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Chroniques

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Cacophonie cacochyme



«Au moment où, tout à fait absorbé par sa douce rêverie, Raphaël avait oublié son journal, Pauline le saisit, le chiffonna, en fit une boule, le lança dans le jardin, et le chat courut après la politique qui tournait comme toujours sur elle-même.»  Honoré de Balzac in La peau de chagrin.

J’ai beau fuir la politique,  mais à chaque fois je suis rattrapé par ma naïveté d’intellectuel «littéraire». J’ai beau faire semblant de ne m’intéresser qu’à l’imaginaire et la fiction. Qu’à la versification et l’enchantement de la poésie. Qu’à la stylistique et ses méandres enchevêtrés. Qu’à l’Iliade et l’Odyssée, qu’à Don Quichotte et ses moulins à vents, qu’aux nouveaux titres de la rentrée livresque, qu’en attente de ma modeste et discrète vente-dédicace au SILA, mais à chaque fois la réalité politique de mon pays me rattrape. Et à chaque fois qu’elle me rattrape, elle me noue la gorge et les entrailles.  Elle me fait honte et m’accable de turpitude.

Certes, la politique en tant que science de la gouvernance n’a jamais été une science exacte ni même une théorie réussie, même si dans quelques pays elle a pu,  pour un temps, à faire d’un nombre de personnes vivantes sur une même terre une société épanouie et prospère. Mais je ne suis pas dupe, car en vérité, et depuis Platon,  on sait que la politique n’est que l’attrait qu’exerce le prestige du pouvoir sur les hommes.  Le reste n’est que faste et néfaste…

Et c’est Platon qui, le premier, a vu juste en voulant moraliser la vie de la cité. Et c’est dans son livre «La république» qu’il présente les aspects de la cité idéale où les philosophes (les sages) et les enfants ont une grande place. Aujourd’hui, (et je ne veux nullement dire que la théorie de Platon est la meilleure), les sages et les érudits ne sont pas associés à la gouvernance. Les enfants, eux, sont carrément abandonnés et… massacrés. [Lisez ma dernière chronique «Cri de détresse» que j’avais intitulé : «Moi, l’écrivain inconnu. Toi, l’enfant innocent »et vous aurez un aperçu de ce qu’endurent nos enfants dans l’indifférence].

De quoi je me mêle puisque la politique ne m’a jamais intéressé ? Et elle ne m’intéressera jamais. Ce n’est pas de la politique dont je veux parler. Non. D’ailleurs, je n’y connais rien. Elle est labyrinthique et je m’y perds dans ses méandres douteux. Et puis… entre-nous, mes amis, dites-moi quel pourcentage d’honnêteté y a-t-il dans la chose politique ? Dix, vingt, trente pour-cent?... Pas plus. Les soixante-dix pour-cent restants ne sont que leurre et malheur. Fuite en avant et cacophonie à deux sous.

Droite, gauche, centre, nationaliste, islamiste ou populiste, rien n’y change. Car tous les chemins de la politique mènent au pouvoir. Et seul le pouvoir intéresse et fait courir et mentir. Sinon comment expliquer les promesses de campagnes non tenues. Et même niées et reniées, juste après les résultats des élections.

Tu ne nous as toujours pas dit de quoi te mêles-tu si la politique ne t’intéresse pas ? J’entends quelqu’un me chuchoter. Patientez mes amis. J’y arrive. Donnez-moi le temps de mettre de l’ordre dans mes idées… «Car ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément», disait Boileau.

Si je me mêle de ce qui ne me regarde pas c’est parce que les choses en politique sont devenues chez nous « chabraques » et sentent du scatole. Je ne sais si mes mots sont à leur place syntaxiquement, car je n’ai pas trouvé d’autres équivalents. Mais je sais que vous m’avez compris. C’est de la médiocrité du verbe politique dont je parle. De sa haine aussi. Comme si faire de la politique ne rime qu’avec le chienlit et la calomnie. C’est justement cette approche étriquée de la politique qui fait fuir et désintéresser les citoyens d’elle. C’est comme dans le sport. Quand une équipe joue bien et gagne, on accourt de partout pour la voir jouer. Supporteurs et rivaux. Mais une fois qu’elle commence à perdre son âme, elle perdra son aura. [Malheureusement comme ce qui vient d’arriver à notre équipe nationale ces derniers jours qui a entamé le début de sa fin à cause de quelques arrogances et grosses têtes]. Et toute entité qui perd son âme, perd son identité. Et il en est de même en politique. Car la politique sans éthique n’est que ruine de l’âme. Et si en plus de son éthique elle perd son âme… que puis-je dire…

