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Florence Dominique, responsable de communication de l’IECD



La région méditerranéenne conserve l'un des taux de chômage des jeunes les plus élevés au monde. Il s'agit d'un problème commun au sud et au nord, avec au moins six pays du nord de la Méditerranée affichant un taux de chômage des jeunes supérieur à 30%. L'Union pour la Méditerranée (Med4Jobs), avec laquelle l’Institut européen de coopération et de développement-IECD collabore très étroitement dans le cadre du réseau méditerranéen New Chance (MedNC), a adopté une approche pragmatique et un agenda positif, car elle se concentre sur le potentiel inexploité de ces réseaux. 

L’IECD, un réservoir de projets

Crésus : Le chômage des jeunes de la Méditerranée paraît être le premier fléau dans la région... quels sont en général les projets mis en place pour y pallier ?

Florence Dominique : Les 43 États membres de l'UpM ont approuvé le projet MedNC dans le cadre de leur initiative méditerranéenne pour l'emploi (Med4Jobs). Cinq ans après son lancement, Med4Jobs est devenu un réservoir de 13 projets de développement régionaux dans des domaines tels que la création d’emplois, le renforcement des capacités, le développement des PME, la promotion d’une culture de l’entreprenariat chez les jeunes et les femmes et l’autonomisation socio-économique des femmes, entre autres. Ces projets sont promus par un large éventail d'acteurs de la coopération au développement, notamment des ministères, des agences des Nations Unies, des centres et des pépinières de développement d'entreprises, des agences de développement, des instituts bancaires et des établissements universitaires. Avec un budget total de 175 millions d'euros (comprenant la construction de l'Université Euro-Med de Fès), ces projets Med4Jobs bénéficient à plus de 100 000 jeunes et femmes et ont soutenu la création de centaines de PME dans la région. L'impact, toutefois, dépasse de loin les chiffres compte tenu de son effet domino sur différents cercles de bénéficiaires secondaires et tertiaires”.

 

L'on parle du projet MedNC. De quoi il s'agit et qui sont les pays qui le financent et soutiennent ?

«Le réseau Méditerranée Nouvelle Chance vise à renforcer l’impact qualitatif et quantitatif des acteurs de la formation et de l’insertion professionnelle au sein de chaque pays et porter à la connaissance des États ces initiatives afin qu’ils en intègrent les bonnes pratiques dans leurs politiques. Le réseau Méditerranée Nouvelle Chance (MedNC) est constitué d’acteurs des pays du Bassin méditerranéen qui ont développé localement des dispositifs d’insertion socioprofessionnelle aboutissant à des résultats supérieurs aux moyennes nationales. Ces initiatives sont cependant trop peu connues et insuffisamment soutenues par les pouvoirs publics pour répondre à un enjeu d’une telle ampleur. Voici la liste de ces initiatives, ou projets, qui constituent aujourd’hui le réseau MedNC. En Algérie l’Ecole de vente Miftah Ennajah: L’Ecole de vente Miftah Ennajah a été créée par le gCevital, Danone Djurdjura, Danone Ecosystème et la Chambre algérienne de commerce et d’Industrie pour former des jeunes qui ont abandonné le système scolaire à acquérir les compétences nécessaires pour travailler dans le secteur des ventes et notamment chez les entreprises partenaires fondatrices. Quatre centres sont aujourd’hui repartis sur le territoire algérien. En Egypte le Vocational Training and Employment Center : Le Vocational Training and Employment Center (VTEC) a été lancé par l'Alexandria Business Association (ABA), l'une des plus importantes organisations commerciales d’Égypte, et compte sur l’appui de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Egypte (CCIFE). Réputé pour ses activités caritatives et sa contribution au développement social et économique de l’Égypte, le VTEC favorise l'emploi par le biais de partenariats avec l'industrie et forme les citoyens sans emploi et les ouvriers actifs aux compétences techniques. En Espagne Asociación Española de Escuelas de Segunda Oportunidad : Fondée par six entités sociales de référence en Espagne, l'Asociación Española de Escuelas de Segunda Oportunidad (E2O) regroupe des acteurs du secteur de l’éducation et de l'entreprise.  L’association a pour objectif de fournir des solutions concrètes et efficaces aux jeunes sans emploi ni qualifications, grâce au développement d’un modèle pédagogique novateur, reconnu et soutenu par les pouvoirs publics, et qui est étroitement lié aux besoins des entreprises. En France le Réseau des Ecoles de la 2e Chance : Au cœur de la problématique sociale, citoyenne et professionnelle des jeunes, les 124 sites-Ecoles de la 2e Chance françaises, regroupées dans le Réseau E2C-France, offrent des solutions individualisées à de jeunes adultes sortis du système éducatif sans qualification et sans emploi. Le dispositif E2C opère sur un triptyque intégrant l’acquisition de compétences, l’expérience en entreprise et l’accompagnement à l’inclusion. Au Liban l’Association Semeurs d’Avenir : L’association libanaise Semeurs d’Avenir (SDA) fondée  avec le soutien de l’Institut Européen de Coopération et de Développement (IECD), a pour mission le renforcement de l’insertion professionnelle et sociale des jeunes et des personnes vulnérables au Liban. Semeurs d’Avenir met en place des projets de développement dans les domaines de la formation et de l’orientation professionnelle en partenariat avec les Ministères de l’Education, du Travail, de l’Industrie et des Affaires Sociales.

