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Abdelhakim Berrah, Président de la COSOB, «Il ne faut pas déconnecter l’Algérie du reste du monde»



Nous avons hésité entre le Big Data, l’intelligence artificielle et la Blockchain. Finalement, nous avons opté pour cette dernière parce que c’est une technologie qui est bien assise mathématiquement et qui ouvre des perspectives à beaucoup de secteurs et pas uniquement à la finance mais à tout ce qui a besoin de données fiables, traçables et distribuées. Pour rappel, la technologie de la Blockchain est une technologie de stockage, de transmission d’information transparente et fonctionnant sans organe de contrôle. La Blockchain a la réputation d’être sécurisée, distribuée et partagée par tous les utilisateurs, sans intermédiaires, chacun pouvant vérifier la validité de la chaine.

Crésus : C’est le quatrième colloque organisé par le conseil scientifique de la Cosob. Cette année, il revêt un caractère particulier du moment qu’il s’attaque au thème de l’innovation.

Abdelhakim Berrah : En effet, ce quatrième colloque du Conseil scientifique de la Cosob porte sur l’innovation. Le premier thème a porté sur la gouvernance des entreprises et la transparence. Le deuxième thème a eu trait au financement des petites et moyennes entreprises et leur lien direct avec la Bourse et le troisième thème avait porté sur les Fin Tech, l’an dernier.  Les Fin Tech c’est l’application des nouvelles technologies à la finance et cela entre dans le cadre du développement des start-up et le cadre du développement de l’innovation. On avait introduit le thème de l’innovation aux finances parce qu’on ne peut pas se passer de l’innovation. Et c’est le propre du conseil scientifique qui travaille sur les questions d’avenir. Sur la prospective, sur ce qui peut arriver dans 5 ou 10 ans. On n’est pas dans l’immédiateté qui, elle, suppose d’autres thèmes. Même si les thèmes que nous développons ne sont pas appliqués aujourd’hui en Algérie, il ne faut pas déconnecter pour autant l’Algérie du reste du monde et de l’innovation. Actuellement, il y a une course effrénée à l’innovation, au numérique, au digital.

Nous avons hésité entre le Big Data, l’intelligence artificielle et la Blockchain. Finalement, nous avons opté pour cette dernière parce que c’est une technologie qui est bien assise mathématiquement et qui ouvre des perspectives à beaucoup de secteurs et pas uniquement à la finance mais à tout ce qui a besoin de données fiables, traçables et distribuées. Pour rappel, la technologie de la Blockchain est une technologie de stockage, de transmission d’information transparente et fonctionnant sans organe de contrôle. La Blockchain a la réputation d’être sécurisée, distribuée et partagée par tous les utilisateurs, sans intermédiaires, chacun pouvant vérifier la validité de la chaine. Et cette technologie distributive dispose de plusieurs potentialités d’application.  On n’en est qu’aux débuts. Nous ne voulons pas être distancés dans cette technologie. Nous avons un grand intérêt en tant que régulateur à la vulgariser.  Nous avons choisi pour se faire des intervenants – comme nous travaillons avec Paris Europlace notamment – et des thèmes avec des exemples pratiques. Beaucoup ont des connaissances livresques de la technologie et nous allons essayer de montrer des applications de cette technologie. Il y a aura des applications sur le marché financier et, probablement, sur d’autres thèmes pour montrer à l’acteur algérien de la finance en quoi la technologie de la Blockchain peut l’intéresser. 

Quelle est la différence entre Big Data, intelligence artificielle et Blockchain ?

Vous avez raison. Elles sont toutes liées. Big Data signifie avoir beaucoup de données. Blockchain c’est une transmission sécurisée des données. C’est un peu différent mais cela constitue les pôles de développement. C’est l’intelligence artificielle. Avec le Big Data on peut étudier les signaux faibles pour avoir une démarche en fonction des Data. L’intelligence artificielle est présente dans notre vie, les Big Data aussi et nous cherchons leurs domaines d’application pour ne pas être distancés. Et comme corollaire à toutes ces technologies qui se pointent, on se dit que doit-on faire réellement ? Il s’agit de voir les programmes des universités, des instituts et des écoles d’ingénieurs. Pour toutes les applications, nous avons besoin d’une couche technologique dans les programmes.  Un des pré-requis à l’innovation c’est justement de développer au sein des universités une couche technologie de science dure, de mathématiques, dans les cursus.

