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Sobriété énergétique, entretien avec Yasmina SAHEB



Au sujet du logement durable et de la sobriété énergétique, Crésus a eu un entretien avec Madame YAMINA SAHEB, spécialiste en énergie renouvelables, lors de la journée du club de l’Energie en juin dernier dont nous reprenons ce qui cadre avec les thèmes de l’UpM

«L’Algérie doit tirer profit de son retard dans la transition énergétique»

 

On a beaucoup parlé d’efficacité et de sobriété énergétique. C’est quoi en fait ?

Crésus : Au départ, on a commencé à travailler sur l’économie de l’énergie suite au choc pétrolier de 1973. C’est l’OCDE qui a fait ça. Ce sont des pays importateurs d’énergie. Ce qui est écrit dans le document portant création de l’agence de l’énergie, on parlait de conservation de l’énergie et non pas d’efficacité énergétique. Et il y a un point qui concerne l’efficacité énergétique qui est l’amélioration du rendement. C’est une amélioration technologique, en fait. C’est une réalité et cela s’est produit depuis 1973 jusqu’à maintenant. Donc, si vous prenez l’efficacité énergétique contrairement à ce qu’on a entendu ici, ce que j’ai entendu est présenté comme une définition internationale mais, en fait, ce n’est pas ça du tout, ce n’est pas celle que l’on connaît.

L’efficacité énergétique c’est le Output sur l’input. Si vous voulez, à une température de tant ici, refroidir c’est l’output, et l’input c’est l’énergie que vous mettez pour produire cet output-là. Ça, c’est technologique. C’est un rapport qu’on peut calculer. C’est sur ça qu’on a travaillé beaucoup depuis une quarantaine d’années, depuis 1973. Ensuite, on ne s’est pas posé la question, on s’est éloigné en fait du terme conservation, dans le travail, la question est : est-ce que le seul moyen pour moi d’avoir une température acceptable dans cette pièce serait d’avoir la climatisation ? C’est une question qu’on ne s’est pas posée. C’est ça l’efficacité énergétique. Et la réponse est non, ce n’est pas juste mettre un climatiseur.

Si vous construisez bien, vous n’avez pas besoin de climatiseur. En vérité, à chaque fois que vous avez besoin d’un climatiseur ou d’un chauffage, c’est parce que vous avez fait une erreur en amont. Du coup, vous avez raté la première étape et vous essayez de corriger la chose. Dans la deuxième étape vous allez être bon sauf que vous n’allez pas rattraper la première erreur. C’est pour cela que les consommations d’énergie augmentent. L’efficacité énergétique toute seule ne permet pas de réduire la consommation énergétique parce qu’on ne se pose pas la question du service énergétique. Et c’est ça la grande différence. Ce sont des questions nouvelles, même en Europe. Aux États-Unis, il est très difficile de parler avec les collègues américains de cela. Ils considèrent que quand on pousse très loin le débat sur la sobriété énergétique, il faudra parler du nombre de mètres carrés par personne. Avons-nous besoin d’avoir 100 m2. C’est vrai que la démographie est un challenge. Mais, même si on n’ira pas jusqu’à la politique chinoise d’un enfant par couple, on doit se poser la question de savoir combien d’enfants nous avons besoin par couple.

 

Mais on ne peut pas aller à l’encontre de la volonté des gens.

On ne peut pas. Mais ce que l’accord de Paris nous apporte en termes d’énergie et de climat, c’est le «budget carbone».  C’est une notion qui a déjà été étudiée du point de vue empreinte technologique. Il n’y a pas de réglementation là-dessus sur le plan international. L’empreinte technologique cela veut dire prendre la planète terre et se dire qu’on n’en a qu’une seule et on va voir la capacité biologique de cette planète. Et donc combien de personnes la planète peut supporter et dans quelles conditions. En fait, on se rend compte qu’il y a une limite dans l’empreinte technologique.

Quand on fait ce calcul, on se rend compte qu’on a pu tenir le coup jusqu’à présent parce qu’il y avait l’Europe et les États-Unis qui étaient super-développés et prenaient toutes les ressources, mais si tout le monde vivait comme les Européens, on aurait besoin de trois planètes. Et si on vivait comme les Américains, on aurait besoin de cinq planètes. Et si on vivait comme les Émirats, on aurait besoin de douze planètes ou quelque chose comme ça. Tout ça c’est du gaspillage. Ce sont des pays qui n’ont pas quelque chose à avoir du point de vue de l’économie et du développement. Et se pose la question aujourd’hui dans le développement de l’Afrique et de l’Asie : Où va-t-on ? Fort heureusement, il y a une réduction de la natalité en Europe par exemple et cela permet déjà de ne pas mettre trop de pression sur la planète.

La pression, ce n’est pas seulement l’énergie pour l’éclairage, c’est aussi pour la nourriture etc. Ce que l’accord de Paris nous apporte, c’est que la notion de budget comme on l’a vu pour l’empreinte écologique, on l’a pour le carbone. Quand vous vous dites, voilà ce que la planète peut supporter en termes d’émissions de gaz à effet de serre en plus des émissions naturelles et vous avez un budget de tant pour tant de millions de personnes, il y a une équation à résoudre. Combien de personnes et comment ces personnes-là vont pourvoir tenir ensemble. Sinon on va avoir des guerres.

 

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