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ABDELHAKIM HADJOU, DG DE TRUST ASSURANCES ALGÉRIE, «Nous allons être plus agressifs en 2019»



L’assurance est un sujet très important dans la vie d’une société. Henri Ford, le grand constructeur automobile américain, avait dit que New York n’est pas la construction des hommes mais celle des assureurs. Sans les assureurs, aucun homme n’oserait monter dans un gratte-ciel, faire une chute et laisser sa famille dans la misère et aucun investisseur n’oserait investir des sommes faramineuses dans des buildings qu’un simple mégot de cigarette peut réduire en cendres. Mais alors, quelle est l’importance des assurances chez nous ? Si on regarde les chiffres, l’apport des assurances en Algérie au PIB varie en 0,8% et 1%, alors que la moyenne universelle est entre 6 et 7 %. En Algérie, nous sommes bien loin aussi du taux de pénétration des assurances dans les économiques africaines et qui se situerait à 3,5%. Pour répondre à cette question, le zoom de Crésus a invité le directeur général de la Trust Assurances, M. Abdelhakim Hadjou, une personnalité illustre du secteur des assurances en Algérie.

Crésus : Même s’il est trop tôt pour parler de bilan, quelle est la croissance  de Trust Assurances dans le marché?

Abdelhakim Hadjou : Effectivement, l’assurance est très importante à travers le monde de l’offre comme servie aux entreprises comme aux personnes. Peut-être qu’en Algérie, l’assurance reste toujours le parent pauvre de l’économie. Mais nous allons essayer d’expliquer l’importance de l’assurance et son apport pour l’économie. Trust Assurances, est une compagnie d’assurances privée internationale, nous dépendons d’un groupe qui est présent dans le monde à travers l’assurance mais aussi la banque, les services hôteliers et de la réassurance. Trust Assurances, est la première compagnie privée qui a été créée en Algérie il y a de cela vingt ans en vertu de l’ouverture du secteur des assurances au capital privé. Nous sommes disons le premier assureur privé historique en Algérie. Trust Assurances a clôturé son exercice 2018 avec beaucoup de satisfaction avec le meilleur taux de croissance du marché. Nous avons réalisé 20% de taux de croissance au moment où le marché oscille autour de 3 à 4%. Une bonne nouvelle pour notre clientèle et pour notre marché. Ce qui signifie que, finalement, nous pouvons faire un taux de croissance important et la Trust s’est distinguée par cette réalisation en 2018.

Comment se comporte le marché de l’assurance ? Est-il dans une logique de stagnation ? On entend beaucoup de chefs de compagnie d’assurances se plaindre du marché. C’est quoi le problème ?

La question doit être abordée sous deux angles. Si on voit ce qui se fait autour de nous, au Maroc, en Tunisie ou même en Egypte, nous réalisons des taux de croissance qui varient de 5 à 10%. Ce sont des taux de réalisation qui sont relativement importants qui baignent dans un climat régional et international difficile, et c’est tout le monde qui le reconnaît. Donc, aujourd’hui, premier constat, hâtivement, le marché des assurances se porte bien relativement au taux de croissance. 

La question qui se pose, et c’est le deuxième angle, est-ce que nous pouvons faire mieux ? Le marché des assurances peut effectivement mieux faire avec un certain nombre de conditions pour permettre à ce secteur d’évoluer beaucoup plus et mieux, d’être une vraie locomotive de l’économie algérienne. La preuve est qu’il y a des compagnies d’assurances qui réalisent des taux de croissance à deux chiffres dans un marché qui est à 5% de croissance. Le taux de croissance est là. Le potentiel aussi. Maintenant, la problématique c’est comment développer ce secteur. 

On dit souvent que le citoyen algérien n’a pas la culture des assurances et la culture du risque. Qu’est-ce qu’il faut faire pour parvenir à innover des produits qui vont avec la culture algérienne.

