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JEMMAPES (1e partie)



Les habitants de cette ville sont, pour  la plupart des Amazighs arrivés au 18e siècle pour choisir la région délimitée entre l'oued Fendeck et l'oued Adjoul.

Présence française 1830 - 1962

La ville fut édifiée sur un site jonché de nombreuses ruines romaines.  C’est en 1832 que les troupes françaises occupèrent Bône définitivement ; 6 ans plus tard, en 1838, sa banlieue était pacifiée et 671 colons officiaient dans des exploitations agricoles nouvellement créées dans des centres de colonisation.

Située entre le littoral méditerranéen et la chaîne de montagnes, la ville de JEMMAPES occupe une position stratégique dans la vallée du FENDECK, passage obligé de la voie BÔNE-CONSTANTINE. Elle est située à 55 km de GUELMA et à 79 kilomètres de CONSTANTINE. JEMMAPES est proche de la mer, puisqu’à moins de 30 km (plages de GUERBES).

Prise de la casbah de Bône le 27 mars 1832

Les ruines importantes qui existaient, démontraient que les Romains, bons juges en matière de colonisation, avaient dû créer, dans cette vallée de l'Oued FENDECK, une colonie florissante. Le général BEDEAU songeait à reprendre la tradition des Légions augustéennes et à réserver ces terrains aux vieux soldats libérés et à leurs familles de France. Le général BEDEAU eut contre lui toutes les administrations. Le décret royal du 10 mars 1848, donna le nom de JEMMAPES au centre préconisé. Le général n'attend pas et met aussitôt le service du Génie au travail. L'enceinte fortifiée de JEMMAPES est construite : deux puits sont creusés. L'Assemblée nationale ayant décidée la création de colonies agricoles, JEMMAPES est comprise dans cette décision.  A l’ouest de la plaine, sur les routes qui mènent à PHILIPPEVILLE et à GUELMA par les montagnes, JEMMAPES a été aussi créée en 1848 avec 851 colons recrutés à PARIS pour son peuplement. Les hommes sont des artisans ou boutiquiers mais nullement terriens...

Contexte : La France traversait alors une crise grave qui allait amener, en février 1848, des troubles et l'abdication de LOUIS-PHILIPPE et, au mois de juin, les émeutes parisiennes et le gouvernement CAVAIGNAC. Le 19 septembre 1848 l’Assemblée constituante vote un décret qui ouvre «un crédit de 50 millions de francs au ministère de la Guerre sur les exercices 1848, 1849, 1850 et suivants pour être spécialement appliqués à l’établissement de colonies agricoles dans les provinces d’Algérie ». C’est la première fois qu’une entreprise coloniale officielle, subventionnée et d’une telle ampleur, est décidée.  Quarante-deux «colonies agricoles» doivent être créées en territoire militaire ; 12 000 colons transportés et installés aux frais de l’État, doivent recevoir en plus d’une concession de terre de deux à dix hectares, selon l’importance de leur famille : une maison, des instruments, du bétail, des semences et des rations journalières de vivres pendant trois ans. «A l’expiration de ces trois années, précise le décret, les habitations construites pour eux et les lots qu’ils cultivent deviendront leur propriété.»  A cette époque, l’Algérie ne comptait qu’une cinquantaine de villages de colonisation peuplés d’environ15 000 colons ruraux – dont 9 000 Français –, on peut se rendre compte de l’importance de l’effort envisagé.  Le général BEDEAU en 1846, avait signalé à la Commission du peuplement, cette plaine fertile, aux terres riches, véritable nœud de routes à destination de PHILIPPEVILLE, BÔNE, GUELMA et CONSTANTINE.

 

Instruction pour les colons du Dixième Convoi.

