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M. OMAR BERKOUK, ÉCONOMISTE, EXPERT INTERNATIONAL AU ZOOM DE CRÉSUS, «Nous avons eu de quoi acheter un pays en entier, l’incompétence nous a ruinés »



L’Algérie est un pays vaste, la mode est de dire un pays-continent. Un pays à fortes richesses naturelles jumelées à un potentiel humain non négligeable. Les questions qui se posent donc : Qu’a-t-il fait ce pays de ses richesses ? Cet élan extraordinaire de jeunesse, né d’un certain 22 février 2019 donnant au monde entier l’exemple de vouloir changer les choses pacifiquement, n’est que la légitimité de changer au mieux des conditions de vie ne reflétant pas les aspirations d’un peuple qui s’est vu ravir un avenir décent pour les générations à venir.  Omar Berkouk, expert international dans le domaine de la finance et de l’économie, a été l’invité du Zoom de Crésus, diffusée les lundi et jeudi sur la chaîne Al Hayat TV… 

Crésus : Pourquoi ce pays reste pauvre ?

Omar Berkouk : La question de l’état du pays et de la pauvreté est importante. Elle doit être adressée d’une manière objective et au regard de ce qui a été fait, bien ou mal, et le constat que l’on peut faire sur l’économie algérienne relatif à son état de développement est mitigé. C’est la persistance de la pauvreté bien qu’elle a été réduite de 20% sur une vingtaine d’années…

Mais tout est relatif, 20% par rapport aux richesses, c’est rien… 

Mais il y a quand même des critères absolus de niveau de vie, de niveau de revenus de la situation en déca ou au- dessus du seuil de pauvreté. 

Ne serait-il pas une fausse interprétation du développement ? L’Algérien a vécu au-dessus de ses moyens, il a vécu avec l’argent de la rente, pas avec les importations, pas avec ce qu’il a produit…

Ce sont deux approches de création de valeur, au niveau micro et au niveau macro. Micro c’est-à-dire les ménages, globalement ; en négligeant les spécificités, le niveau de richesse des Algériens a progressé. 

Tu parles de consommation…

Bien entendu. L’offre de santé, l’éducation… En termes de la qualité, on peut se poser la question. Mais, statistiquement, l’Algérie a fait des progrès dans ce domaine. 

Après, revenir à la question de savoir comment l’État en sa qualité d’entité a administré les richesses des pays, et selon laquelle cette richesse des Algériens est durable ou pas, est un autre volet. Est-ce que cette richesse est faite sur un véritable principe de la création de richesses… C’est là le talon d’Achille, la vulnérabilité de l’économie nationale.  Tout le monde sait que l’Algérie dépend des 98 %de ses exportations de gaz et de pétrole. Si l’on retient que ce critère, certes nous n’avons rien fait depuis 60 ans. Ce qui pose la question de la pérennité et de la prospérité. Le niveau de vie s’est amélioré, toutes les organisations internationales l’attestent, mais il n’est pas durable.  

Beaucoup de choses ne vont pas, et elles sont fondamentales. La non durabilité constitue le danger de l’Algérie actuelle. Si vous n’avez qu’une seule ressource de revenus, vous êtes en danger. Ce que n’ont pas fait les différents gouvernements, de 1962 à 2019, c’est la diversification de cette économie. L’État est en danger, car nous vendons une seule commodity dont nous maitrisons ni le prix ni la devise de cotation. Quand vous faite un budget qui dépend du prix du baril, vous êtes en danger. 

Décortiquons cette problématique de pauvreté. Comment sommes-nous arrivés là ? On précise, avec des réserves au départ de plus de 200 milliards de dollars, un FRR bien garni…Un manque de vision, de visibilité, de corruption, d’incompétence…

L’Algérie a raté le virage des réformes structurelles au moment où elle était en situation d’aisance financière historique. Durant la période 2004-2014, il a été dépensé 1000 milliards de dollars dans des infrastructures, des dépenses d’équipement, des services… mais qui ne nous ont pas affranchi de la dépendance des hydrocarbures. La question que vous posez est fondamentale : mauvaise gestion ou incompétence ? Ou est-ce qu’elle correspond à des choix qui nous indiquent que nous avons privilégié un certain modèle qui profite à des individus ou à des groupes d’individus. La gouvernance de l’Algérie en est à l’origine et c’est le critère explicatif de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Qu’elle soit financière, économique ou politique. L’Algérie a eu de la chance, pendant 10 ans, d’avoir des ressources financières vraiment introuvables… Nous avons eu de quoi acheter un pays en entier. Nous sommes aujourd’hui dans le désarroi, dans la recherche d’une refonte économique suite aux mauvaises décisions… C’est le politique qui explique la situation économique dans laquelle nous sommes. La présidentialisation du système, la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme ou d’un groupe d’individus qui ont pris des décisions en matière économique qui ne correspondaient pas à la situation du pays c’est faire de la mise en scène. 

