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M. Hassan Khelifati, PDG d’Alliance Assurances à Crésus, «On est en proie à une concurrence déloyale !»



À la tête de sa compagnie, le PDG d’Alliance Assurances, Hassan Khelifati, possède une agilité et un esprit de challenger reconnu pour s’ouvrir un horizon dans un monde où la concurrence ne laisse aucune place aux faibles. Une ambition qui dépasse le seul stade de la présence sur le terrain…

Un degré d’informel est toléré dans tous les pays du monde. Nous sommes comme dans la logique de l’œuf et de la poule. Je modernise d’abord ou je règle le problème de l’informel d’abord ? Je pense qu’il faut dépasser tout cela en commençant par moderniser, par mettre les mécanismes.  

Pourtant vous êtes membre du FCE et ce dernier est aujourd’hui une force dans les négociations, dans les réclamations des droits… 

Effectivement, nous comptons saisir le Premier ministre et président du FCE quant à ces agissements. Nous avons constaté comme tout le monde que certains responsables du secteur public se lancent à écrire dans la presse pour privilégier le secteur public dans les attributions des marchés. À titre d’exemple, nous avons gagné l’APC d’Oran à la loyale et tout d’un coup, l’attribution est annulée. On a même osé changer le cahier des charges afin d’augmenter le capital dans le seul but de nous éliminer. 

Et le Conseil de la concurrence dans tous ces dépassements ? 

Nous n’avons pas confiance. Le Conseil de la concurrence en Algérie nous l’avons déjà testé. Il nous a déçus par le passé. C’est un Conseil qui ne fonctionne pas selon les règles de l’impartialité. Cet organisme croit, lui aussi, que son essence est de protéger le secteur public. Cet organisme a besoin d’être réformé. Etant rattaché au ministère du Commerce, il manquerait peut-être des moyens de sa politique. Cet organisme doit être complètement indépendant afin de servir l’économie nationale avant de penser servir et privilégier le secteur public.

Pourtant, les pouvoirs publics, l’action même du gouvernement est justement d’encourager le secteur privé ! 

Nous essayons de dialoguer, nous sommes organisés dans l’UAR (Union Algérienne des Sociétés d’Assurance et de Réassurance) qui tente de ne pas soulever trop de vagues. C’est logique, les pouvoirs publics sont les employeurs, les détenteurs des capitaux de la majorité du marché. Il ne faut pas s’attendre à une levée de bouclier par l’UAR.  Ceci étant dit, il faut reconnaître les efforts déployés par des équipes de l’UAR ainsi que par son président même si ça reste dans le domaine de la prudence. Au-delà de ce fait, nous essayons de lutter, de dénoncer, de réclamer…

Nous avons quand même développé une bonne base, de nouvelles offres, de nouveaux moyens de travail, une modernisation du secteur notamment dans le système d’information en permanence. Nous avons lancé depuis 2017 la plateforme de la formation à distance qui est différente du e-learning. Nous arrivons à former, chaque quinzaine, les 600 personnes qui font partie de notre réseau sur une thématique, une technique…, pour optimiser leur compétence et leur maîtrise dans le secteur des assurances.

Au sujet du réseau de distribution d’Alliance assurance ?

110 agences directes avec une soixantaine d’annexes. Notre réseau continue à croître et progresser. Nous sommes à présent dans une logique de cartographie pour tenter de combler les vides et couvrir les zones d’achalandises.  Avec les nouvelles règlementations assouplissant le métier d’agents généraux, nous avons lancé un appel à candidatures et ainsi former pendant 18 mois des jeunes universitaires afin de les placer de facto en qualité d’AGA. Nous accordons aussi un grand intérêt à d’autres départements de la boîte, notamment les techniques de vente, les techniques de négociations, les techniques de prospections, le volet commercial, la communication, le marketing… 

Il est évident que toute cette démarche prendra du temps, mais nous y travaillons sachant que les niveaux sont différents et les habitudes sont différentes d’un environnement à un autre.  

Je dirai aussi que notre objectif n’est pas de croître rapidement dans le chiffre d’affaires. Notre objectif est de construire l’avenir. Malgré le dumping existant, malgré l’esprit de la concurrence déloyale, l’impartialité, etc., nous continuons notre avancée vers l’avenir. 