Paris, le 8 Novembre 1848 :

«Le dixième convoi destiné à peupler la colonie agricole qui doit être fondée au lieu-dit JEMMAPES, province de CONSTANTINE, dans le voisinage de la ville de PHILIPPEVILLE, partira le dimanche 12 du mois courant. Le départ des bateaux aura lieu du quai Saint Bernard, vis-à-vis de l'île Louviers, à huit heures du matin. L'embarquement des bagages commencera le vendredi, de midi à huit heures, pour se continuer le samedi, de sept heures du matin à huit heures du soir. Chaque colon titulaire, chef de famille ou célibataire, recevra à sa mairie une carte blanche sur laquelle figureront son numéro d'admission et le nombre des membres de sa famille. Il ne sera admis à l'embarquement que sur le vu de cette carte, qu'il échangera contre une carte de couleur indiquant le nombre des places auquel il a droit et le bateau sur lequel il doit être placé. Il devra conserver cette carte pendant tout le voyage. Le poids du bagage est fixé à 50 kilogrammes par tête ; les enfants au-dessous de 2 ans n'ont pas droit aux bagages. Ces bagages doivent consister uniquement en effets de lingerie, de literie et d'habillements ; les meubles sont strictement exclus, comme trop encombrants et susceptibles d'avaries. Indépendamment de ces effets, les colons sont autorisés à emporter des outils, pourvu toutefois qu'ils ne dépassent pas un poids raisonnable et qu'ils soient d'un transport facile. Pour les commodités de l'arrimage et du voyage, les effets et outils devront être fractionnés en lots d'un placement facile. Il est à désirer que les paquets d'effets ne dépassent guère en hauteur 40 à 45 centimètres et 50 à 55 en longueur. Ils devront être accompagnés de marques qui permettent de les reconnaître. Les colons ne pourront embarquer avec eux que les objets absolument nécessaires au voyage ; tout le reste sera déposé sur le bateau- fourgon. Dans l'intérêt de la santé des colons et pour éviter un encombrement fâcheux sur les bateaux, les colons ne pourront avoir avec eux qu'un matelas pour deux personnes. Les autres matelas, soigneusement roulés, seront placés sur le bateau-fourgon ; quant aux objets de literie où entre de la plume, ils ne peuvent être admis, attendu qu'ils sont sans emploi en Algérie.  Il est essentiel que les colons se munissent autant que possible d'une couverture par personne ; ils doivent la porter à la main. Chaque colon devra être pourvu d'un couteau, d'une cuillère et d'une fourchette, d'un vase à boire, s'il ne veut pas se servir du gobelet commun».  

La traversée dura 10 jours, le débarquement eut lieu à Stora. Puis ce fut le logement à la caserne des Isolés à PHILIPPEVILLE, et l'attente d'une formation de convoi pour se rendre sur les terres concédées. Cette attente fut longue : un mois. Le village au nom de FENDECK est une colonie agricole, s'étend sur 2 850 hectares de terre du pays des BENI- MEHANNA, dans la vallée de l'Oued FENDECK en vue de recevoir 120 familles.  Le campement a été installé par une compagnie du 8e régiment de Lignes que commande le Capitaine Prosper COUSTON. Hébergement précaire sous les guitounes, maigre rata, climat capricieux, fièvres et choléra deviennent vite le quotidien de la fragile communauté dont la plupart des membres ne sont pas de taille à supporter de telles épreuves.