Les entreprises publiques sont en difficulté. Sonelgaz est en difficulté à cause de la planche à billet. Sonelgaz a investi pour couvrir les besoins en électricité. Mais on court toujours derrière le besoin, on ne sait pas réfléchir, on ne sait pas quel est le modèle de consommation, et ça pose la question de la bonne gouvernance. Je ne vais pas décider d’une politique solaire, par exemple, sans me projeter dans le futur et sans penser au mix énergétique. Leurs décisions n’ont pas été rationnelles. 

Vous êtes en train de me dire que la faillite de finance publique que nous vivons actuellement est la conséquence de la mauvaise gestion ?

Oui, effectivement. 

J’ai un autre chiffre. L’Algérie est classée dans la 105e  place dans la perception de la corruption. Loin derrière nos voisins. Et la corruption donc un paramètre de faillite ?

Un paramètre explicatif des décisions qui ont été prises et qui ne correspondaient pas toujours au besoin du pays et de la rationalité économique. Quand on met en parallèle les décisions qui ont été prises quant aux choix d’investissements et l’indice de corruption, nous trouvons l’explication. Certains choix qui ont été aberrants à l’analyse économique classique, trouvent l’explication dans le principe de la corruption.

Jouons-là simple : par rapport aux marchés internationaux, quelque chose comme les ristournes a influé négativement sur l’économie nationale ? 

Les commissions et rétro-commissions existent dans tous les pays du monde. 

Mais les décideurs qui respectent leur pays, des hommes privilégiant d’abord l’intérêt de leur pays dans le choix. Pour eux, la rétro-commission est secondaire et non première dans la décision. Ils sont irréprochables, inattaquables dans les décisions qu’ils ont prises. Pas une clause dans les contrats défavorables à leur pays. Le décideur européen quand il négocie avec un Japonais ou un Chinois, il commence à penser d’abord à son pays et non pas à la rétro-commission à mettre dans sa poche. Hermes, en Allemagne, Bercy en France, à Londres ou en Italie…, la rétro-commission dans le package pour les décideurs est institutionnalisée. Mais le pays prime. 

Mais nous ne parlons pas de ça… Là, on parle d’une corruption caractérisée…

Mais ces rétro-commissions sont de la corruption. Cela veut dire que le monde occidental avait prévu cet adoucisseur pour obtenir de grands contrats. En France, cette rétro-commission a été de 10%. Et quand ca dépassait ce taux, il fallait prendre la décision à un haut niveau : le Quai d’Orsay, l’Élysée…  Un autre intervenant dans la scène internationale dans le domaine de la corruption, la Chine. Cette dernière est le premier pays corrupteur.  Les Chinois ne vendent rien sans arroser. 

Ce qui explique leur présence massive en Algérie…

La corruption est leur ADN. C’est dans leur culture. 

Parlons du dernier communiqué de la Banque d’Algérie. Le gouverneur nous parle de la planche à billets, l’équivalent de 25% du PIB national, a-t-on le droit d’endetter des générations futures…

Nous n’avons pas le droit moral de le faire. Mais la manière dont cela a été fait, c’est quand même une décision légale, c’est la modification de la loi sur la monnaie et le crédit, un décret qui a été pris par la gouvernance actuelle permettant à la BA d’imprimer cette monnaie pour venir au secours des déficits publics et sociaux de l’État algérien. Moralement, au-delà de ce décret, nous n’avions pas le droit de le faire, car nous avons ouvert la porte à la facilité et on engage les générations futures.  Rien n’est prévu dans le texte sur la manière dont le Trésor allait rembourser la BA. Dans le décret, rien n’est clair sauf  d’imprimer, pendant 5 ans (d’octobre 2017 jusqu’à fin 2022),  autant d’argent qu’il est nécessaire pour combler les trous de la gestion erratique. 

Est-ce que ces trous dont on parle sont visibles dans la LF ?

Non ! Le seul trou visible dans la Loi de finances est le déficit budgétaire. Ce dernier est de 700 milliards de DA pour la dernière Loi de finances. Par contre, on a imprimé 6500 milliards de DA sur 18 mois.  C’est là où est le danger. Il y a du hors bilan. Les engagements hors bilan sont colossaux. L’État à imprimé toute cette masse d’argent pour combler le déficit des deux compagnies énergétiques, Sonatrach et Sonelgaz jusqu’à 2014.  Aujourd’hui, il y a la Caisse nationale de retraites qui a un déficit de 900 milliards de DA et ce n’est pas agrégé dans le bilan…

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