Beaucoup de personnes pensent comme ça. Mais je ne suis pas d’accord du tout. Le citoyen algérien est un consommateur très intelligent. Il sait acheter et faire ses choix. Il sait gérer son budget. La faute n’incombe pas au consommateur algérien. On ne naît pas avec la culture d’assurance. Elle s’acquiert. Maintenant, la responsabilité incombe à qui ? Elle incombe en premier lieu aux assureurs. Ils devraient faire un peu plus d’efforts, être plus agressifs sur le plan de la communication et du marketing pour faire admettre au consommateur algérien l’importance de s’assurer. 

L’assurance est une activité primordiale parce que c’est grâce à l’assurance que l’activité tourne. Mais pour expliquer cela, il y a le rôle de la communication mais aussi celui de la régulation, laquelle n’incombe pas seulement aux autorités même si elles ont une part de responsabilité. Mais elle incombe aussi aux assureurs puisque nous devrions être unis pour expliquer aux autorités, aux intervenants et au consommateur que l’acte de s’assurer ne repose pas seulement sur le prix. La problématique du secteur des assurances c’est la compétition qui repose sur les tarifs et non pas sur la prestation. Aujourd’hui, si on prend 100 DA sur une assurance, ce montant-là doit être décortiqué. Et si on ne dégage pas une marge pour le marketing c’est le citoyen qui in fine payera les conséquences. La problématique c’est une question de maximisation : quelle est la prime qu’il faut pour satisfaire le client, pour le former, l’informer et tirer la marge pour les compagnies d’assurances pour qu’elles puissent assurer la prospérité. Le consommateur doit comprendre que la prime d’assurance ne doit pas être le seul facteur de choix des assureurs. Il y a d’autres choix que sont la solvabilité des assureurs, leur appartenance à des compagnies étrangères. Quand on parle d’une compagnie d’assurance internationale comme la nôtre, il ne s’agit pas de mettre notre capital au service de l’entreprise mais il y a un prolongement du capital du groupe qui est au service du client. C’est ce qu’on appelle the capital extension. Aujourd’hui, si nous avons un parterre de financiers et de comptables de grandes entreprises de production, si je dois leur dire de provisionner tous les risques inhérents à votre activité, vous n’allez pas générer de résultat parce que le volume de risque est très important. Il y a des facteurs endogènes et exogènes. C’est pour cela que l’assurance intervient. Il suffit de payer une prime d’assurance. Il ne faut pas la considérer comme une charge mais comme une vraie couverture, comme un investissement futur. Ce que vous payez comme prime vous permet d’éviter de constituer des provisions trop importantes pour assurer la pérennité de votre entreprise. C’est la question dont il faut débattre.

Dans votre propos, vous avez parlé du déficit en communication des compagnies d’assurances, de formation en provisions, donc des actuaires. On remarque aujourd’hui que les provisions sont soit gonflées ou alignées au prix de l’assurance qui est bas. Qu’est-ce que tout cela signifie ?

Il y a un principe fondamental dans l’assurance : l’inversion du cycle de production. En début d’année, ce que doit faire l’assureur est très complexe. Il doit savoir quel est le volume de prime probable d’ici à la fin de l’année et qui doit être au moins égal ou supérieur au montant de l’indemnisation probable. Il y a des modèles complexes qu’il faut asseoir pour avoir de la marge. L’assureur prend des risques mais en sachant les prendre parce que derrière il y a des calculs empiriques et prospectifs. Derrière cela, il y a le chapitre des provisions. Il faut savoir provisionner pour assurer la pérennité des compagnies d’assurances. C’est pour cela qu’on exige de nos agences d’évaluer les sinistres à leur juste valeur afin de pouvoir les indemniser rapidement. Pour revenir au prix, demander au client de payer le vrai prix, ça a l’avantage d’assurer une pérennité de la compagnie et qu’il a affaire à un assureur qui l’accompagne pendant des années sans faille.

Quel est le taux de sinistralité chez la Trust ?

