des Lenche est menacée car les musulmans ruinent cette première colonie française à différentes reprises (en 1604, en 1612, 1613, 1617, 1619). «Française», car les Corses de Marseille sont tous naturalisés depuis les années 1540. Et d'intermédiaires de la paix, les Corses se muent de plus en plus en intermédiaires de la guerre entre les deux mondes qui commencent à s'affronter. Le principal intermédiaire de la France à Constantinople, Alep, Smyrne ou Alger est alors un Cap Corsin, Sanson Napoleoni de Centuri, dit Sanson Napollon (v.1563-1633) qui meurt à 70 ans en défendant le Bastion de France les armes à la main. Telle sera notre deuxième partie : «les Corses intermédiaires de la paix jusqu'à Henri IV se muent en intermédiaires de la guerre à partir de Louis XIII» A partir de Colbert (1661) la guerre couverte avec le monde musulman du temps de Richelieu se mue en guerre ouverte sous Louis XIV, guerre ouverte mais jamais totalement victorieuse, ni du côté musulman, ni du côté français, malgré les efforts des grands corsaires Louis quatorziens, le chevalier Paul, Provençal, d'abord, le vieil Abraham Duquesne, Normand, ensuite. Dans ce contexte où les grandes puissances navales du XVIIe siècle viennent s'affronter en Méditerranée (Hollandais, Anglais et Français) les Corses ne travaillent plus à présent ni pour le sultan ou Catherine de Médicis -comme Sampiero-, ni pour Henri IV comme Alphonse d'Ornano, ni pour Richelieu comme Sanson Napollon naguère. Les corsaires corses travaillent à présent pour eux, signe certain d'une véritable maturité politique insulaire illustrée par des hommes tels que Giorgio-Maria Vitali, Cap Corsin dont la mort fut annoncée à Constantinople en 1668 avec éclat, tant était grande la crainte qu'il imposait aux corsaires musulmans. Les Corses font alors leur propre jeu qui n'est plus ni toscan comme au premier temps de Sampiero (1513-1533), ni français comme du temps de Sanson (1615-1633) un siècle plus tard. Mais ils s'enrôlent eux-mêmes soit sous la bannière de Malte (comme les fils Vinciguerra de Bastia dont le feu père servait Louis XIII lors du siège de La Rochelle) ou plutôt sous celle de l'ordre de Saint-Etienne (comme la lignée des Franceschi de Cannelle de Centuri). Au XVIIIe siècle, les Corses sont indépendants à la fois des Barbaresques (qui continuent à en prendre des centaines en otages, comme captifs rendus à leurs familles moyennant rançons) et des Français qui n'ont plus les moyens, faute de marine de guerre puissante, de faire respecter leur pavillon bafoué, à Tunis par exemple, en 1727, lorsque le chef d'escadre de Mons, au service de Louis XV, est retenu comme otage lui aussi pour être descendu à terre à Tunis.

 Corsaires corses

 Intermédiaires de paix jadis au XVIe siècle, intermédiaires de guerre naguère au XVIIe siècle, les Corses du XVIIIe siècle mènent un jeu plus personnel, tels les corsaires corses et cap corsins de la marine de guerre de Pascal Paoli, dont Teramo Terami de Quercioli (1731-1822) de Rogliano, certaines Corses devenant sultane du Maroc (telle la demoiselle Franceschini de Corbara évoquée par Jean-Louis Miège), d'autres demeurant longtemps prisonniers des bagnes du Maghreb, même si Louis XVI, défenseur d'une cause devenue «humanitaire» en rachète plusieurs tombés aux mains des Barbaresques.

C'est ce que nous verrons dans notre dernière partie : «Corsaires,captifs et sultane corse», sultane qui servit -à nouveau- d'intermédiaire entre la France de Napoléon et le monde musulman. Entre 1515 et 1547, François 1er a mené à l'égard du monde musulman une politique fluctuante. En 1515, héritier de son cousin et beau-père Louis XII, il est aussi l'héritier de l'esprit de croisade qui animait ses prédécesseurs Valois, notamment Charles VIII. Pour eux, la conquête de Naples ne s'inscrivait dans l'histoire de France que comme une étape dans la conquête plus importante de Jérusalem, Charles VIII et Louis XII étant les héritiers de leurs cousins Anjou, prétendants aux trônes de Naples et de Jérusalem. En 1515-1519, François 1er se montre donc le digne héritier de cette tradition qui est censée opposer le très chrétien au musulman. Les musulmans lui facilitent du reste la tâche de par les exactions que les corsaires algériens et tunisiens commettent alors sur le littoral français. Dans ce contexte de conflit religieux, les corsaires du Maghreb viennent traditionnellement ravager les îles d'Hyères, l'un des points stratégiques de la côte française levantine puisque c'est là que se rassemblent les forces navales du Roi une fois sorties de Toulon et de Marseille ou une fois sorties de Toulon/Marseille et venues de Ponant (Brest). Ainsi, en 1517-1519, le Journal de Valbelle déjà mentionné plus haut par Jean Bérenger, fait-il état de poings coupés par les corsaires barbaresques aux pauvres populations provençales qui ont en outre leurs oreilles arrachées et leurs fronts gravés de sanglantes croix chrétiennes tracées dans l'épouvante et la douleur par la férocité sanguinaire des maures. En 1519, l'hostilité de François 1er à l'égard du monde musulman atteint officiellement son paroxysme.

Le vieil empereur Maximilien vient de mourir (11 janvier 1519). La couronne impériale est donc vacante. Le petit-fils du défunt, Charles de Habsbourg est déjà roi de Castille depuis la mort de sa grand-mère maternelle Isabelle en 1504, et roi d'Aragon depuis la mort de son grand-père maternel Ferdinand en 1516. Il serait dangereux que ce Charles 1er d'Espagne devienne à présent empereur. Aussi, courant 1519, François 1er tente-t-il d'accréditer en Europe aux yeux des sept Électeurs qui vont élire le nouvel empereur, et également aux yeux de la papauté, la thèse selon laquelle c'est lui -et non Charles- le plus grand pourfendeur de maures en Méditerranée. Dans sa rivalité face à Charles, François 1er tente de prouver que c'est lui qui purge le mieux la Méditerranée de tous les corsaires barbaresques qui l'écument d'où l'envoi de vingt galères fleur de lysées en Tyrrhénienne montées de quatre mille hommes.

            A suivre…

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