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HAFID AOUCHICHE, DIRECTEUR LOGISTIQUE ET DISTRIBUTION À LAFARGEHOLCIM ALGÉRIE, «Nos ports ne sont pas adaptés à l’acte d’exporter »



1,37 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures. C’est le chiffre donné par le gouverneur de la Banque d’Algérie. Les importations, elles, sont de l’ordre de 49 milliards de dollars, dont 11,2 milliards pour les services et 6 milliards pour l’importation de véhicules. Pour parer à cela, l’Algérie a décidé de se doter d’une stratégie globale favorisant les exportations. Cette stratégie repose sur l’encouragement des entreprises exportatrices. Avec nous, M. Hafid Aouchiche, Directeur Logistique et Distribution à LafargeHolcim Algérie qui a décidé de faire de l’année 2019 une année d’exportation.

Crésus : depuis l’installation de Lafarge en Algérie, quelle a été l’évolution de cette entreprise ?

Hafid Aouchiche : Lafarge a existé déjà avant l’indépendance de l’Algérie. Lafarge est revenu en Algérie en 2008 en rachetant les actifs du cimentier Orascom.

Un processus qui a été qualifié par le président de la République à l’époque, de trahison.

C’est un processus qui était en toute légalité. Aujourd’hui, nous avons une forte empreinte industrielle et commerciale dans le pays, avec deux grandes usines de production qui totalisent 8,8 millions de tonnes de ciment, des centrales à béton implantées sur le territoire national, une entreprise de fabrication d’emballage, de sacs de ciment basée à Bordj-Bou-Arréridj, une filiale logistique, un partenariat public-privé via la cimenterie de Meftah et l’entreprise COLPA, un partenariat privé-privé pour la cimenterie de Biskra et l’unité de fabrication de mortier qui est basée à Meftah. Je ne vais pas terminer sans parler du laboratoire dédié aux matériaux de construction, unique en Afrique et qui est basé à Rouiba. Le développement de LafargeHolcim en Algérie est manifesté par ce que nous produisons avec un investissement qui dépasse les 600 millions d’euros. Nous comptons un effectif de 5500 employés. Voilà un peu ce que représente LafargeHolcim Algérie.

Avant de parler des exportations, est-ce que la baisse des prix du pétrole impacte la demande en matériaux de construction et est-ce que Lafarge continue à faire son business correctement ?

L’analyse fait ressortir que nous vivons deux phénomènes parallèles depuis la fin 2016 et début 2017. D’une part, il y a une baisse de la demande en matériaux de construction en général et du ciment en particulier, qui est due au frein qu’ont connu les marchés publics. D’autre part, et ceci est très important, l’industrie du ciment a connu une forte croissance et le marché passe au bout de deux années d’une situation d’indisponibilité du ciment à un marché de surproduction induit par un fort investissement dans l’industrie du ciment en Algérie. Et comme toute entreprise qui regarde de près ses objectifs et son avenir, nous avons défini nos priorités pour faire face à ce retournement de marché que l’Algérie a connu. Nous estimons qu’en 2020, la production va atteindre les 43 millions de tonnes de ciment alors que le marché local est estimé autour de 25 à 26 millions de tonnes seulement. Et il y a encore des projets d’usines de ciment qui sont en cours et qui seront réceptionnées probablement dans moins d’une année. Donc, le fait d’exporter est une nécessité absolue pour éviter la dégradation de l’industrie du ciment et l’arrêt de certaines entreprises. Notre analyse à nous est que sans exportation, l’outil algérien va tourner autour de 60% de sa capacité. C’est pour cela que Lafarge Algérie fait de l’exportation une de ses priorités et que nous inscrivons dans la dynamique lancée par les pouvoirs publics ces dernières années pour exporter une bonne partie de notre production.

Lafarge est présent dans pratiquement 90 pays à travers le monde. Est-ce vous ce n’est pas un frein pour vos opérations d’exportation ? Trouvez-vous facilement des débouchés à vos produits ?

Ce réseau mondial est plutôt un avantage pour nous. Il nous permet justement de trouver facilement des débouchés à nos produits sur le marché international. Ceci d’une part. D’autre part, le groupe dispose d’une filiale qui est assez forte dans le domaine du Trade, LafargeHolcim Trading qui est basée en Suisse qui contrôle aujourd’hui plus de 50% de flux exportés en ciment et clinker en Méditerranée et la côte ouest africaine. L’année 2018 nous avons exporté presque 400 000 tonnes et nous comptons exporter 1 million de tonnes et de clinker en 2019 et 2 millions de tonnes en 2020.

Comment vivez-vous concrètement ce changement de cap décidé par les pouvoirs publics et leur  recentrage vers l’exportation ?