Aujourd’hui, on ne peut plus faire du marketing, de la finance ou du droit sans cette couche technologique, parce qu’il y a des applications technologiques majeures qui vont arriver. Et comme chacun le sait, le siècle où nous vivons c’est le siècle de l’intelligence, de Data. Preuve en est que ce sont les sociétés d’intelligence et du numérique qui prennent le dessus en termes de capitalisation boursière, parce que l’avenir est dans l’intelligence. Il s’agit d’investir dans l’homme.  C’est ce que nous essayons de faire modestement en encourageant le financement dans les Fin Tech, les incubateurs, les start-up pour qu’il y ait des nouvelles technologies et de l’innovation dans les différentes activités. C’est la modeste contribution du conseil scientifique de la Cosob.

Comme on a signé avec HEC, nous soignons avec l’école supérieure de commerce sur les marchés financiers et comme on l’avait dit à nos amis enseignants, il faut refaire les programmes et intégrer cette couche technologique. Il faut beaucoup de mathématiques et d’informatique dans les programmes de formation à l’avenir pour qu’il y ait l’employabilité et encourager l’innovation. L’année dernière, le professeur Jean-Michel Beacco avait présenté une étude lors du conseil scientifique de la Cosob sur les capacités d’innovation des pays et les raisons de l’existence ou pas de l’innovation dans ces pays. Même si c’était une étude empirique, il faut travailler sur les raisons qui font qu’il n’y a pas d’innovation particulièrement dans notre pays.

Que pensent les décideurs de cette question au vu du décalage qu’il y a entre la réflexion ici et ailleurs ?

Certainement qu’il y a des réflexions un peu partout, essaimées, éparpillées, mais chacun doit contribuer dans son domaine de compétence et de prérogatives à ce qu’il y ait de l’innovation, une formation de qualité, une vulgarisation et, surtout, veiller à ce qu’on ne soit pas distancés par les autres pays.  Nous formons des ingénieurs et des diplômés dans les sciences dures. Il faut les orienter et canaliser toutes ces énergies vers l’innovation. Sinon, nous allons rater cette révolution technologique qui est bien plus grande et plus forte que les nouvelles technologies de l’information.

Où en est le marché financier en Algérie ?

Le marché financier actuellement a un seul volet qui se développe, c’est celui du marché obligataire des institutionnels. En revanche, il y a un grand travail qui est fait en direction des entreprises, qu’elles soient publiques ou privées, pour les amener à s’introduire en bourse. On pense que même si on change les textes et les instruments et on introduit un système électronique des changes, cela ne suffit pas parce que la bourse est faite pas les entreprises. Notre rôle c’est de faire émerger les nouveaux métiers de la finance pour favoriser la croissance et surtout que maintenant il y a un écueil qui se présente au niveau des entreprises, familiales notamment. 

Vous savez, la plupart des entreprises algériennes sont dirigées par les fondateurs et ils ont autour de 70 ans d’âge. C’est le moment justement d’organiser cette transmission.  Biopharm est une entreprise qui est en train de réussir cette transition. Elle s’est appuyée sur la bourse et sur d’autres mécanismes et elle est en train de réussir une transmission pour assurer la pérennité de l’entreprise et son rôle social et sociétal. D’autres entreprises changent de dirigeants pour améliorer la gouvernance, mais ce n’est pas suffisant. Les statistiques montrent que 50% des entreprises disparaissent après la disparition des fondateurs, soit au bout de trois ans. Parce qu’il y a dilapidation, car l’entreprise avait une seule vision et se retrouve avec plusieurs héritiers.

Et la gestion du fondateur et de l’héritier est fondamentalement différente. Tout cela doit changer et la bourse est le levier qu’il faut pour assurer cette transmission, parce qu’il assure la transparence et la pérennité de l’entreprise et tous les grands groupes dans le monde ont généralement recours à ce levier. Mais ce n’est malheureusement pas le cas encore chez nous. L’entreprise aussi doit être prête, transparente, elle doit avoir la rectitude fiscale, les comptes certifiés, un business plan. Pour gérer des entreprises solides, la bourse est le meilleur levier.

 

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