Au Maroc l’Association l’Heure Joyeuse (Maroc) : L’Association l’Heure Joyeuse est engagée pour la lutte contre l’exclusion sociale et professionnelle des enfants et jeunes en situation difficile. Implantée à Casablanca et dans certaines régions rurales du Maroc, l’Heure Joyeuse met en œuvre programmes à fort impact social dans les domaines de la santé, l’éducation et la formation pour l’insertion. L’ Association Al Jisr : L’Association Al Jisr bénéficie de la Reconnaissance d’Utilité Publique. Al Jisr se fixe pour mission de contribuer à la sensibilisation et à la mobilisation des entreprises privées pour leur implication dans l’éducation à travers le parrainage d’établissements scolaires. Au Portugal l’Associação para a Educação de Segunda Oportunidade : L'Associação para a Educação de Segunda Oportunidade (AE2O) dynamise l'éducation de la deuxième chance au Portugal tout en travaillant avec des jeunes vulnérables peu qualifiés, sans emploi et à risque d'exclusion sociale. Sa principale activité, en partenariat avec le Ministère de l’Education et la municipalité de Matosinhos, est de gérer une école de la deuxième chance ouverte dans cette ville.  En Tunisie l’Association Nouvelle Chance Tunisie : L’Association Nouvelle Chance Tunisie (ANCT) a été fondée par des enseignants universitaires dans le but d’améliorer l’employabilité de jeunes diplômés au chômage et faciliter leur intégration professionnelle. Le programme « Nouvelle Chance », implémenté dans six institutions universitaires, est composé de trois axes : formations, stages en entreprises, et accompagnement individualisé. Le réseau Méditerranée Nouvelle Chance (MedNC), revêt aujourd'hui une importance stratégique pour l’intégration et la stabilité de la région. Soutenu par les 43 Etats Membres de l’Union pour la Méditerranée dans le cadre de l’Initiative Méditerranéenne pour l’Emploi (Med4Jobs), il a été créé afin de répondre aux défis du décrochage scolaire et du chômage des jeunes et, particulièrement, des jeunes sans emploi, éducation ou formation (NEETs). Le réseau MedNC rassemble dix membres provenant de huit pays euro-méditerranéens : l’Algérie, l’Egypte, l’Espagne, la France, le Liban, le Maroc, le Portugal et la Tunisie, tout en visant d’intégrer au moins deux pays supplémentaires en 2019.  L’objectif du réseau MedNC est de rassembler et d’accroître la coopération entre les acteurs de l’insertion socio-professionnelle des jeunes, de renforcer leur compétences grâce à des échanges de bonnes pratiques, et d’accélérer leur essaimage dans les pays euro-méditerranéens.  Coordonné à l’échelle régionale par l’IECD, labellisé par l’Union pour la Méditerranée, et co-financé par l’Agence Française de Développement, la Fondation Drosos et l’Union Européenne à travers le programme Erasmus+, le réseau ne promeut pas un modèle unique mais une diversité de modèles adaptés aux contextes des pays, qui partagent des points communs: Ils ont le même objectif : celui d’améliorer l’insertion sociale et professionnelle des jeunes les plus éloignés de l’emploi. Ils mettent en œuvre des moyens similaires : ils font bénéficier les jeunes : i) d’un renforcement des compétences de base, ii) d’un accompagnement personnalisé sur les questions sociales, citoyennes, en savoir-être, et d’orientation professionnelle et iii) d’expériences de stage au sein des entreprises. Ils ont une méthodologie commune : ils s’adaptent aux contextes locaux, visent à nouer des liens forts avec les acteurs institutionnels, les entreprises et les organisations de la société civile. Enfin, ils souhaitent vivement participer à une action de coopération régionale en mettant leur expertise et expérience à disposition de leurs pairs. «Avant de joindre MedNC, il me manquait un côté pratique dans ma formation. Je n’avais pas de confiance en moi-même, j'avais peur d’entreprendre et je pensais que je n'y arriverais jamais. J'ai beaucoup appris ces dernières semaines. Je partirai plus enrichi et mieux formé pour entrer sur le marché du travail », a déclaré Salma Mustapha, bénéficiaire du projet en Tunisie. «Le réseau MedNC s'inscrit pleinement dans l'une de priorités principales de l’Union pour la Méditerranée: l’intégration professionnelle des jeunes, en tant que moteur de la stabilité, l’intégration et le développement socio-économique dans la région» a affirmé Itaf Ben Abdallah, Conseillère principal pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche de l’Union pour la Méditerranée. «Le réseau MedNC est un formidable terreau d’expérimentation et d’innovation. C’est en partageant et essaimant ces bonnes pratiques au niveau local et national que nous pourrons aider davantage de jeunes en difficulté» a souligné Astrid Desjobert, Responsable de Réseau MedNC.

