Contact
  • Banner Redmed 748x90

Chroniques

Derniere minute

La fin d’une époque ou quand le peuple se réapproprie son destin



Il souffle sur l’Algérie un vent d’espoir et d’euphorie jamais ressentis. J’ai beau chercher la trame de ma chronique pour décrire ce qui se passe, mais après de longues cogitations une seule vérité s’est incrustée dans mon esprit en ébullition. La fin d’une époque…

Je crois que ce qui se passe ne peut être que la détermination de l’Histoire qui a décidé, après avoir pris acte de la volonté du peuple, de tourner la page d’une époque et d’ouvrir une nouvelle. J’ai la conviction que le monde en sera témoin. Et que rien ne sera comme avant.

La première moisson de ce printemps pacifique que vient d’arracher le peuple est certainement la délivrance de la peur. Les jeunes ont, dans un élan uni et unique, dit en quelques jours ce qu’ils avaient sur le cœur caché depuis des décennies. Mais pas que… Ils ont ouvert la voie à toutes les franges de la société. Du journaliste à l’artiste ; du professeur à l’étudiant ; de l’avocat au magistrat ; de l’employé au vieux retraité ; de la femme harcelée aux handicapés ; tous ont respiré de cet air de liberté qui les a aidé à surmonter leur peur. 

La deuxième chose qu’apportera cette nouvelle époque sera la sérénité. Tout un demi-siècle de tiraillement se décante en un état d’âme euphorique. Les Algériens ne se regardent plus en chiens de faïence. Ils se sont libérés de leurs corps et n’hésitent plus d’exprimer leur joie par les embrassades, les danses et les chants. Ils se sont libérés des clivages régionaux et autres différenciations culturelles ou professionnelles. Tout le « petit » peuple, éparpillé dans les cités-dortoirs, les faubourgs oubliés et les banlieues poussiéreuses, est devenu simplement le peuple. Et même qu’il est devenu le grand peuple. Je sais. Je le ressens. Tous les marginalisés, les laissés-pour-compte, les mahgourine, les licenciés de leur travail, les oubliés dans des bureaux, sans respect ni considérations,  les timides qui n’ont jamais dit non à leur chef, les femmes malmenées, les chômeurs sans le sou, les retraités qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, les malades qui ne trouvent pas de médicaments, les jeunes qui ne pensaient qu’à la harga, les honnêtes gens qui ne savaient plus à quel saint se vouer… tous ceux-là ont vibré avec le cri du peuple et ont versé des larmes d’espoir.

Le troisième effet n’est pas moindre que les deux autres. Le peuple a gagné dans la maturité politique. Alors qu’on le croyait avoir atteint le point de non retour du « plus rien à faire », le voilà qu’il donne des leçons à tous ceux qui l’avaient sous-estimés. Y compris de l’autre coté de la mer, « zaama », là-bas dans les pays de la démocratie. Combien ne nous ont-ils pas regardés d’en haut. Combien ne nous ont-ils pas considérés moins que rien. Moins que l’ombre d’un rien… D’ailleurs, jusqu’à ce dernier vendredi, ils continuent à croire que l’Algérie leur revient de droit. Mais les Algériens, par le pacifisme et l’humour, aussi par leur détermination et le savoir-faire, les a contraints à revoir leurs agendas. 

La quatrième et importante récolte d’avant les moissons d’été, est la liberté. Aucune revendication d’ordre socioprofessionnel n’a été affichée durant ces vendredis pacifiques. Un seul mot d’ordre. Liberté et changement. Que demande le peuple, comme dirait l’autre !  

Et puis… tout ça, s’il vous plait ! Avec art et manière. Avec le sourire et les fleurs. Avec l’entraide et la politesse. Avec le civisme et l’écologie. Ne ressentez-vous pas la fibre d’une certaine Algérie empoigner votre gorge d’émotion ? Moi si…

Le comportement de mes concitoyens lors des dernières marches à travers tout le pays a prouvé que l’Algérie décèle des trésors enfouis dans le cœur et l’âme de son peuple. Combien ont été surpris, peut-être déçus, ceux qui avaient, durant des années, cru à la dégénérescence  de la jeunesse algérienne. Quelle leçon de civisme ont-ils donné au monde ces jeunes arborant l’emblème et le sourire ! Les vieux ont pleuré de joie. Les femmes ont été tout simplement merveilleuses. Tout a été presque parfait. Le monde ne nous regarde plus comme avant. Nous leur avons forcé le respect. Et s’il y a un élément à valoriser dans cette « belle équation » c’est le comportement exemplaire de nos policiers, dignes fils du peuple. Déjà, de l’autre côté de la Méditerranée, on loue leur comportement civilisé et on les cite en exemple. 

