Contact
  • Banner SOVAC 728x90

Chroniques

Derniere minute

Adieu la jeunesse, bonjour la vieillesse…



Comme une flèche ont passé les ans. Et, comme dans un tourbillon, ma tête a tourné à tous les vents. Le dos s’est voûté et le pas n’est plus sûr comme avant. Hier…et dire que pas plus tard qu’hier, nous avions vingt ans. Mais le temps, cette chose insaisissable, qu’aucun être n’a pu apprivoiser ni dompter, s’est joué de moi et a déjoué mes rêves. Quand j’étais enfant, je ne faisais que « gaspiller du temps en croyant l’arrêter », comme disait Charles Aznavour dans sa chanson. Et même que je croyais pouvoir retenir le temps en jouant. Heureux d’être heureux, avec en plus l’insouciance et la course à tout bout de champ, je ne savais pas que les jours filaient aussi vite qu’ils venaient. Je passais mes jours à flâner. A chercher à savoir. A cumuler ami après ami. Aussi à rire de tout ce qui me paraissait vieux. Ou qui n’avait pas la verve de la jeunesse. Ou qui clamait conseils et sagesse. Mais tout ce qui semblait « sans fin »  prit fin un jour. Les voisins changèrent de maison. Le rire de mes camarades de classe s’évanouit dans la brume de la ville. Les amis d’enfance sont devenus des adultes et ont eu chacun sa vie. Mes enseignants, à la retraite, je ne les vois plus dans les rues. Je ne reconnais plus les visages que je croise. Ma verve d’antan a pris un coup de frein et la nonchalance m’a habité sans que je prenne conscience. Et vous jeunes d’aujourd’hui, ne croyez pas que vos vingt ans son acquis à jamais. Demain, feignant être loin, vous mènera du bout du nez vers la vieillesse comme si de rien n’était. Et puis commencent à tomber les feuilles. Les unes après les autres. Un voisin. Un ami. Un frère. Une sœur. Et l’on saura qu’ils avaient tous eu un jour vingt ans… Quand on a vingt ans, on ne s’arrête que rarement aux souvenirs. C’est le présent, les amis et les divertissements qui égayent nos esprits. Puis un jour, on n’a plus vingt ans. La trentaine nous fait penser, déjà, à la quarantaine. Le temps fuit. La jeunesse s’émousse. Les enfants grandissent. Les cheveux grisonnent. La mémoire flanche et le verbe se dérobe. On écoute deux, trois fois, avant de répondre.  Les souvenirs s’entassent. Deviennent nostalgie. Penser au passé nous fait frémir. On regrette de ne pas avoir profité de tout. Ou d’avoir choisi telle décision. Ou tel comportement avec tel ami. Le futur nous fait peur. On fait semblant de ne pas y penser. Et on reste attaché au passé. On s’isole de temps à autre. On prend l’habitude de rester chez soi. Adieu la jeunesse. Bonjour la vieillesse… hier encore… Voilà, c’est l’histoire d’avoir vingt ans. Qui ne dure qu’un laps de temps. Mais en vérité, c’est l’histoire du temps. C’est lui le maître incontesté de tous les maîtres du monde. Rien ne lui subsiste. Rien ne l’altère. Rien ne l’égale. Hommes et choses. Va, avec le temps tout s’en va, dit l’autre chanteur, Léo.  Quand un cœur de vieux est brisé, n’ajoutez rien à sa fêlure. Car un cœur abattu est comme le vase qui tombe et se fissure, il devient fragile. Un seul mot mal placé peut aggraver son chagrin. Et comme la petite fente qui, chaque jour, sans bruit ni craquement, fait le tour du vase fêlé, la blessure de la vieillesse, par les mots fait fuir l’euphorie et même le sourire. C’est dans son silence qu’on décèle sa douleur. Aussi dans le regard qui fuit. Comme l’eau fraîche qui s’égoutte par la fente et fait faner les fleurs dans le pot, alors que personne ne s’en doute, du cœur meurtri s’éclipse l’allégresse des jours.  