 

Pour quels résultats au jour d'aujourd'hui ? 

Plus de 26 000 jeunes bénéficient chaque année d’une formation à travers plus de 100 centres réunis actuellement au sein du réseau MedNC. Les membres du réseau MedNC bénéficient également de : Deux journées de formations par an. Echanges de bonnes pratiques et valorisation de leur dispositif à travers un guide : www.iecd.org/iecd2/wp-content/uploads/2018/11/guide-pratique-mednc-a4-bd.pdf. Visites de dispositifs innovants d’insertion socio-professionnelle. Activités de réseautage et mise en contact avec des professionnels de l’insertion socio-professionnelle de la zone euro-méditerranéenne. Réponse à des appels à projet en consortium tel que le projet ERASMUS + de l’Union européenne etc ».

 

Qu'est-ce que l'IECD et quel est son programme ? Ses projets ? Quelles solutions propose- t-il ?

“Depuis 1988, l’Institut européen de coopération et de développement (IECD) soutient le développement humain et économique de plusieurs pays par le biais de l’éducation, de la formation, de l’amélioration de l’accès à l’emploi des jeunes et de l’appui à l’entrepreneuriat. L’IECD est présent en Afrique subsaharienne, dans l’Océan Indien, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ainsi qu’en Asie du Sud-Est. En Afrique du Nord et au Proche Orient, l’IECD concentre 33 % de son activité globale. Plusieurs projets initiés au Liban ont aujourd’hui essaimé dans le monde comme le programme Graines d’espérance, qui a pour objectif de former les jeunes au bac technique dans les métiers porteurs de l’Industrie,   de l’énergie et de la maintenance. Aujourd’hui essaimé dans 7 pays, dont le Maroc et l’Egypte, les évaluations de ce programme montrent qu’en 2017, 82% des jeunes diplômés sont en emploi ou en poursuite d’études 1 ans après la fin de leur formation et 86 % sont satisfaits de leur poste actuel”.

