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«Je n’ai jamais reçu un coup de fil me demandant de donner un prêt…», KAMEL BENDAMARDJI, EX-DG DE LA TRUST BANK



L’argent, dit-on, est le nerf de la guerre. Il l’est d’autant plus dans notre pays puisque les experts considèrent que la moitié de l’économie nationale est dans le marché parallèle. Plus de 40 milliards de dollars que les pouvoirs publics n’arrivent pas à trouver le moyen de bancariser.

Kamel Bendamardji, ex-DG  de la Trust Bank, répond à quelques-unes de nos questions…

 

Crésus : Une économie souterraine équivalente à 40 milliards de dollars. Malgré toutes les directives, on n’arrive pas à domestiquer. Quel est le problème et que faire ?

M. K. Bendamardji : Le problème est large. Compliqué. Avec plusieurs dimensions. Concernant le secteur bancaire, on enregistre des tentatives et des efforts depuis longtemps pour tenter de bancariser le maximum de personnes, d’entreprises, d’individus et de ménages. Je pense que la meilleure façon de réussir l’inclusion financière est l’offre que la banque est susceptible de fournir. L’offre en terme de produits. Produits modernes, innovants et qui attirent la jeunesse qui, aujourd’hui, a 20 ans. Ce sont les futurs travailleurs, les futurs cadres de la société.

Il faut viser ceux-là. Offrir des produits innovants, la banque digitale, la monétique, le paiement par carte, par internet, le mobile banking… tous ces produits qui feront que la banque s’adapte à un nouveau rôle à jouer en attirant le maximum de personnes.

Vous savez, aujourd’hui, les gens perçoivent leur salaire dans les banques. Le lendemain, cet argent est retiré.

Justement, quel procédé adopter pour capter l’épargne ?

C’est offrir de nouveaux produits souples et flexibles.

Par exemple, ces nouveaux taxis à la mode, si je pouvais payer via mon mobile, je le ferai au lieu de payer en cash. C’est ce genre de produit de paiement qu’il nous faut développer. Cela permettra de bancariser.

L’exemple pourrait être multiplié : payer ses factures de tous les jours : électricité, téléphone etc., donner aussi du crédit au gens à travers les cartes, c’est l’autre moyen de retenir l’épargne.  

Est-ce à dire que la banque aujourd’hui se limite à gérer les comptes courants ?

Pratiquement. Il y a de nouveaux produits, mais le chemin reste long. Il ne faut pas faire ce que les autres ont tenté pour abandonner après. Il faut innover. A mon avis, avantager le mobile banking qui est moins cher et plus avantageux. Il nous faut capitaliser l’expérience des pays occidentaux et n’utiliser que ce qui a marché. Il faut laisser la carte. C’est moins cher et plus flexible et tout le monde possède un mobile.

C’est une part du problème. L’autre est qu’aujourd’hui, les banques n’offrent pas beaucoup d’avantages aux clients. Soit sur un compte particulier ou commercial. Pour contracter un crédit, c’est le parcours du combattant ne serait-ce que pour avoir une facilité de caisse…

Si on a des facilités de caisse…

A quel prix et à quelles conditions, les papiers la bureaucratie, les bilans, mises à jours…

Il ne faut pas tomber dans l’amalgame. La banque gère des fonds publics. C’est le secteur le plus règlementé. Je ne peux pas donner des fonds publics mis par des épargnants sans garantie. Pour donner de l’argent, je dois voir la situation du client, étudier sa position, étudier les risques, une étude commerciale. Tout cela est universel, ce n’est pas l’apanage des banques algériennes. Il n’y a pas plus de bureaucratie en Algérie qu’ailleurs. Vous avez un dossier complet, il sera étudié dans moins d’une semaine.

On a le crédit si la démarche est appuyée par une décision politique…

Non. Pas du tout !

Mais le métier de banquier est de prendre des risques, vendre son argent pour avoir un intérêt derrière, non ?

Oui, un risque calculé. Je veille à ce que l’argent que je donne revient. Et je contribue à financer des projets et des entreprises à rentabilité certaine. Pour la banque et pour l’État. Je suis un acteur économique, pas une caisse enregistreuse qui distribue de l’argent.

Mais le risque zéro n’existe pas…

Absolument. Mais on est là pour être des opérateurs économiques qui accompagnent les entreprises. 

Pourtant, il s’avère qu’avec un coup de fil on décroche un crédit chez nous. Non ?

Je n’ai jamais reçu un coup de fil dans ce sens.

On dit que la BEA est une banque plombée…

Je ne gère pas la BEA. Je n’ai pas les chiffres de la BEA en tête pour en juger que ce soit de son bilan ou de la qualité de son portefeuille. La Banque d’Algérie est là pour le faire ; ils sont plus outillés que moi. Mais je vous répète, je n’ai jamais reçu un coup de fil me demandant de donner un crédit à x ou à y. Et je ne le ferai jamais.  Vous savez, les chiffres parlent d’eux mêmes. Le montant des crédits aux entreprises ne fait qu’augmenter… 

Selon la Banque d’Algérie, ce chiffre est de l’ordre de 5 000 milliards de DA. Qu’en pensez-vous ?

C’est énorme…. 

Les produits islamiques attirent-ils plus la clientèle ? 

Nous avons eu les autorisations nécessaires pour les guichets de la finance islamiques et nous proposons des produits de chariâ complains. Cette demande ne fait qu’augmenter. Aussi bien pour le secteur des ménages que celui des entreprises. En ce moment, nous avons trois (3) produits disponibles et le quatrième sera bientôt proposé au client. Ces produits sont accompagnés par des opérations de formation pour mettre à niveau nos employés. De ce fait, notre portefeuille est passé de 8 à 15 %.

Le chiffre de par le monde est de 2600 milliards de dollars…

L’expérience de l’Algérie est récente. Ca a commencé dans les années 90 avec la banque Al Baraka, après Salam Bank, AGB et maintenant ça se généralise petit à petit.

Quels sont les actifs de la Trust Bank à moyen et long terme ?

Nous avons l’investissement et l’exploitation. À long terme, c’est l’immobilier. Financer l’acquisition de logements pour les ménages.

La planche à billets a beaucoup fait parler d’elle. L’ex-gouverneur a déclaré imprimer 25% du PIB national pour épurer le déficit jusqu’à 2014. Votre avis sur la question ?

C’est une chose dangereuse la planche à billet. C’est un instrument qui a déjà été utilisé ailleurs : au Japon, en Turquie… dans des périodes déterminées mais pour relancer l’investissement. L’utiliser pour combler un budget et pour l’exploitation est une chose très dangereuse. C’est assez alarmant. Nous avions assez de ressources pour éviter cela. Il faut apprendre à agir en bon père de famille, commencer à travailler sérieusement. Nous avons les capacités qu’il faut.

Etes-vous pour la politique d’importation ou faudrait-il tout fermer ?

Pas tout fermer ça n’a pas de sens. Il faut importer le minimum. Au lieu de dénigrer les importations, il faut augmenter les exportations. Il faut se mettre à produire.

 

 

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