Contact
  • Banner SOVAC 728x90

Lecture

Derniere minute

LES LENCHE DE MORSIGLIA ET LA MAGNIFIQUE COMPAGNIE DU CORAIL



«L'émigration est la façon la plus commune qu'ont les îles de se mêler au monde». [FernandBraudel]

Les Lenche sont une famille célèbre (Marseille a donné leur nom à une belle place) et souvent étudiée. Les Lenche, déjà exemptés de taille lors du partage de la seigneurie de San Colombano réalisé en 1524, en la personne de Gianpetro delli Stanti, portent : "De gueules, à une tour ronde, crénelée de quatre pièces d'or, sur laquelle pousse un arbre de sinople, soutenu par deux lions affrontés d'argent". À noter que ces armes figurent sur la dalle funéraire des Antonetti (Morsiglia) : la seule différence est la présence de trois étoiles entre la tour et l'arbre. 

ARMOIRIES DES ANTONETTI

Ancêtres directs de Félicité

Église San Cipriano de Morsiglia

Sépulture d'Antonio Antonetti (1700-1771), fils de Domenico et d'Angela Maria Paoli.

Il hébergea Boswell à Pecorile en 1765. On lit autour de la dalle :

SEPOLTURA/DEL SIG. ANTONIO ANTONETTI/ E DE SUO AEREDI/IN PERPETUM 1771

À noter que ces armoiries se retrouvent dans l'église du couvent Saint-François de Rogliano bâti en 1521.

 ARMOIRIES DES LENCHE,

couvent de Rogliano, pavement de la nef, côté de l'Epître

Ne sont lisibles que les lettres "TANDRI"

À noter que ces armoiries se retrouvent aussi sur la tombe de Carlo Lorenzi inhumé en 1605 au couvent de l'Annunziata à Morsiglia.

ARMOIRIES DE CARLO LORENZI, ancêtre de Félicité couvent de l'Annunziata, Morsiglia

Les Lenche se prétendent issus des Lenzi florentins dont le blason est pourtant fort différent du leur puisque orné d'un buffle. À noter que les Leszczynki de Pologne se prétendent aussi, au XVIIe siècle, descendants de ces mêmes Lenzi toscans.

TOMASINO LENCHE (v.1510-1568), ARMATEUR MARSEILLAIS ET AMI DE SAMPIERO CORSO

Tomasino, frère de Gianpetro Lenche delli Stanti, s'établit à Marseille vers 1533, année où Catherine de Médicis épouse en ce port le futur Henri II. Sampiero Corso, arrivé de Florence, appartient alors à la suite de la future reine en qualité d'officier attaché au cardinal Hippolyte de Médicis. Tomasino est le premier "sujet" de la seigneurie de San Colombano à prendre son envol «en terre-ferme», c'est-à-dire à Marseille. En juin 1535, avec Padouano de Calvi, fils de Bernardino, il embarque à bord du Terrin du capitaine marseillais Thomas Ancelme. Selon l'usage, ils achètent quelques articles de mercerie pour les revendre plus cher en Levant. Leur vendeur, Louis Cabre de Marseille, obtient d'eux en échange une reconnaissance de dette de trente cinq florins, cautionnée par Bartolomeo Baglione de Calvi, le futur Bartolomeo de Libertas [1]. En 1539, Tomasino et Padouano, toujours en affaire, se font procuration pour encaisser le produit de la vente de leurs marchandises chargées cette fois-ci sur la Floride, revenant d'Alexandrie, et sur le bâtiment du patron marseillais Jean Poët. Sa position confortée par huit années de négoce, Tomasino épouse à Marseille, avec contrat du 6 juillet 1541, Hugone Napollon, fille du maître-calfat du port, Louis Napollon (mort ap. 1551) et de feue Marguerite Vignaud, et soeur d'Honorade mariée à Adrien Bouquet. La jeune épouse, issue d'une famille centuraise du hameau de Trelo, établie à Marseille quartier Saint-Jean, est la nièce de François Napollon, maître-calfat de Marseille à partir de 1547 sur démission de son frère et de Jean Napollon, présent au contrat. Dans celui-ci, Tomasino se déclare "fils d'Antoine Lenche et de Marie, époux du cap Corse". Tomasino reçoit de son beau-père deux cents florins payables en six annuités. Signent aussi le contrat Bartolomeo fils d'Andrea (sans doute Baglione), et Bastiano fils de MicheleCorsou.