 

A quel public s’adresse-t-on ?

La formation professionnelle est généralement fréquentée par des élèves is¬sus de milieux modestes à très modestes, en décrochage scolaire et/ou pri¬vés d’accès à des formations adaptées au marché de l'emploi. Ils ont souvent choisi la filière professionnelle par défaut, notamment en l’absence d’autres opportunités de formation. Ainsi, au Liban, cela concerne entre 20 % et 40 % des jeunes. Mais nombreux sont également les jeunes diplômés affectés par le chômage. En Égypte, 51 % des jeunes diplômés du secondaire sont sans emploi. Parmi les publics les plus vulnérables, les femmes sont en première ligne. Au Maroc, le CFA de Mkanssa créé avec l’association locale l’Heure Joyeuse, forme une cinquantaine de jeunes par an au métier de l’électricité du bâtiment (niveau CAP). Les enquêtes montrent que 81 % des élèves ont été embauchés moins de 6 mois après leur sortie d’école, alors qu’à leur en¬trée en formation ils n'avaient aucune qualification”. 

 

Pour lutter contre le chômage des jeunes, l’IECD dispose d’un large spectre de formations :

“L'IECD développe des formations diplômantes d'une durée de 1 à 3 ans dans les domaines de l'industrie, de l'énergie et de la main¬tenance, de l'hôtellerie-restauration et de l'agriculture. Les cursus de ces formations incluent l'acquisition de compétences techniques et d'aptitudes personnelles et comporte¬mentales. Leur intégration dans les politiques publiques nationales est une préoccupation constantes de l'IECD. La reconnaissance du diplôme garantit une insertion durable des jeunes dans le monde du travail. Afin de répondre efficacement et rapidement aux besoins des populations en grande précarité, l’IECD développe plusieurs projets de formations qualifiantes d'une durée de 2 à 12 mois, notamment au Liban et en Syrie, permettant à des jeunes d’acquérir rapidement des compétences nécessaires à leur intégration sociale et économique. Les domaines couverts répondent à la demande de secteurs porteurs : électricité, peinture, maintenance des climatiseurs, manucure/pédicure, aide à la personne âgée et malade. La formation continue s'adresse à des personnes déjà en emploi, soucieuses d'améliorer leurs pratiques ou d'évoluer au sein de leur métier. Pour l'IECD, elle est une opportunité de renforcer les capacités des acteurs locaux et d'augmenter l'impact de ses programmes sur les territoires. Dès 1991, l'IECD a soutenu le personnel médical dans l'amélioration de la prise en charge des patients. Puis les formations continues se sont étendues à tous les acteurs des programmes (les enseignants et formateurs, le personnel administratif, les gestionnaires de centres), améliorant ainsi considérablement la qualité et l'impact de ses actions”. 

 

Une formation complète

«Les entreprises ont besoin d’employés dotés autant de compétences tech¬niques que de savoir-être. De son côté, pour multiplier ses chances, le jeune doit être opérationnel et s’adapter à différents milieux. Les formations de l’IECD comprennent donc aussi l'acquisition de soft skills, englobant l'ensemble des compétences clés nécessaires en milieu professionnel (respect de la hiérarchie, ponctualité, engagement, service à l'autre, etc.). Par ailleurs, des modules de développement personnel permettent au jeune de mieux se connaître et d'affiner son projet professionnel. Enfin, des ateliers de technique de recherche d'emploi aident le jeune à rédiger son CV et préparer ses en-tretiens d'embauche».

 

Le lien entre école et entreprises

«Afin de faire se rejoindre les intérêts des jeunes et ceux des entreprises, l’IECD s’attache à construire des ponts entre les deux : Les Bureaux d'orientation et d'emploi (BOE), initiés au Liban dans le cadre du programme Graines d'espérance (voir p.19), s'étendent en 2017 à d'autres pays : c'est le cas au Maroc, qui a vu la création d'un BOE en 2017 ou en Égypte, où près de 2 000 élèves de l'enseignement technique ont bénéficié des services des trois BOE, soit 3,5 fois plus qu'en 2016 ».

 

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