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LES LENCHE DE MORSIGLIA ET LA MAGNIFIQUE COMPAGNIE DU CORAIL



«L'émigration est la façon la plus commune qu'ont les îles de se mêler

au monde». [FernandBraudel]

Tomasino mourut en 1568, ayant testé le 9 juin 1553. Sa fille fut son héritière universelle. Il laissa aussi de quoi payer quelques oeuvres pies, cent florins à sa chambrière, cinquante neuf à sa bonne et il fut inhumé à Marseille en l'église de l'Observance. Son tombeau y avait été construit "en pierre blanche, la plus belle que ledict Barre pourrait trouver". Il coûta quarante-cinq écus d'or sols. La Compagnie fournit vingt cinq torches pour les obsèques. 

Sa veuve fit faire l'inventaire de la succession : les immeubles du quai du port, des maisons rue Font-de-Radeau et rue Tamaris, une bastide et un pré au quartier du Jarret, une terre au quartier de Gironde, un jardin au faubourg, et l'hôtel du défunt fut visité et évalué par le lieutenant de la Sénéchaussée de Marseille : huit lits complets, quatre quintaux de vaisselle d'argent, des meubles et tableaux en quantité. La succession comprend aussi une part de la Grande Compagnie du corail divisée en vingt-quatre parts ou "quarats", un navire la Sainte-Claire, une partie du Saint-Victor, une partie de la Notre-Dame-de-Lion, une partie de la Sainte-Marie-l'Annonciade, 76 quintaux de corail, du poivre, du gingembre, des passementeries, des cotinages, 4 922 livres dues par divers débiteurs.

Ne manquait que la noblesse, d'autant plus facile à acquérir qu'à Marseille noblesse et grand négoce maritime sont compatibles bien avant les édits pris sous Louis XIII (1626) et Louis XIV (1669), à l'initiative de Richelieu et de Colbert. En effet, dès le 10 janvier 1566, l'ordonnance de Moulins permet aux nobles de Marseille de pratiquer le grand commerce, "car, en votre dite ville, écrit le Roi, y a plusieurs gentilszhommes yssus de noble et ancienne lignée lesquels pour avoir moyen de vivre et s'entretenir honorablement en leur estat, sont contrainctz d'exercer ledit train de marchandise, non en menu et en détails, mais en groz, à l'imitation de Gennes, Venize, Millan et autres villes d'Italie où les gentilzhommes et grands seigneurs font profession de l'art de marchandise".

Désirée, épouse Forbin, alla jusqu'à vouloir faire admettre deux de ses fils en l'ordre de Malte qui avait accueilli auparavant une foule de Forbin à bord des galères et vaisseaux de la Religion. Le 18 janvier 1598, neuf témoins prétendirent que l'ancêtre de Désirée s'appelait "Gabriel de Lenche" et qu'il avait été "lieutenant du gouverneur en la seigneurie de Corse", titre qui ne signifie rien, Morsiglia se trouvant dans la seigneurie de San Colombano et non dans "la seigneurie de Corse" ; ceci toutefois n'est pas totalement faux car vit effectivement à Morsiglia, au milieu du XVIe siècle, un certain "Lencione, fils de feu Gabriele". Ce Lencione, notaire, passe divers actes, notamment une franchise d'exemption de taille le 17 février 1560 et il pourrait peut-être appartenir à la maison des Lenche.

Si les descendants directs de Désirée se désintéressèrent vite de la Compagnie de Tomasino, les neveux de Tomasino assurèrent la relève. Quant aux Napollon, ils se perpétuèrent à Marseille : César Napollon, premier échevin en 1687 porte selon Octave Teissier : "de gueules à trois bandes d'or, au chef cousu d'azur chargé de trois étoiles d'or". Pierre-Louis Napollon, deuxième échevin en 1777 et Balthazar Napollon, premier échevin en 1786 portent en revanche "D'azur au lion d'or armé et lampassé de gueules".

  - La famille Baglione (dite Bayon à Marseille, Bayon de Libertat ou Bayon de Libertas), originaire de Calvi et anoblie à Marseille a donné Pietro qui gagna le surnom de Libertà pour avoir repoussé les Aragonais devant Calvi en 1480. Bartolomeo est sans doute son petit-fils. Naturalisé Français par lettre de François 1er en 1541, il laissa trois fils :

A) Pietro (v.1550-1597), capitaine de la Porte Réale. Il s'illustra à Marseille en poignardant, sur ordre du duc de Guise (1571-1640), gouverneur de Provence, le consul ligueur Cazaulx, le 18 février 1596, lequel avait fait assassiner en 1588 le second consul corse anti-ligueur Antoine Lenche. En remerciement, Henri IV l'anoblit par lettres (1596) sous le nom de "de Libertas", le fit viguier perpétuel de Marseille et gouverneur du fort de Notre-Dame. Il lui offrit en outre trente mille livres avec le droit de "pêcher le corail aux mers et côtes de notre pays de Provence et ce depuis notre ville d'Antibiou à Fos, sans qu'autre que lui puisse faire la pêche". En 1597, Henri IV lui fit élever un magnifique tombeau aujourd'hui au musée lapidaire du château Borély et une statue devant l'Hôtel de Ville.