Nous déboursons à plus de 50% de ce que nous encaissons pour les clients. Nous avons des stratégies qui sont assises sur un principe fondamental : régler un sinistre rapidement, c’est gagner dix clients plus tard. Quand le client est satisfait, il en parle aux autres. Mais la vulgarisation de l’acte d’assurance doit se faire via la publicité. L’assurance est un problème de marché, on doit s’y mettre tous. Je cite souvent l’exemple de la téléphonie mobile pour dire que cette culture de posséder quelque chose ne vient pas comme ça. C’est le résultat d’un matraquage médiatique. La manière d’orienter le choix des consommateurs repose sur la stratégie marketing des compagnies d’assurance. Je pense que la communication va faire la différence pour ramener le client raisonnablement à ce choix.

L’importance d’une compagnie d’assurance dépend du nombre de contrat qu’elle détient. Aujourd’hui, beaucoup de chefs d’entreprise et d’assureurs dénoncent le fait déloyal des compagnies publiques sur les compagnies privées. L’année dernière, trois compagnies d’assurance ont saisi par écrit le Premier ministre dénonçant le favoritisme dont bénéficient les compagnies publiques et d’autres pratiques que le secteur public met en œuvre pour accorder tel projet à tel assureur public. Qu’en pensez-vous ?

C’est un effet d’éviction que j’ai connu avant de venir à la Trust. Et on a eu un ou deux cas à la Trust. Cela relève de l’exagération de certains responsables d’entreprises publiques. Il n’y a pas forcément de directive émanant des autorités pour discriminer le secteur privé par rapport au secteur public. Mais il y a plus grave que ça. Parfois, on élabore des cahiers de charges par certains courtiers où est plafonné le capital social exigible. C’est une manière tout simplement de disqualifier les assureurs privés. Je crois que le capital exigible qui est de 2 milliards de DA et les extensions suffisent largement pour assurer n’importe quel risque y compris Sonatrach par les compagnies privées. Donc il n’y a pas de raison à ce que dans les cahiers de charges élaborés qu’on augmente le capital exigible pour la participation aux appels d’offres. On a dit qu’il faut cesser ces discriminations. Les compagnies privées sont là pour apporter un plus et une complémentarité entre le public et le privé. Depuis déjà trois ans, la part des compagnies publiques régresse à au moins 1% par année. Aujourd’hui, il y a la dominance des compagnies publiques mais à terme, nous n’allons pas connaitre la même situation puisque d’autres pays nous ont devancés, je cite le Maroc, la Tunisie et l’Egypte. Au Maroc, par exemple, il n’y a pas de compagnie publique. Parmi les préalables au développement de l’assurance, il y a l’encouragement de l’avènement de compagnies privées qui sont là et oser privatiser le secteur public. Aujourd’hui, la logique du secteur public laisse certaines initiatives de développement freinées. Dans le secteur privé, on a plus de latitude de prendre des initiatives dans l’innovation. Un jour ou l’autre il va falloir privatiser pour permettre au secteur financier à se développer davantage.

Les compagnies publiques ont acquis une formidable expérience indéniable. Ce qui est absurde, c’est que l’Etat se concurrence à lui-même.

Avant 1995, les compagnies publiques étaient dans une logique de spécialisation. A partir de cette date et de la déspécialisation, la concurrence est arrivée. Et à propos de compétition dans les tarifs, elle n’est pas seulement publique-privée mais elle est aussi publique-publique. Cela nuit au secteur des assurances. L’indice des prix des produits alimentaires a connu une augmentation. En revanche, l’indice des prix à l’assurance lui, a baissé. Et la forte concurrence sur les tarifs n’arrange ni les compagnies, ni les clients ni le secteur de manière générale. Le prix à l’assurance est un facteur fondamental pour le financement de l’économie. L’un des meilleurs agents qui drainent l’épargne ce sont les agences d’assurance-vie, donc les compagnies d’assurance dommages. Nous sommes donc un secteur qui finance l’économie avec beaucoup d’importance.

Aujourd’hui, le secteur des assurances gagnerait à être réorganisé pour créer une compétition saine entre les compagnies d’assurances, former et informer le client. C’est tout un système qu’il faudra repenser. Aujourd’hui, toutes les compagnies d’assurances travaillent dans cette optique. La Trust fait partie des compagnies d’assurances qui veulent se moderniser. Nous avons lancé déjà un processus de modernisation pour donner la meilleure prestation possible au client.