Aussi, si vous rencontrez, au détour d’une rue ou juste au moment d’un salut, un ami, un voisin, un collègue, une vieille connaissance à la voix cassée, un peu « fêlée », qui hésite à s’exprimer, à vous regarder dans les yeux, ne passez pas sans donner un peu de votre temps et de votre sourire. Car le sourire est la clé du cœur. Et c’est par lui qu’on ouvre les portes du silence… Et l’on saura que ce cœur où mourrait à petit feu une grande âme n’avait besoin, pour être ressuscité, que de peu de mots dits avec sincérité.  Mais à dire vrai, la vie n’est que « fêlures » et autres amertumes. On a beau faire en sorte de n’y pas prêter écoute, mais la réalité nous rattrapera toujours avec ses mauvaises surprises. Seul celui qui sait en tirer les leçons qui saura en sortir indemne. Aussi celui qui ne s’émeut de rien. Mais les natures, des uns et des autres, si diversifiées, ne réagissent pas de la même façon. Un cœur déjà plein, il ne lui suffit qu’une goutte pour déborder. Et une raison sage ne peut à elle seule contenir les vagues d’un cœur endolori.  Et dans un de mes moments les plus mal-en-point, alors que je subissais des revers et des pas « mûres », j’eus une vision instantanée qui me fit revenir à mon enfance. Et comme dans un rêve, ou dans une transe surréaliste, j’eus ce dialogue avec le jeune homme que j’aie été un jour…  Je pris alors le temps d’écouter ce jeune homme, niché dans mon passé, et qui ne voulut point grandir avec moi. Mais avant, je lui fis savoir qu’il n’était plus nécessaire, aujourd’hui, de remuer le couteau dans la plaie. Il m’écouta sans rien dire.  Lève-toi ma jeunesse, je lui dis, je suis toujours toi, seulement, voilà, la vie est faite ainsi. Aujourd’hui je n’ai plus besoin de toi. Mais de temps en temps, je me souviendrai de toi ; je compterai mes rires et mes peines que j’ai passés avec toi. Seulement, voilà,  aujourd’hui, avec la vieillesse, la vie c’est un autre combat. Va, petit ! Ton monde n’est pas ici.  Je suis resté un long moment à contempler mon passé de vingt ans. Et du plus profond que je m’en souvienne me revinrent des bruits et des senteurs puérils. Tous aussi clairs les uns que les autres. Tous aussi doux les uns que les autres.  Que dire de plus. Je sais qu’avec le destin et le temps, il n’y a rien à dire. Puisque tout est dit, terminons alors, par les paroles écrites, la chanson de Charles Aznavour, qui nous dit ce que tout un chacun ressent dès qu’il a franchi le seuil des vingt ans.  « Hier encore, j'avais vingt ans, je caressais le temps J'ai joué de la vie  Comme on joue de l'amour et je vivais la nuit Sans compter sur mes jours qui fuyaient dans le temps J'ai fait tant de projets qui sont restés en l'air J'ai fondé tant d'espoirs qui se sont envolés Que je reste perdu, ne sachant où aller Les yeux cherchant le ciel, mais le cœur mis en terre Hier encore, j'avais vingt ans, je gaspillais le temps En croyant l'arrêter Et pour le retenir, même le devancer Je n'ai fait que courir et me suis essoufflé Ignorant le passé, conjuguant au futur Je précédais de moi toute conversation Et donnais mon avis que je voulais le bon Pour critiquer le monde avec désinvolture Hier encore, j'avais vingt ans mais j'ai perdu mon temps À faire des folies Qui me laissent au fond rien de vraiment précis Que quelques rides au front et la peur de l'ennui Car mes amours sont mortes avant que d'exister Mes amis sont partis et ne reviendront pas Par ma faute j'ai fait le vide autour de moi Et j'ai gâché ma vie et mes jeunes années Du meilleur et du pire en jetant le meilleur J'ai figé mes sourires et j'ai glacé mes pleurs Où sont-ils à présent? À présent Mes vingt ans. »

  • Pub Laterale 2
  • Banner Salem 2