B) Barthélemy de Libertat. Il chassa avec son frère les Espagnols de Marseille (1595) où les Ligueurs les avaient appelés. En 1597, il succéda à Pietro comme viguier perpétuel de Marseille. Il épousa le 6 avril 1598 Claire de Sacco fille de Jean et de Jeanne Serre qui lui donna Isabeau mariée à Laurent d'Urre, seigneur de Montanègue en Dauphiné et Claire de Libertat, mariée le 21 août 1622 à Gaspard de Forbin, marquis de Janson, baron de Villelaure, maître de camp de cavalerie et d'infanterie par commission du 4 novembre 1625, capitaine lieutenant de la compagnie d'ordonnance du duc d'Angoulême par brevet du 8 août 1632, viguier de Marseille en 1637, mort à Béziers en 1641, veuf en premières noces de Marguerite de Foresta-Mougin. Claire de Libertat lui donna : 1) Laurent de Forbin, marquis de Janson, gouverneur d'Antibes, mestre de camp d'un régiment de cavalerie de son nom, viguier de Marseille en 1653, élu premier consul d'Aix en 1651, marié à Paris le 29 juillet 1651. 2) Melchior chevalier de Malte en 1634, 3) Toussaint évêque de Digne, de Marseille puis de Beauvais, pair et grand aumônier de France, cardinal de Janson en 1690, commandeur des ordres du Roi, mort ministre d'État en 1713 à 83 ans, ambassadeur de France, chevalier de Malte et commandeur de Saint-Jean d'Avignon ; 4) Albert, chevalier de Malte ; 5) Jeanne de Forbin mariée le 1er mars 1639 à Sébastien d'Albertas, seigneur de Gemenos, reçu conseiller au parlement d'Aix le 27 février 1624 et remariée à François de Cambis, seigneur de Velleron, baron de Brantes au Comtat Venaissin ; 6) Anne-Isabelle, religieuse à Forcalquier.

C) Antoine de Libertat épousa Marguerite de Porte d'où Constance mariée dans la maison de Villages et Pierre qui suit : Pierre de Libertat, capitaine de la porte royale de Marseille, marié à la Dame Marseille de Boisson, fille de Georges, seigneur de Merveille d'où : a) Pierre marié à Françoise d'Arlatan, des seigneurs de Beaumont, d'où Marie-Anne célibataire, cinq fils morts au service du Roi, Jacques célibataire et Jean-Baptiste, officier, sans enfants de Marie d'Eiguezier des Tourres. b) Jean, capitaine de galères, mort au siège de Barcelone, d'où un fils capitaine d'infanterie et deux autres tous sans postérité. c) Laurent-Fortuné, mort lieutenant pour le roi à Longwy, dont trois filles : une religieuse, une célibataire, une mariée à Mondragon. d) Jeanne de Libertat, mariée le 26 mars 1661 à Jean-François de Bionneau, baron d'Airagues.

Ouloudj Ali (1520-1587), ou Euldj Ali, naquit en Calabre. Il devint roi d'Alger en 1568, soutint mollement les Morisques lors de la révolte de Grenade de 1569, afin de ne pas trop mécontenter Philippe II ou son suzerain ottoman Sélim II, mais surtout afin d'avoir les mains libres au Maghreb. Appuyé par cinq mille janissaires et des volontaires kabyles, il reprit en janvier 1570 la Tunisie aux Espagnols qui, par souverain hafside interposé, contrôlaient le pays depuis 1535. En 1571, il amena une flotte algéroise de soixante galères, qu'il réussit à sauver, à Lépante, en s'esquivant en pleine bataille, profitant du désarroi de l'aile droite de l'armada chrétienne. Euldj Ali fut promu Kapudan pacha, en remplacement d'Ali pacha, tué au cours du combat. Comme Barberousse, le roi d'Alger a occupé durant une longue période, de 1571 à 1587, le poste de grand amiral de la marine ottomane. Au cours de l'hiver 1571-1572, il reconstitua une flotte de deux cent vingt bâtiments. Durant la campagne de 1572, il esquiva à deux reprises les attaques de Don Juan d'Autriche, tout en l'empêchant de prendre position dans l'Archipel. Dans les négociations qui aboutirent à la trêve entre le Roi catholique et La Porte, Euldj Ali pesa de tout son poids pour la poursuite de la guerre, affirmant qu'avec sa flotte, il viendrait aisément à bout de la monarchie d'Espagne. Sa mort marqua la fin d'une période de gloire pour la marine ottomane. La course était désormais l'affaire de raïs plus modestes. janissaires et des volontaires kabyles, il reprit en janvier 1570 la Tunisie aux Espagnols qui, par souverain hafside interposé, contrôlaient le pays depuis 1535. En 1571, il amena une flotte algéroise de soixante galères, qu'il réussit à sauver, à Lépante, en s'esquivant en pleine bataille, profitant du désarroi de l'aile droite de l'armada chrétienne. Euldj Ali fut promu Kapudan pacha, en remplacement d'Ali pacha, tué au cours du combat. Comme Barberousse, le roi d'Alger a occupé durant une longue période, de 1571 à 1587, le poste de grand amiral de la marine ottomane. Au cours de l'hiver 1571-1572, il reconstitua une flotte de deux cent vingt bâtiments. Durant la campagne de 1572, il esquiva à deux reprises les attaques de Don Juan d'Autriche, tout en l'empêchant de prendre position dans l'Archipel. Dans les négociations qui aboutirent à la trêve entre le Roi catholique et La Porte, Euldj Ali pesa de tout son poids pour la poursuite de la guerre, affirmant qu'avec sa flotte, il viendrait aisément à bout de la monarchie d'Espagne. Sa mort marqua la fin d'une période de gloire pour la marine ottomane. La course était désormais l'affaire de raïs plus modestes.

 

Paul Masson, Histoire des Établissements et du commerce français dans l'Afrique barbaresque, Paris, 1903.

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