Merci à tous mes frères Algériens. Espérons ensemble à une vie meilleure dans un État de droit où le partage des richesses se fera équitablement entre tous les citoyens sans distinction. Mais partager équitablement les richesses d’un pays ne veut nullement dire créer un État rentier ou habituer les citoyens à la fainéantise où l’on doit obligatoirement subventionner des produits de large consommation. Il s’agit encore moins de dividende pétrolier à distribuer. Ça ne veut non plus dire partager sans considérer l’effort, la compétence et l’intelligence. Au contraire, dans le partage équitable des richesses, l’effort et la compétence priment sur tout, sans oublier, bien-sûr, les démunis et les personnes fragiles. Dans un Etat égalitaire, c’est la justice qui fait l’égalité par la légalité. Et le respect du citoyen engendrera le bon citoyen.  

Car comment peut-on convaincre un citoyen qui trime durant toute sa vie sans pouvoir arriver à manger à sa faim tout en voyant ceux qui ne travaillent pas se goinfrer jusqu’à l’étouffement ? Comment peut-on intéresser les jeunes à la chose politique quand les politiques, tout acabit confondu, ne leur montrent que le côté néfaste de la politique de la famille, des amis et la « contre-nature » ? Aussi, quand tout est verrouillé. Où l’on devient président d’une assemblée par la force du « cadenas et les chaînes » au lieu et place du libre choix de l’urne. 

A mon humble avis, le seul programme politique qui peut, de nos jours, (et la chose est valable pour tous les pays du monde) se targuer de programme réussi, et que l’ensemble des citoyens portera à bras le corps, est incontestablement celui qui saura maîtriser la balance de l’équité. « El-insaf » entre tous les citoyens où qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Ce n’est pas qu’un salaire et un emploi. Partager équitablement les richesses c’est aussi mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Selon la compétence et la moralité. Partager la manne publicitaire entre tous les médias sans distinction pour un service public si on le veut professionnel et libéré de toute idée partisane. Faire en sorte que l’information est un droit du citoyen et un devoir du journaliste. Faire en sorte que les riches ne profitent pas des subventions réservées aux plus démunis. Réduire la disparité des salaires pour la création d’une classe moyenne, véritable colonne vertébrale de toute économie productrice. Et plus que tout, inculquer, dès les premières années de l’école, que la richesse d’un peuple commence par le travail et l’obéissance à la loi qui, sans distinction d’aucune considération, est appliquée pour tous avec la même rigueur. Vivre dans un pays où les richesses sont distribuées équitablement c’est surtout n’avoir pas peur de son gouvernement ni de sa justice. Encore moins, de dire ce qu’on pense. Museler les voix, c’est emmurer les idées et l’innovation. Qu’est-ce que ce serait alors si l’on venait à interdire le rêve ?…  

L’équité dans le partage des richesses c’est aussi écouter son peuple. Croire en ses aspirations. Valoriser sa jeunesse. La laisser s’exprimer en toute liberté. Partager équitablement les richesses c’est unifier toutes les composantes de la société autour d’un idéal de droit et de justice. Que le patriotisme envers la nation ne peut être lié uniquement à l’allégeance d’une personne ou d’un clan. Et toute légitimité qui ne vient pas du peuple est nulle et non avenue…

Dans cette euphorie historique, fraternelle, agréable à vivre, j’ai comme une intuition poétique que si demain le peuple gagnera, il aura gagné l’avenir pour ses enfants et petits-enfants. Nous gagnerons, sans conteste, l’unité du peuple tout en réappropriant cette chose qui nous différencie de plusieurs autres peuples du monde. La fierté. Nous gagnerons de ne plus avoir honte d’être Algériens. Et jamais nous ne quémanderons notre pain, fut-il modeste et frugal, que nous nous partagerons en tenant un livre à la main. Jamais plus un apparatchik, ou un arriviste de la dernière heure, ne viendra nous faire rouler dans la farine moisie alors que lui se sustente de bonne chère jusqu’à nous haïr. Si demain le peuple gagnera… Nous auront gagné un peuple de génie. Si nous gagnerons, demain… nous gagnerons le respect du monde. Mais plus que tout. Nous aurons gagné : plus jamais de hogra dans notre Algérie. 

 

  • Pub Laterale 2
  • Banner Salem 2