C’est à penser que l’État n’a pas confiance en son privé…

Non ! Je ne dirai jamais cela, mais je crois que les institutions ressentent l’obligation de favoriser le secteur public, quitte à transgresser les règles de la concurrence. La question qui se pose : est-ce que les compagnies privées algériennes sont gérées par des Algériens avec les mêmes devoirs et les mêmes droits que les autres ? Ces compagnies privées algériennes, sont-elles agréées ? S’acquittent-elles de leurs impôts ? Obéissent-elles au cahier des charges ? Ce sont celles-là les questions qu’il nous faut poser. Après, il faut de deux choses l’une : soit nous sommes dans une économie de marché tout en laissant les règles du marché s’imposer à nous, comme cela se passe ailleurs, soit nous sommes encore dans un système d’économie dirigée. Que l’État a le droit de protéger ses secteurs. À ce moment-là, on clôt définitivement le débat. Que les choses soient juste claires pour tout le monde sinon on est proie au déséquilibre et à la frustration. Enfin de l’inégalité. 

L’État, donc, devrait assurer un rôle de régulateur, d’arbitre… 

Et de veiller à l’égalité des chances.

C’est déjà un grand acquis qu’Alliance est présente dans beaucoup de wilayas, n’est-ce pas ?

Nous sommes dans 42 wilayas. Nous avons du mal à trouver de bons agents généraux. Disons que nous sommes dans les villes importantes, en termes d’habitants, et dans les plus grandes aussi. Nous avons le projet d’être au moins dans les grandes daïras mais les ressources humaines nous font défaut. Sur ce plan, il y a une contrainte réelle. Il y d’autres vulnérabilités à relever comme l’instabilité d’internet dans certaines régions. Comme nous sommes une compagnie complètement interconnectée, nous avons besoin de beaucoup de transfert de datas. Nous trouvons des difficultés au niveau du débit. Parfois ça se coupe carrément. Ce sont des conditions parfois difficiles, sachant que l’économie numérique n’est plus un choix, c’est une nécessité. A titre d’exemple, nous avons lancé l’expertise à distance qui demande beaucoup de transfert de photos, malheureusement nous n’arrivons pas à généraliser ce procédé. Une demi-heure pour faire passer une photo. Nous avons abandonné l’expertise à distance. 

Vous parliez des ressources humaines, alors qu’en Algérie, ces dernières années, il y a une pléthore d’instituts professionnels, privés notamment, qui forment dans le domaine des assurances…

Répondent-ils aux besoins ? Que ces instituts forment dans les manques opérationnels. Nous ne pouvons pas être tous des hauts cadres. Nous avons besoin de TS, d’opérateurs, etc. Ces instituts privés doivent se tourner vers ces métiers, car le manque est là. Toujours est-il que le secteur des assurances peut facilement capter 100 000 emplois. Aujourd’hui, il en compte moins de 10 000. Le marché est à fort potentiel. Si nous comparons aux autres marchés similaires à l’Algérie, les compagnies font plus de 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Nous faisons à peine un milliard. Le Liban, avec un petit marché, en fait 4 milliards de dollars avec à peine 5 millions d’habitants.

Nous n’avons pas la culture d’assurance ?

Ce n’est pas du tout cela ! Bien sûr que ne l’avons pas. Mais la culture d’assurance n’est pas le portemanteau sur lequel tout est accroché. Nous y revenons, au fait : il faut une concurrence loyale, que les gens qui innovent peuvent s’épanouir, percer. Si vous voulez innover chez nous, votre voisin casse les prix pour vous casser et casser le marché. L’on ne peut innover dans une logique de préoccupation de survie.

C’est un tout ! Le marché est à fort potentiel certes, mais il nous faut absolument des décisions politiques courageuses, une autorité de régulation complètement indépendante du ministère des Finances, ou mettre les compagnies d’assurance dans le cadre d’un holding indépendant ou bien le ministère des Finances garde ses entreprises d’assurance et met les autres sous une autre autorité. Pourquoi pas la COSOB qui se dotera des moyens humains et financiers et agira en toute égalité entre toutes les compagnies sans différenciation de statut public-privé, national, mixte ou international… 

Revenons donc à la Bourse. Qu’en est-il ? 

