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Entretien avec S.E.M. L’Ambassadeur du Vietnam, Pham Quoc Tru



Le Vietnam attire chaque année plus de 30 milliards de dollars en IDE. Ce pays qui, en l’espace de vingt ans, a bondi de pays pauvre à celui de pays émergent, est en train de gagner la bataille du développement grâce à une politique libérale qui a permis à ce pays de devenir un pays exportateur. Le Vietnam engrange chaque année 200 milliards de dollars en marchandises exportés vers le monde entier. 

«Nous souhaitons signer un accord de libre-échange»

Avec l’Algérie, le volume reste très en deca des potentialités énormes qu’il recèle. Dans cet entretien avec Son Excellence l’ambassadeur Pham Quoc Tru, ce dernier regrette en des termes diplomatiques, le niveau très faible en matière de commerce et d’échanges commerciaux.   

 

 

Crésus : Lors de votre discours, vous avez été on ne peut plus élogieux envers l’Algérie. Une marque de sympathie ?

Pham Quoc Tru : En effet, il faut savoir tout d’abord que les deux peuples sont liés par un passé assez commun comme celui de la lutte pour l’indépendance de leurs pays. Ils se sont solidarisés au fil du temps pour leur reconstruction. Le destin a fait que les deux pays ont lutté ensemble contre le même colonisateur. A travers mon séjour en Algérie et les multiples sorties sur le terrain, j’ai pu constater une énorme sympathie envers mon pays. Au-delà de toute cette relation particulière, les relations sont devenues très fortes. Elles sont tellement très fortes car l’Algérie est le seul pays en Afrique ou le Vietnam a envoyé beaucoup de délégations de haut niveau et ouvert sa première ambassade dans ce continent.

 

Où en sont aujourd’hui les relations en matière économique ?

L’Algérie occupe une place très importante en matière de politique étrangère au Vietnam. L’Algérie est notre 3e marché africain. La coopération se développe dans divers domaines. Aujourd’hui le Vietnam envoie des milliers de ses travailleurs en Algérie. Ils sont dans le secteur du bâtiment et de la construction. Mais on espère renforcer davantage les relations à la mesure du niveau des relations politiques et de l’attente économique. Toutefois, sur le plan économique, nos échanges restent assez modestes par rapport aux potentialités de deux pays. Sur le plan commercial les deux pays ont convenu à l’horizon 2020 de porter le volume des échanges commerciaux à 1 ou 2 milliards de dollars par an. Actuellement, le montant tourne autour de 300 millions de dollars, très en deca des objectifs fixés.

 

Qu’est ce qui empêche d’impulser cette dynamique et quels sont les principaux obstacles ?

Le cadre juridique bilatéral, signé en 1994, est moins favorable et nous empêche d’avancer. Les droits de douanes appliqués de part et d’autre sont autant d’obstacles aux échanges commerciaux. Le Vietnam a accordé à l’Algérie le statut de la nation favorisée en matière de droits de douanes. En revanche, l’Algérie n’a pas suivi. Les produits vietnamiens sont fortement taxés. En plus, les mesures restrictives imposées par l’Algérie en 2017 ont pénalisé les produits vietnamiens. Les importations ont aussi diminué de façon drastique.

 

Avez-vous soulevé tous ces problèmes auprès des autorités algériennes ?

On a eu plusieurs rencontres avec les représentants algériens que ce soit au ministère des Affaires étrangères ou celui du Commerce et avec des chefs d’entreprises. J’ai soulevé les contraintes juridiques qui empêchent le développement du commerce entre les deux pays. J’ai aussi proposé des mesures pour améliorer le climat des affaires.

 

Et quelle a été leur réponse et quels types de propositions vous avez formulé ?

L’Algérie traverse actuellement des difficultés. Aussi, le gouvernement algérien favorise une politique de substitution de produits domestiques à ceux importés. Ce qu’on souhaite, c’est que les deux pays se réservent mutuellement un statut spécial dans la coopération économique afin de booster les échanges commerciaux. De notre côté, nous sommes prêts à ouvrir le marché aux produits algériens dans le cadre d’une politique de libre-échange. Cette idée est restée au stade de l’étude. La première chose à faire est d’améliorer le cadre juridique bilatéral pour le rendre plus attractif. Les deux pays devraient aller aux négociations pour signer un accord de libre-échange ou un accord préférentiel dans lequel les deux pays trouvent leurs comptes.  Idem pour la main-d’œuvre. L’Algérie a besoin de main-d’œuvre pour ses chantiers. Le Vietnam exporte cette main-d’œuvre.

 

Concernant les IDE peut-on avoir une idée sur le niveau, de part et d’autre ?

Sur le plan de l’investissement, les deux pays doivent s’engager à signer un accord pour encourager et protéger les IDE. Jusqu’à aujourd’hui, les IDE vietnamiens se concentrent uniquement sur le secteur de l’énergie à travers un projet avec Sonatrach. Du côté algérien, il n’y a presque rien. Le gouvernement algérien ne favorise pas les investissements à l’étranger. Les opérateurs algériens n’ont pas encore mesuré ou compris l’intérêt du marché vietnamien. Très peu de sociétés sont parties au Vietnam prospecter le marché sans aucune suite favorable. Il faut dire que le manque d’informations les pénalise aussi. Beaucoup d’opérateurs vietnamiens ne trouvent pas d’opportunités en Algérie. J’ai encouragé personnellement les chefs d’entreprises à venir en Algérie. Certes, quelques-uns sont venus prospecter…

 

Comment se passe la coopération avec le Forum des chefs d’entreprises (FCE) ?

Avec le FCE, très peu de liens nous unissent avec cette organisation. J’ai demandé en 2017 par le bais d’une note transmise via le ministère de Affaires étrangères une rencontre avec son président. Depuis aucune suite ne nous n’a été donnée. Peut-être qu’ils n’ont trouvé aucun intérêt à nous, voir (rires…). C’est difficile pour nous…. (il soupire). On doit attendre longtemps pour recevoir une réponse. On a aussi envoyé des invitations aux patrons pour assister à nos activités, mais ils ne sont pas venus. La chambre d’industrie du Vietnam est en contact avec celle de l’Algérie, c’est tout ce que je sais. Les investisseurs algériens pourront gagner beaucoup d’argent chez nous. Tous les secteurs sont ouverts aux investissements. Mais tout dépendra de la taille et de l’envergure de la société qui désire investir. Notre loi sur les IDE est l’une des plus libérales au monde. Le gouvernement vietnamien donne beaucoup de facilités aux étrangers. Ils sont favorisés par rapport aux nationaux.

 

Le projet de création d’un conseil d’affaires entre les deux pays avance-t-il ?

Une commission de haut niveau composé de membres des deux pays planche sur le document pour créer le conseil d’affaires. J’espère que sa création sera annoncée cette année. Ceci nous permettra d’élargir le champ de la coopération économique et de diversifier les échanges commerciaux.

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