 Établi sur le quai du port dans la maison de Jean Marin, Tomasino est heureux car François 1er exempte tout étranger établi à Marseille du droit d'aubaine par lettres patentes du 15 octobre 1543. Tomasino eut alors coup sur coup trois enfants : Charlotte en 1543, Jean en 1545, Désirée le 17 novembre 1547, seule survivante de tous. En 1545, avec Padouano, toujours "frères en biens", Tomasino achète une maison sur le quai du port et la Grand'Rue (= la rue Lancerie), pour 820 écus d'or soleil : maison confisquée au réformé Étienne Boniface et que Tomasino conserva seul par la suite. Devant s'absenter, il donne parfois procuration à son épouse pour aller faire payer un créancier à Bastia. En 1553, Tomasino achètera à Anne Carlesse, l'immeuble voisin séparé du sien par la ruine d'une arcade de l'ancien aqueduc romain, et il aménagera le tout en un hôtel d'une quinzaine de pièces.

 L'enrichissement de Tomasino réside dans la pêche au corail regardé depuis l'Antiquité comme une matière précieuse. Déjà Pline l'Ancien écrivait : "Autant nous attachons de prix aux perles de l'Inde, autant les Indiens en attachent au corail ... Les Gaulois ornaient de corail leurs boucliers et leurs casques". Dès 1546, l'association avec Paduano de Calvi est dissoute. Tomasino se lance seul dans une vaste entreprise : en mai 1547, il engage sept patrons de barque tropéziens pour aller pêcher le corail sur les côtes du Maghreb, de Pâques à la saint Michel. Puis, il confie à Pietro de Battista Cipriani d'Orche -son "oncle" ou "cousin"-, la vente de draps et de peignes sur les côtes barbaresques. En 1548, Lenche abandonne le site de Gigery, insuffisamment fructueux, pour Stora et Vollo. En 1549, il passe de nombreux contrats avec d'autres patrons pour faire pêcher le corail. Le 4 janvier 1551, il loue la Saint-Jean-Bonne-Aventure de deux mille quintaux de jauge, pour cent livres par mois, à un certain Jean, fils de Tomasino, pour se rendre à Alger. Fin 1551, il fait porter du corail à Alexandrie et Tripoli de Syrie. Ce corail, Tomasino le vend deux à trois fois plus cher qu'il ne lui revient. Abandonnant alors les sites de Stora et Collo, estimés à leur tour insuffisamment fructueux, il se consacre exclusivement aux "mers de Bône"  où sa nef rencontre en 1551 Nicolay, valet de chambre d'Henri II, embarqué sur le navire de l'ambassadeur du Roi en route pour Constantinople. Tomasino lui offre quelques branches de corail et Nicolay le note dans ses Navigations, pérégrinations et voyages (p. 24).

Devenu l'ami d'Euldj Ali, renégat devenu Capitan Pacha du Grand Seigneur [2], et des différents caïds de Bône (Zamor Cogia par exemple), et hébergeant parfois chez lui à Marseille l'envoyé du dey d'Alger (Moravit) auprès du roi de France, Tomasino réussit à obtenir l'exclusivité de la pêche du corail sur deux cents kilomètres de côtes tunisiennes de Montefousque jusqu'au cap Nègre, courant 1552. Associé à Peyron Bausset, futur propriétaire de quatre des vingt cinq quarats de la Grande Compagnie du corail en 1564, et à Jean Tibaut, il obtient du dey d'Alger "congé et permission de pescher du corail en pays de notre obéissance". Il est le premier Chrétien à obtenir pareil monopole en terre musulmane, moyennant un tribut annuel de quinze cent écus. En cette même année, il décide de fonder la Grande Compagnie du corail, avec plusieurs associés dont Pietro de Battista, avant de faire construire à Massacarès (fin 1552) le premier "Bastion de France" [3]. M. de Brèves, ambassadeur de France, décrira ainsi le Bastion quelques années plus tard : "Ce Bastion n'était point château ni forteresse ... seulement maison plate édifiée par permission du Grand Seigneur, pour retraite des Français pêchant le corail en Barbarie, sous couleur de laquelle pêche ils enlevaient toutes sortes de marchandises"  (céréales, grains, bétail, peaux, cuirs). Puis Tomasino mit ses affaires en ordre : il teste le 9 juin 1553 et obtient ses lettres de naturalité en juillet.

 

  • Pub Laterale 2
  • Banner Salem 2