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Chroniques

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Le linge sale



Il était une fois, un ministre de la République qui croisa le fer avec un patron géant. Déclarations contradictoires, accusation de bloquage, accusation de fraude, défi chevaleresque pour un débat télévisé et autres envolées lyriques à faire oublier les enjeux économiques. Parce qu’en amont de ce crêpage masculin de chignons – en dépit de la calvitie de l’un des protagonistes – c’est une dispute de pouvoir qui provoqua la rixe médiatisée.

Et puis, naturellement, le peuple spectateur actif en toutes circonstances, voulut  arbitrer le conflit ou prendre le parti de l’un ou de l’autre. En général, quand  nos compatriotes ont à choisir entre l’Etat et les patrons, ils sont peu nombreux à hésiter. Les riches ayant mauvaise réputation quand la République demeure la vache à traire qu’orphelins ou vieux pensionnés adorent à la mode de Calcutta. Une dévotion trahie, cette fois puisque la majorité des commentateurs, journalistes, internautes sur les réseaux sociaux, intellectuels engagés, ex-communistes… plaidèrent en faveur de Issad Rebrab, le P-dg du groupe Cévital ! Comment se fait-il que ce courageux ministre, déterminé à empêcher l’importaton de vieux équipements industriels qu’on veut introduire en Algérie, ait été si peu soutenu par l’opinion publique face à un homme d’affaires suspecté de vouloir braconner du matériel usagé ? En réalité, selon une enquête de terrain menée par le service Investigations de Crésus, un sondage d’opinion aurait révélé  le  hiatus entre les masses populaires et Abdeslam Bouchouareb. Ainsi, quelques notes confidentielles, retrouvées dans les tiroirs du directeur de publication, rapportent que Mlle T. Zakia, doctorante en économie à l’université d’Alger, aurait déclaré à l’un de nos enquêteurs, que : «depuis que l’Etat algérien a été privatisé par un segment restreint du pouvoir, la notion de public-privé dans le business n’a plus de sens (…) la bagarre fait rage en opposant deux cercles d’intérêt privés à savoir  l’oligarchie proche des ministres et le patronnat indépendant tel que celui de Cévital». A se fier à cette analyse, les défenseurs de Rebrab n’auront finalement pas trahi le pays. Pas plus que Ahmed Ouyahia, dénonçant les barrons de l’import-import quant il était à la tête du gouvernement ou l’ex-ministre du Commerce Amara Benyounes harcelé par les lobbies nationaux et étrangers du monde des affaires. Nous devons donc corriger notre copie : Il était une fois, un pays privé d’une relance économique, pourtant possible, en raison d’une confusion entre les intérêts public et privé. Le peuple se leva alors pacifiquement, en tweetant  des millions de fois pour un référendum populaire informel exigeant qu’on remplaçât les concepts de public et privé par celui unitaire de l’intérêt général. Le débat télévisé entre le ministre et le patron n’eut pas lieu. Les chaînes de télévision n’ayant pas voulu cautionner un spectacle affligeant. Le patron de Cevital demanda discrètement une audience au ministre qui la lui accorda et l’équipement importé permit la fabrication de milliers de machine à laver…le linge sale en famille.

O. M

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