Beaucoup vont mourir, dont le capitaine lui-même, noyé en traversant à cheval un Oued grossi par les crues. Cinquante familles plus ou moins rescapées sont rapatriées ! On comble les vides avec des volontaires mieux rompus aux travaux agricoles et aux rudesses climatiques. Provençaux, Langudociens et Maltais se mettent à défricher âprement leur morceau de terre alloué.  La vie s'organise tant bien que mal. Chaque colon a théoriquement reçu 1 200 m2 de lot urbain et 8 à 15 hectares de «terre arable». On réserve 100 hectares de communal, 10 lots de 100 hectares destinés à la vente à des sociétés ou des capitalistes, et 40 lots de 12 hectares pour récompenser les militaires libérés. Les femmes se mettent au travail : Une escorte les encadre lorsqu'elles vont laver leur linge à l'Oued FENDECK. L'autorité militaire distribue, chaque jour à ses soldats, des vivres de campagne, du vin et de la quinine. Ces distributions, les jours de mauvais temps étaient quelquefois défectueuses et durant l'hiver de 1848-1849, le ravitaillement ne put se faire : les colons de JEMMAPES connurent la faim pendant quelques jours. Ces travaux, cette misère physique, les accès de fièvre, découragèrent de nombreux Parisiens. Aucune route n'existait pour se rendre à PHILIPPEVILLE. On suivait une piste qui longeait les ravins, et les mulets ne pouvaient porter en cacolet que deux personnes.  La brousse qui s'étendait à perte de vue était peuplée de grands fauves, qui n'étaient pas plus féroces cependant que les bandits indigènes toujours à l'affût d'un pillage ou d'un assassinat.
Cette vie douloureuse était bien faite pour désespérer ces Parisiens déracinés. Aussi, dès 1849, 50 familles demandèrent à être rapatriées. On ouvre un registre d'état-civil dès 1849, on trace des chemins, on élève des remparts, un four banal, des baraquements d'intendance et d'ambulance, on creuse des puits. Deux sœurs enseignent le rudiment scolaire et le catéchisme.  À JEMMAPES, en 1851 sont installés les colonies de SIDI-NASSAR et AHMED-BEN-ALI (où s’implantent des Francs-comtois et des Dauphinois) qui deviendront FOY et BAYARD, administrativement rattachés au chef-lieu dont elles son peu distantes.  Une école, une Église, une infirmerie en planches sont construites. Une église aussi, où peut officier le curé Auguste ESTIENNE, dans un sanctuaire placé sous le patronage de SPERAT (ou SPERATUS), premier martyr chrétien d'Afrique, décapité à Carthage à la fin du 2e siècle avec ses onze compagnons scillitains.  En 1851, les baraques promises depuis bien longtemps, sont livrées. Edifiées dans l’enceinte du village, elles permettent l’abandon des tentes en lambeaux du site primitif d’implantation. Le village de JEMMAPES voit véritablement le jour.

Oh, ces baraques ne sont pas encore des palaces ! Chacune offre quatre logements. Les locaux sont exigus et les cloisons bien frêles. Qu’importe ! Voici un toit en dur. Progressivement un plancher recouvrira le sol, des meubles occuperont les pièces... Avec ces baraques, un grand pas en avant est accompli. L’existence apparaît moins provisoire, moins austère. Mais les heures difficiles ne sont pas autant terminées. En 1852, le choléra frappe à nouveau. Le village se vide : nombreux décès et départs. De nouveaux colons sont envoyés de Franche Comté et des environs de BÔNE.  Le progrès s’affirme. L’eau du djebel voisin coule aux fontaines. Le Fendeck, par un petit canal, irrigue les jardins et les quelques pieds de vignes plantés malgré les interdictions officielles.  En 1853, des artisans, des commerçants s’implantent à JEMMAPES. Les concessions sont agrandies, en répartissant celles qui n’ont pas trouvé d’acquéreurs ou ont été abandonnées. Ce «supplément» signifie plus de travail mais plus de possibilités de récoltes. Les survivants vivent mieux...  

Archives coloniales

À suivre

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-RAPPORT : M. DUVAL Jules – 1859 -

Extrait : «JEMMAPES : colonie agricole de 1848, à 40 km au Sud-est de PHILIPPEVILLE, sur un double mamelon, au centre de la vallée du FENDECK, l’une des plus riches de l’Algérie. Le village est traversé par la route de BÔNE à CONSTANTINE et PHILIPPEVILLE, se bifurquant à SAINT-CHARLES. Cette route est ouverte et praticable dans toute sa longueur ; en septembre 1853, elle a été parcourue par une diligence qui a fait le premier trajet entre BÔNE et PHILIPPEVILLE.

Contrée riche en terres arables, en bois, en minéraux, sillonnée à chaque pas par des cours d’eau considérables, et partout couverte de la végétation la plus luxuriante. JEMMAPES possède un communal de 600 hectares, un marché arabe important. Des travaux considérables, pour lesquels les colons ont fourni 4600 journées gratuites, amènent dans le village les eaux de la source d’AÏN-SEFLA, située à 5 km, qui fournit 150 litres d’eau par minutes, de manière à assurer en tout temps les irrigations et à remédier à l’insuffisance des eaux de puits à l’extrémité du village.

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