Mon Dieu, délivre-nous de la médiocrité politique, les autres intelligences nous nous en chargeons ! Car ces jours-ci une cacophonie politique des plus cacochymes (débiles) couvre le pays d’une médiocrité sans précédent.  Il n’y a pas longtemps, on accourait dès qu’une annonce est faite qu’un tel politicien allait s’exprimer sur tel ou tel événement. Il n’y a pas si longtemps, les hommes politiques algériens avaient la stature et le verbe bien châtié. Et le citoyen, qui avait son idée sur la politique et son histoire, et sans être dupe, voyait, et reconnaissait, comment ces hommes faisaient de leur mieux pour être à la hauteur des attentes de leur peuple. Sans être des génies, car en politique on ne peut l’être que rarement et parcimonieusement, ils avaient, au moins, le charisme et la belle allure. Et n’osaient, quoi qu’il arrive,  jamais aller au-delà de la moralité, car ils savaient qu’ils étaient les dignes fils d’un peuple plus que millénaire. De Massinissa à Abdelkader.

Dans la seule image de Larbi Ben M’hidi au moment de son arrestation, il y a un acte politique, et il y a même matière à enseigner dans les écoles et les universités. Le sourire devant la mort. Le regard lointain. La tête haute. Les mains menottées, sans agitations. La veste boutonnée, comme les grands. La mine presque joyeuse avec l’assurance de l’esprit lucide. La certitude de la noble cause. L’intelligence d’immortaliser le moment pour l’histoire. Larbi Ben M’hidi est entouré de deux soldats, mais on dirait que c’est lui, l’enchaîné, qui est libre et eux les enchaînés.

Il y a aussi dans les obsèques de Hocine Aït Ahmed un message politique des plus révélateurs. Voyez comment le peuple, qu’on désigne du vocable lambda (qui veut dire quelconque), sait séparer le bon grain de l’ivraie par l’hommage qu’il a rendu à l’homme. Et Da El Ho méritait cette reconnaissance car tout au long de sa vie de combattant et puis d’homme politique avait su garder sa prestance et n’a à aucun moment dépassé par ses discours l’éthique et la bienséance.

Mais, à dire vrai, il n’y a pas que chez nous que ça a chuté. Voyez comment aux USA, le pays de Lincoln, Jefferson, Roosevelt et Kennedy, la médiocrité déborde de la chose politique. Il n’y a pas un seul jour où l’on n’entend pas des mots déplacés dits et répétés par des candidats à la magistrature suprême de ce pays. Il en est de même en France et dans les autres pays européens. La décadence politique a pris de l’ampleur partout dans le monde, ces derniers temps, et c’est plus que regrettable. Comment peut-on alors exiger des citoyens de se comporter en civilisés quand ceux qui les représentent se mêlent les pieds dans le fourvoiement et la maladresse ? Voire dans le «politiquement incorrect».

Mais qui s’en soucie aujourd’hui du «politiquement correct», du moment que l’argent n’a pas «d’odeur politique» et que tout peut s’acheter et… se vendre.

A la fin, qu’est-ce que la politique ? Que des mots. Que le pouvoir des mots. Dits ou non-dits. En discours ou chuchotements. Le reste, tout le reste,  n’est que silence et… beaucoup de relations et d’argent.

Il reste, pour moi l’écrivain modeste, la nuit pour cogiter et écrire d’autres mots que ceux des politiciens. Mes mots je les puise de l’essence de l’humanité. Mes mots peuvent êtres des cailloux pour lapider les esprits ou des fleurs pour les encenser. Mes mots, de mon livre du dedans, je les offre en amitié…    

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