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NEMOURS (première partie)



Dans l’ouest algérien, proche de la frontière marocaine, la ville de Nemours est située à 72 km au nord-ouest de Tlemcen, son chef-lieu départemental. A 33 mètres d’altitude, elle bénéficie d’un climat semi-aride sec et froid.

A l'époque romaine, la ville s'appelait AD-FRASTRES, à cause de deux rochers de 25 mètres à proximité de la côte. Cette vallée de l'oued GHAZOUANAH a été mentionnée au 11e  siècle par le polygraphe hispano-arabe Abou OBEÏD, lequel avait fait remarquer qu'il y avait un port défendu par une forteresse et un ribat (un lieu de culte musulman) et que les bords de GHAZOUANAH produisaient beaucoup de fruits. La même description sera faite au 16e  siècle par l'historien espagnol Luis Del MARMOL Y CARVAJAL. Une légende prétend que sur ses deux rochers insolites : « ...Il y a très longtemps, deux frères gardaient leurs moutons sur le sommet d'une montagne, dans la région de GHAZAOUET. Tout à coup, ils virent un serpent, et n'ayant pas le choix, ils durent le tuer. Brusquement, le reptile se transforma en une vieille et méchante femme ayant de pouvoirs surnaturels, réduisit les deux jeunes hommes en statues de pierre. Alors, à chaque fois que les deux frères pleuraient, la mer se mettait en colère et provoquait un tsunami. Et depuis, les « Deux-Frères » se dressent à l'entrée de la rade du port de AD-FRATES, GHAZAOUANA, NEMOURS, GHAZAOUET comme deux gardiens ... pour l'éternité... » 

Présence turque 1515- 1830 

Dès temps anciens, il était reconnu que le terrain montagneux de la région généralement pierreux et trop calcaire étaient de fertilité médiocre mais refermant des richesses minières.
 Sous la domination turque, le nom de Djemmaâ-El-Ghazaouet, qui signifie: « la réunion des pirates », désigna la bourgade de TAOUNT devenue, comme ORAN et HONAÏNE, un nid de forbans et d'écumeurs de mer, bien connus dans l'histoire sous le nom de « pirates barbaresques ». Il y avait une petite crique naturelle où les eaux étaient constamment calmes. C'est dans cette petite crique, complètement dissimulée à la vue des navigateurs passant au large de la côte, que les pirates amarraient leurs rapides felouques à deux mâts légèrement inclinés en avant et pouvant se déplacer aussi bien à la voile qu'à l'aviron. Sur la hauteur qui domine NEMOURS s’aperçoit le village de SIDI-AMAR, où l’on remarque chez les femmes quelques traces du type espagnol, attribuées à des croisements de pirates avec les femmes capturées. 

 

PRÉSENCE FRANÇAISE 1830 - 1962 

A la suite des débuts de la conquête d'Algérie en 1830, l'émir ABD-EL-KADER avait, en 1832, réuni des tribus de la région de MASCARA pour s'opposer aux Français. Un premier traité, signé par le général DESMICHELS en 1834, lui fut jugé trop favorable : en 1837, le maréchal BUGEAUD fut donc chargé d'en signer un nouveau, le traité de la TAFNA, qui exigeait qu'ABD-EL-KADER reconnaisse la souveraineté de la France en Afrique du Nord, en échange de quoi la France reconnaissait l’autorité d’ABD-EL- KADER sur une grande partie de l’Algérie (environ les deux tiers : l'ensemble du beylik de l'Ouest – à l'exception des villes d'Oran, Arzew, Mostaganem et Mazagran –, le beylik du Titteri et la province d'Alger – à l'exception d'Alger et de Blida ainsi que de la plaine de la Mitidja et du Sahel algérois).

Néanmoins, ABD-EL-KADER n’avait de cesse de vouloir en chasser les Français. Dans ce but, il demanda et obtint l'appui du sultan du Maroc le 5 mai 1839, ainsi que la concession du territoire situé entre OUJDA et TAFNA. Il avait levé une véritable armée et en novembre 1839, appuyé par le sultan du Maroc, ABD-AL-RAHMAN, il déclarait la guerre à la France, suite au franchissement des BIBAN par l'armée française. En réaction, les Français entreprirent alors véritablement la conquête menée par le maréchal BUGEAUD, nommé gouverneur en 1840. ABD-EL-KADER vit sa capitale détruite à TAGUIN en 1843 à la suite de la bataille de la Smala et fut refoulé dans le désert.  Prise de la Smala d'ABB-El-KADER à TAGUIN le 16 mai 1843 par Horace Vernet.

