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C H E R A G A S (première partie)



La commune de CHERAGAS, à 145 mètres d’altitude, est située au Nord-ouest d'Alger à environ 18 km. Climat méditerranéen avec été chaud. L’origine du nom du village variera de SCHARAYAH, CHERRGAS et enfin CHERAGAS. 

Le SAHEL : ALGER est adossé à un massif de coteaux portant le nom de Sahel d’Alger. Constitué par de cours chaînons, nombreux et entrecoupés, atteignant des hauteurs variant de 150 à 400 mètres, le Sahel d’Alger est resserré entre la mer et la plaine de la Mitidja. Il dévale assez brusquement vers le rivage méditerranéen, tandis que du côté de la plaine, ses étages s’abaissent en pente douce.  D’un climat tempéré par la brise de mer, il ne connaît ni les hivers froids, ni les étés très chauds. Dans la partie du Tell qui touche à la mer et qu’on nomme le Sahel, c’est tout au plus si l’on voyait épars quelques haouchs ou corps de ferme ; tout le reste n’était guère que broussailles et palmiers nains. Le pays était abandonné aux hyènes et aux panthères. La crainte des Turcs avait depuis longtemps éloigné de là les tribus nomades, et c’est tout au plus si quelques paysans de douars y venaient, quand le soleil avait desséché les herbages de la plaine, camper pour faire paître leurs troupeaux. 

 Présence Française (1830 -1962) 

En envoyant un corps expéditionnaire prendre pied sur la terre africaine en 1830, le gouvernement de Charles X n’obéissait pas seulement, comme on l’a dit, à la nécessité de mettre fin à des contestations pécuniaires pendantes entre la France et le dey d’Alger et à la tactique politique, qui consiste à détourner les esprits des difficultés intérieures par une diversion à l’extérieur. Il avait aussi un contentieux lié aux méfaits des barbaresques pendant près de trois siècles mais aussi la légitime ambition, qu’il ne craignit pas d’exposer avec une courageuse franchise au gouvernement anglais, de donner à la France, sortie affaiblie et diminuée des grandes guerres du commencement du siècle, un territoire qui fût une compensation aux prodigieux accroissements de l’Angleterre dans le monde et des autres grandes puissances sur le continent. Il entendait créer par-delà la Méditerranée, une France nouvelle qui augmentât les richesses et la puissance de la mère patrie.  Le soldat et le colon ont fait de l’Algérie ce qu’elle est, le premier en la conquérant par les armes, le second en défrichant le sol par la pioche et la charrue.  La plaine d’ALGER reçut les premiers colons agricoles venus de France qui eurent à combattre un ennemi redoutable, la fièvre paludéenne. C'est dans les collines du Sahel qu'a été créé le premier village de colonisation d'Algérie, à DELY IBRAHIM en 1832. Plus tard, un tunnel de drainage fut construit par les Français dans sa partie Ouest, la plus étroite, pour assécher le lac HALLOULA et contribuer à l'assainissement de la Mitidja.

Jusqu’en 1835, les colons restèrent confinés dans un étroit espace de quelques kilomètres de rayon autour d’Alger ; il leur était défendu de franchir les limites du Sahel, l’accès de la Mitidja leur était interdit du fait des embarras politiques et des dangers qui la menaçaient, la monarchie de Juillet ne savait si elle ferait bien de conserver ou d’évacuer l’Algérie. En dépit des incertitudes gouvernementales, les colons ne cessaient d’affluer en Algérie. En 1835, ils atteignirent le nombre de onze mille.Entassés dans la ville où les logements avaient atteint des prix fantastiques, les immigrés réclamaient à grands cris qu’il leur fût permis de se répandre dans la Mitidja. Leurs plaintes finirent par trouver de l’écho à Paris et finirent faire décider le gouvernement à envoyer sur les lieux une commission de pairs et de députés avec mission de dresser un rapport sur l’évacuation ou le maintien de l’occupation de l’Algérie. Cette dernière ayant voté, par 17 voix contre 2, la résolution que «l’honneur et l’intérêt de la France commandaient de conserver les possessions sur la côte septentrionale d’Afrique,» le gouvernement de Juillet se décida enfin à conserver Alger et à ouvrir la Mitidja aux colons. Ils se hâtèrent d’en profiter.  En 1842, sur 300 habitants, 92 mouraient des fièvres pernicieuses. Mais dans le Sahel, sous l’ardente pression du Maréchal BUGEAUD, on créa en 1842, OULED-FAYET, EL-ACHOUR, DRARIA et KADDOUS, KOLEA et en 1843, BOUZAREA, SAOULA et CHERAGAS où au recensement de 1851 on comptabilise pour ce centre 309 colons. A celui de 1897 ils seront 1 375. 

Thomas BUGEAUD (1784/1849) – Gouverneur d’Algérie (1841/1847) CHERAGAS – «A l'entrée de la plaine de STAOUELI, sur le territoire d'une ancienne tribu qui a disparu et dont il a pris le nom, se trouve le village de CHERAGAS : «Ville d'origine carthaginoise, centre de population créé par arrêté du 22 août 1842, dont le territoire est augmenté par arrêté du 30 décembre. CHERAGAS, territoire de l'ancienne tribu de ce nom émigrée en 1839. Terres fertiles et broussailleuse près de l'oued BENI-MESSOUS. Sources abondantes. Ce village couvrira les fermes et exploitations nombreuses de BOUZAREA. On pourrait y placer 50 à 60 familles de cultivateurs des environs de Grasse qui ont demandé à venir en Algérie».                                  CHERAGAS : Auteur, Monsieur Alain SAINTE-MARIE (universitaire), de la thèse : «Colons de l’Arrondissement de GRASSE en Algérie et la création du village de CHERAGAS*» (1842)» (*) Thèse en deux parties, l’autre concerne AÏN SULTAN. 