Il y a des voix qui disent que l’ouverture du capital des compagnies publiques est une des solutions et d’autres qui disent que c’est dans le regroupement des petites compagnies d’assurances pour un meilleur accès aux marchés. Le cadre familial de certaines entreprises ne va-t-il pas empêcher l’entrée de nouveaux actionnaires. Que pensez-vous de cela ?

Sur le premier volet de votre question, si on se compare au Liban où il y a plus de 50 compagnies d’assurance pour un si petit pays. En Algérie, nous sommes 13 compagnies d’assurances dommages pour un pays au potentiel beaucoup plus important. Ça c’est pour le nombre. Sur le potentiel, on peut multiplier ce nombre par deux sans aucune contrainte. Aujourd’hui, le volume du marché n’est pas 135 milliards de DA mais bien plus que ça. La dépréciation du dinar est un des facteurs qui justifient que le taux de pénétration des compagnies d’assurances est en stagnation en Algérie. Ce n’est pas le marché qui n’évolue pas mais si on le compare à la parité du dollar avec le dinar on a un ratio plus ou moins faible. Le marché est potentiel, il peut absorber beaucoup d’acteurs et d’assureurs. Il faut le réguler, mettre en place une stratégie, une approche saine pour qu’il y ait une concurrence loyale et permettre d’attirer d’autres investisseurs et pourquoi pas d’autres compagnies d’assurances dans le marché.

Concernant la problématique familiale, cela ne pose pas de problème. Il y a beaucoup d’entreprises à l’international qui ont commencé avec des entreprises familiales avant de se transformer en grands groupes. Aujourd’hui, nous avons dans le marché deux compagnies familiales privées et le groupe auquel appartient la Trust était à l’origine une compagnie familiale qui s’est transformée en puissance financière dans la région MENA. Si on se développe bien en Algérie pourquoi ne pas se délocaliser ailleurs ?

Concernant le deuxième volet de la question, je crois que la bourse est faite pour ça. Nous avons un très bon exemple d’une compagnie familiale qui s’est introduite en bourse. C’est un acte formidable qui transforme l’acte d’investir en famille en une société par actions. Cette initiative peut être élargie.

La Trust n’a-t-elle pas un projet dans ce sens ?

La bourse est un moyen de financement. C’est un vrai levier pour les sociétés familiales pour lever ou augmenter les capitaux, s’intégrer et fusionner. La Trust est dans une autre logique. Nous sommes un groupe international et avons suffisamment de capacités pour s’auto-développer en interne. Nous avons de grands projets que nous avons initiés. La Trust fait depuis 2016 des taux de croissance à deux chiffres. Mais la plus grande réalisation que nous avons faite c’est que nous couvrons désormais 47 wilayas et à 206 points de vente. Le message que je voudrais passer aux consommateurs, c’est d’abord de les remercier. Quand on pense qu’il y a des consommateurs qui ont fait confiance à la Trust depuis maintenant 20 ans, ce sont des cas d’école et on ne trouve pas de mots pour ces clients-là qui continuent à nous faire confiance. En revanche, ce qui est important c’est que nous sommes en train d’élargir notre plateforme pour dépasser les 50 000 polices. A l’origine, la Trust était une compagnie destinée aux grandes entreprises. 

Mais à partir de 2016, nous avons réorienté notre stratégie vers le retail, ou le détail pour le particulier.  Et, aujourd’hui, nous tablons sur ½ million de polices d’assurance. 

C’est une très grande réalisation. Nous voulons que la Trust soit l’assureur préféré des citoyens algériens par la prestation mais surtout par l’apport que nous sommes en train d’apporter. L’année 2019 connaîtra deux grandes nouveautés pour le consommateur, des surprises, de nouveaux produits, de nouveaux modes de gestion, de nouvelles approches marketing et de communication. Nous allons être un peu plus agressifs et nous allons crescendo durant les années 2019, 2020 et 2021.

Je souhaite une merveilleuse année 2019, à nos clients, à notre groupe, au journal Crésus et que cette nouvelle année nous apporteront beaucoup de bonheur et surtout de prospérité pour notre pays.

 

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