Alliance Assurances a fait ce qu’elle a pu. Maintenant, on tente de maintenir le titre à flot. Les autorités publiques affirment que c’est aux entreprises privées de développer la Bourse d’Alger. Ont-elles la capacité de le faire ? Ont-elles la volonté de le faire ? Je ne pense pas que les entreprises privées s’inscrivent dans une telle démarche après la rupture de confiance due aux entreprises qui s’y sont introduites. Les entreprises privées ont vu ce qui s’est passé sur le marché secondaire avec des banques publiques qui n’ont pas la capacité de jouer leur vrai rôle notamment d’animateur boursier. Ces banques ont, elles aussi, leurs propres contraintes. L’autorité de régulation a fait de grands efforts pour dynamiser le marché financier, mais hélas !  Nous persistons à dire qu’il faut absolument une volonté politique. Avec la crise, nous espérons que la Bourse soit une alternative pour le développement du marché. Apparemment, ce n’est pas encore la priorité. Et avec cinq titres, la Bourse n’ira pas loin. 

L’image d’investir en Algérie est mauvaise et à se demander pourquoi, sachant que le discours des autorités est très encourageant. Pourquoi, d’après vous ? 

On ne sait pas pourquoi ! Est-ce dû aux hommes, aux intermédiaires, au process…  Il y a beaucoup de blocages. Beaucoup de retards. On ignore qui est responsable de cette image renvoyée à l’international et à l’entrepreneur national. L’Algérie a besoin d’investisseurs. D’entrepreneurs qui créent de la richesse, de la dynamique, de l’espoir dans les régions et à l’intérieur du pays en absorbant le chômage… C’est comme ça qu’un pays se développe et que son PIB augmente. 

Concernant la loi de Finances 2018, le débat est le suivant : Pourquoi la loi de Finances algérienne n’est pas établie sur trois/quatre ans ? 

Il y a eu quand même une tentative avec Sellal. C’était une loi de Finances projetée sur trois ans. Malheureusement, elle a été abandonnée vu les contraintes. C’est une bonne chose que d’y revenir, car c’est ce qu’il faudrait d’après les recommandations des experts.

Justement, concernant l’impôt sur la fortune…

J’ai affirmé déjà ma position lors de l’université d’été du FCE. En tant qu’opérateur économique, s’il y un impôt, de solidarité, sur la fortune cela ne me dérange pas. Mais il y a trois conditions à cela : un taux raisonnable, un paramètre de transparence et des voies de recours. S’il y a un abus, les gens peuvent recourir à la  justice. Après, il faut s’assurer des techniques de la transparence. Cela ne m’inquiète pas outre mesure. Ce qui m’inquiète le plus c’est le fait de moderniser toute l’administration économique : impôts, douanes, domaines, commerces, banques, assurances… Il faut interconnecter cette administration. C’est le chantier mère. Mais il faut commencer quelque part ! 

Il y a deux problématiques : la traçabilité de l’argent informel et le risque de fuite de capitaux… 

C’est pour cela que je dis que les taux doivent être raisonnables. Si c’est un impôt de solidarité, il faut qu’il soit raisonnable. Quant à l’argent de l’informel, il faut se poser la question : Pourquoi y en a-t-il autant ? Parce qu’il y a des impôts injustes qu’il faudrait revoir, notamment la TAP, et aussi les gens ont peur d’être dans le formel et taxés à tort avec une absence de voie de recours.

Et enfin, l’informel ne se règle pas du jour au lendemain. Un degré d’informel est toléré dans tous les pays du monde. Nous sommes comme dans la logique de l’œuf et de la poule. Je modernise d’abord ou je règle le problème de l’informel d’abord ? Je pense qu’il faut dépasser tout cela en commençant par moderniser, par mettre les mécanismes. L’informel disparaîtra de lui-même. Et, surtout, rétablir la confiance par une crédibilité des voies de recours. Les gens marcheront dans la confiance et non dans l’abus. 

 

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