Extrait : «Le 12 mars 1842, à la demande du Gouverneur général BUGEAUD, le comte GUYOT, directeur de l'Intérieur, présente un plan de colonisation concernant en particulier le Fais et le Sahel d'Alger, il y propose pour remplir l'espace entre DELY-IBRAHIM  et la mer... la création d'un village sur l'emplacement qu'occupaient les Cheragas et qu'ils ont abandonné en 1840. Le 26 avril, ce projet est approuvé par le ministre de l'Intérieur. En 1837, il est invité par le maréchal VALEE pour aider de former l'administration à la française. Ainsi, il a laissé une trace importante durant la colonisation de l'Algérie, où il fut d'abord nommé le 1er  janvier 1838 sous-intendant de la province de Constantine et ensuite promu le 31 octobre 1838 directeur de l'intérieur et de la colonisation en Algérie sous les ordres du général Bugeaud, et ce, jusqu'en 1847. C'est lui qui établira et accomplira la création des premiers villages de colonisation dans le sahel algérois connus sous l’appellation de plan GUYOT. Il a projeté 22 villages de colons européens, tous réalisés. 

Située à 12 kilomètres d'Alger, dans une zone déjà assez fortement colonisée, où «il ne reste à combler que quelques vides», cette création apparaît peu aventureuse ; il y a bien quelques marais vers STAOUELI mais ils seront rapidement asséchés il y a surtout quelques «débris» de la tribu qui occupait ces terres et qui les considèrent encore comme leurs et dont on peut craindre une «attitude menaçante». Le 8 juin 1842, un plan de village pour 66 familles est dressé et, dans un rapport du 22 août, le comte GUYOT précise que ce village doit être presque entièrement peuplé par une émigration venant des environs de Grasse et qui arrivera prochainement sous la conduite de M. MERCURIN, colon qui était venu à l'avance reconnaître les lieux et assister à nos travaux préparatoires. 

Ce dernier m'a demandé que, pour favoriser l'établissement de ces familles et les installer dès le débarquement dans le village, il leur fût construit à l'avance par l'administration et à ses frais une ou plusieurs baraques où elles pourraient trouver un abriprovisoire. Dans ce même rapport, sont indiquées les modalités de la création envisagée: sur 400 hectares, en majeure partie domaniaux, seront installées 60 familles, dont 50 immédiatement, et les premiers travaux comporteront le nivellement de l'emplacement du futur village, l'établissement des rues, la construction d'une fontaine, d'un lavoir, de deux abreuvoirs et d'une enceinte défensive «comportant un fossé de 1210 mètres, trois tours défensives... établies aux différents angles culminants», enfin l'amélioration de la jonction du village à la route d'ALGER à DELY-IBRAHIM. Le Conseil général du Gouvernement adopte ce projet et le décret du 22 août décide la création du centre de CHERAGAS et débloque pour sa réalisation un crédit de 47.156 francs, plus 2 500 F pour la construction d'une grande baraque destinée à abriter provisoirement 100 personnes (en fait, il sera édifié une baraque «fermant avec serrure» sur chaque lot à bâtir). Ces travaux d'aménagement sont menés avec diligence, à partir du 1er   septembre, par «400 travailleurs militaires»

Il y a, en effet, urgence. A GRASSE, et dans ses environs, le recrutement des futurs colons a été mené rapidement et avec succès par H. MERCURIN sur la base d’une Note «sur les concessions rurales à titre gratuit et les formations des villages en Algérie». En ce qui concerne H. MERCURIN, il avait été convenu qu'il obtiendrait, à titre d'indemnité de sa peine et de ses dépenses une double concession. Nous sommes très mal renseignés sur ce personnage : lui et son frère étaient propriétaires-électeurs à GRASSE où ils résidaient et c'est à peu près tout ce que nous savons d'eux. Si les candidats potentiels à l'émigration sont nombreux (essor démographique, décroissance de la prospérité de Grasse et de sa région), notables et autorités locales sont généralement peu favorables à leur départ, par crainte que l'agriculture ne manque de bras et qu'ils ne soient obligés de relever les salaires et d'améliorer les baux agricoles. 

Aussi des réticences, voire une réelle hostilité, se sont-elles manifestées : les autorités du canton de Grasse, et même celles de Cannes où l'embarquement a eu lieu, ont manifesté la plus vive opposition au départ de ces émigrants. Des maires ont été jusqu'à refuser des passeports ; les membres du clergé s'en sont même mêlés et ont été jusqu'à prêcher en chaire contre ces projets d'émigration, c'était surtout l'énormité des dangers qu'ils allaient courir que l'on faisait valoir auprès de ces pauvres gens.

Nous sommes très mal renseignés sur les débuts de CHERAGAS, car, comme le relève E. VIOLARD (Les villages algériens (1830-1870), t.I, Alger, 1925, p.23. La notice qu'il consacre à Chéragas est très approximative), «alors que la plus infime commune de France possède des archives qu'elle conserve jalousement, ici (à Chéragas) nous ne trouvons que le néant ou l'indifférence». Nous relevons, au hasard des informations, la croissance de sa population : 206 habitants en juillet 1843 (dont une cinquantaine d'ouvriers agricoles et de domestiques), 452 à la fin décembre1845; 35 maisons construites en juillet 1843, 73 en décembre 1845; 110 ha cultivés en 1843, 180 en 1845 (et 298 en 1850). Les colons reçoivent leurs titres définitifs de concession le 31 décembre 1846.

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