La dynamique a été lancée par les pouvoirs publics. C’est ce qui nous avait encouragés à définir nous-mêmes une stratégie basée sur l’export, sur le moyen et le long terme. Il y a des initiatives qui sont lancées par les pouvoirs publics, notamment par le ministère du Commerce via des rencontres, des regroupements d’industriels et d’exportateurs, pour écouter leurs doléances et voir quels sont les moyens à mettre en place. A partir de cela, le ministère du Commerce a parlé d’une stratégie nationale d’exportation dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Je pense que c’est pour nous un point très favorable qui va nous conforter dans la vision et la stratégie que nous avons lancée. Au niveau de LafargeHolcim Algérie, nous avons commencé par voir quels sont les ports qui peuvent être attractifs compte tenu de la distance par rapport à nos usines. Après étude, nous avons défini notre stratégie. Nous avons les ports de l’Est algérien pour l’exportation du clinker et les ciments blanc et gris à partir de l’ouest algérien. Nous avons travaillé sur la base de cette stratégie que nous avons proposée à nos partenaires portuaires et aux institutions et administrations centrales. Il est vrai aujourd’hui que la dynamique lancée par les pouvoirs publics soutient beaucoup d’efforts initiés par certaines entreprises exportatrices. Nous avons des produits qui sont de très bonne qualité. Nous devions maitriser le coût logistique car c’est le point le plus faible et nous devions adapter les moyens de traitement de ces marchandises à l’export. Il ne faut pas oublier que l’Algérie a été, durant de longues années, un pays importateur de marchandises de différentes natures. 

Le ministre du Commerce a défini les critères auxquels doit obéir toute opération d’exportation à savoir le prix, le timing et la qualité. Pensez-vous que ces critères sont applicables chez nous et avez-vous des propositions à faire dans ce volet précisément ?

Il est vrai que les trois critères dont parlent les pouvoirs publics sont la clé pour être dans la cour des exportateurs et dans le marché international et d’être compétitif. Pour ce qui est du ciment et du clinker, le marché international est animé par de très grands acteurs, qui ont de longues années d’expérience et qui traitent de volumes très importants alors que nous, nous venons à peine de commencer. Ils ont des moyens spécialisés et adaptés à ce genre d’opérations d’exportation et surtout, ils ont des coûts logistiques qui sont très favorables parce que les usines sont implantées quasiment près des ports, ce qui n’est pas le cas de nos cimenteries. Si on veut s’imposer sur le marché international, et nous avons des atouts pour le faire, il faut justement adapter les moyens de traitements de nos marchandises destinées à l’export sur les ports. Pour ce qui est de notre part, charger le clinker ne peut pas se faire de manière artisanale avec une grue, il faudrait avoir un shiploader, un chargeur de navires, qui permet d’atteindre des cadences de chargement de 15 000 à 18 000 tonnes/jour et ça à un impact positif sur le coût, le prix et les frais d’immobilisation du navire. Aujourd’hui, quand on regarde la structure des coûts des produits exportés, le coût du transport est très élevé, le coût du transit des marchandises via les ports coûte très cher. Ce sont ces éléments qu’il faut qu’on traite. Un autre élément sur lequel j’ai à partager avec le ministre, c’est qu’aujourd’hui on ne traite pas différemment les flux import et les flux export. Il faudrait qu’on accorde toute la priorité qu’il faut aux flux export. 

Il y a pire que ça. Il y a des navires qui arrivent pleins et qui repartent vides.

Il y a là une question d’optimisation des transports. Il faut challenger les gros liners et les gros transporteurs maritimes. 

Est-ce qu’il y a une logistique, un management des ports à mettre en place ?

De notre point de vue, le facteur clé dans tout cela c’est le facteur humain. Il y a une formation à dispenser à nos agents à tous les niveaux.

Donc, il n’y a pas de savoir-faire… 

Je ne dirai pas qu’il n’y a pas de savoir-faire. L’objectif c’est d’atteindre notre objectif au moindre coût et avec une qualité optimale. C’est un métier où on se remet en cause de manière perpétuelle et où l’anticipation est un facteur clé. C’est ce plus-là qu’il faudrait qu’on apporte à tous nos collaborateurs.

Il y a donc tout un volet de gestion des ports à mettre en place.

Il y a, pour résumer, à adapter les moyens logistiques pour les flux export au niveau des ports. Il y a un travail à faire sur la chaîne logistique de l’usine vers le port pour améliorer le transport notamment. En plus de cela, il y a à former nos collaborateurs sur ce métier d’export, sachant qu’on a été depuis des années un pays d’importation.

Lafarge c’est aussi des solutions innovantes. Il y a les produits Ardia 600, les produits BRC… De quoi s’agit-il ?

L’une des forces de LafargeHolcim Algérie, c’est l’innovation. Nous cherchons toujours des solutions pour répondre aux besoins de notre clientèle. Parmi les priorités que nous inscrivons pour les deux années à venir, c’est l’export et on en a parlé mais c’est aussi la solution route. C’est un savoir-faire que nous mettons à la portée de nos partenaires qui veulent réaliser des routes, soit pour traiter un tronçon de route ou bien pour réaliser une route avec des moyens plus rapides et moins coûteux. Nous travaillons sur un autre axe qui est la valorisation des déchets. Nous sommes en cours d’investissement pour l’usine d’Oggaz pour le traitement des déchets pétroliers. C’est un sujet qui va aboutir incessamment. Ce sont nos grandes priorités en plus, bien évidemment, le fait de faciliter la vie à nos clients en leur permettant de passer commande via un portail internet en plus du paiement de leur marchandise à distance.

L’année dernière, on a tenté de déstabiliser Lafarge à travers un écrit de presse faisant état d’une complicité avec le fisc de 200 millions de DA. Lafarge n’a pas réagi. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Un article de presse n’est pas toute la presse et nous avons une empreinte très forte en Algérie. Lafarge n’a pas réagi car elle le fait quand il y a nécessité et sa confiance dans les institutions de l’Etat est telle que nous savons que les sujets sont traités comme il se doit.

 

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