La France doit interdire l’accès de la frontière Algéro-marocaine aux pillards marocains et aux partisans d’ABD-EL-KADER réfugiés au Maroc oriental. Les exactions de ces deux groupes sont sanctionnées en août 1844 par le bombardement de Tanger et de Mogador par l’escadre du prince de Joinville, pendant que le général BUGEAUD inflige une sévère défaite à l’armée marocaine sur l’oued ISLY. Dès lors ABD-EL-KADER ne pouvait plus être protégé par le sultan ABD-AL-RAHMAN, qui craignait que les Français continuent leurs bombardements sur les villes marocaines.  La bataille d'ISLY du 14 août 1844, près d'ISLY à la frontière algéro-marocaine, est le dernier affrontement de l'expédition de la France contre l'armée marocaine.  Le 10 septembre 1844, par le traité de Tanger, le Maroc lâche ABD-EL-KADER et entérine le tracé de sa frontière avec l'Algérie. Au moment de l’expédition du Maroc, en 1844, le poste de DJEMAÂ-GHAZOUAT a été occupé le 1er  septembre. 

La ville de NEMOURS est créée par ordonnance royale du 24 décembre 1846, au lieu-dit DJEMAÂ-GHAZAOUAT. Elle est érigée en Commune de Plein Exercice par décret du 27 janvier 1869 (avec les OULED-ZIRI et le village de SIDI- AMAR).  Après trois années de guérilla, ABD-EL-KADER se rendit enfin à LAMORICIERE en 1847, près de SIDI-BRAHIM, sous un palmier qui se dresse encore, entouré d’une petite barrière et d’une plaque commémorative indiquant seulement l’année. De là, il fut conduit à NEMOURS d’où il s’embarqua pour l’exil.  En 1846, la ville est nommée NEMOURS, en hommage à Louis d'Orléans, duc de Nemours. 

 

NEMOURS 

Premier port de pêche du pays, qui a été construit en 1846, sous la forme d’un embarcadère en bois, à l’Est de la plage par le Génie militaire. Ce mouillage quoique assez médiocre est cependant très accessible aux navires, dans la belle saison, et sous ce rapport il a été extrêmement utile pour le ravitaillement de l’armée française qui opérait du côté d’OUJDA.
 Ce dernier fut totalement détruit douze ans plus tard par une terrible tempête.  Il se passa bien des années avant que le port de débarquement de DJEMAÂ-GHAZOUAT (devint une ville véritable avec des maisons solidement construites et disposées suivant un plan méthodique et régulier, avec un système d'égout et d'alimentation en eau, avec les différents services de vicinalités indispensables. L'extension de la ville fut, au début, en effet, assez lente. Les habitants, commerçants, négociants ou jardiniers qui étaient venus s'établir à NEMOURS ne disposaient que de très faibles ressources. Au fur et à mesure que le centre de NEMOURS se développa, les administrations civiles y furent installées. Ce fut d'abord celles qui concernaient la marche du port et sa police (administration maritime). 

 

- Auteur : Jules DUVAL 1859 - 

« Chef lieu de cercle, dernier point occupé sur la côte Ouest d’Algérie, à 162 kilomètres d’ORAN, à 34 km de la frontière Algéro-marocaine ; centre légalement créé par Ordonnance du 4 décembre 1846. 

« Petite anse très ouverte à l’exposition directe du Nord : abri nul, mais bonne plage de débarquement ; emplacement qui se refuse à la création d’un port ; communications faciles avec l’intérieur du pays ; transit de NEDROMA, LALLA-MAGHNIA, SEBDOU et de la frontière du Maroc ; port de cabotage et de pêche, insuffisant pour le commerce maritime du territoire de TLEMCEN : tels sont les caractères nautiques et commerciaux de cette localité.  « Après plusieurs années de stagnation dues au caractère provisoire de l’occupation militaire et de la propriété privée, NEMOURS s’ouvre à la colonisation. Ses baraques de bois commencent à faire place à des maisons de pierres ; son ravin encaissé et magnifiquement ombragé se couvre de jardins. Des concessions de terres ont été faites en 1852 et accueillies comme la meilleure des fortunes.  «Une salubrité exceptionnelle y invite aux projets de long avenir. Pendant les trois années où le choléra a sévi sur l’Algérie, NEMOURS n’a pas éprouvé un cas, pas un symptôme ! Mais la principale importance de ce port est dans le commerce. Débouché de la fertile vallée de NEDROMA, d’une partie du bassin de la TAFNA et des montagnes kabyles du littoral, il reçoit les blés, les orges et les laines de l’intérieur qui alimentent un commerce actif avec ORAN. 

«Une direction du port, un débarcadère, un phare, constituent, avec les baraquements militaires, les modestes monuments de NEMOURS. 

«Plus à l’Ouest, sur la côte, se trouvent les îles ZAFARINES, occupées, au nom de l’Espagne, par un poste de soldats. C’est là que se réfugient les bâtiments empêchés par le mauvais temps de débarquer à NEMOURS. Ce caractère de lieu de refuge rattache ces ilots à la côte algérienne, dont ils sont une dépendance nautique.  Cette ville produisait des tuiles, des conserves provenant de la spacieuse usine de Papa  Falcone qui nourrissait bien des familles et raflait tant de prix d'honneur pour sa réputation. NEMOURS produisait des salaisons, et  distribuait des bananes, des goyas, des plaquemines qu’elle importait, en échangeant ses  conserves. 

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