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Chroniques

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Choc ou dialogue de civilisations ?



Dans ce face-à-face des deux cultures, islamo-chrétienne, il y a eu aussi des échanges, autrefois. Les textes arabes furent traduits en espagnol, italien et français. Gerbert d'Aurillac était l’un des premiers à avoir rapporté en France les sciences arabes. Dans le domaine des arts, l’influence arabe était bien visible dans les œuvres européennes de cette époque. Plusieurs églises construites entre le XI et XIII siècle emprunteront une architecture semblable aux mosquées musulmanes. Comme les arches en forme de fer à cheval ou les inscriptions bibliques gravées dans la pierre des édifices en inspiration des versets coraniques gravés sur les murs des mosquées. L’exemple le plus frappant est celui de la cathédrale Notre-Dame du Puy qui ressemblait énormément à la mosquée de Cordoue.

Certes, les premières croisades étaient rudes est haineuses. Un certain Pierre L’Ermite exerça sur les foules chrétiennes une véritable fascination quant à la mobilisation des hommes pour la guerre sainte. Quatre ans après le premier appel d’Urbain II, les croisés arrivent aux portes de Jérusalem. De l’autre côté, les Almoravides (Al-Mourabitoune) décrète le «djihad».

Ces croisades dureront plus de deux siècles. Il y en aura, en tout, sept. Comble de l’histoire, elles n’apporteront pas que de la haine et les désirs de vengeance : de par le nombre incalculable des contacts entre soldats et politiques, entre hommes de religion et marchands, ces croisades ou guerres saintes ont été pour beaucoup dans le changement de l’opinion des chrétiens sur les musulmans. Et vice-versa. D’ailleurs, c’est durant ces croisades que fut traduit le premier Coran en Latin par Robert de Keaton. Et on commença en Occident à s’intéresser à l’Islam. Mais une autre fois, les relations vont s’orienter vers les hostilités avec l’avènement de l’Empire ottoman… 

A cette même époque, l’Occident vivait un autre avènement, pacifique, tranquille, menant tout droit vers la renaissance. On enterrait le Moyen-âge, ses guerres et ses ignorances. L’Europe se construisait fortement pour durer longtemps. (Elle dure jusqu’à nos jours). L’Europe se tourne vers l’antique monde gréco-romain. C’est de là qu’elle va désormais construire son identité. Et tout ce qui avait trait au Moyen-âge devint subitement désuet, de mauvais goût  et sans intérêt. L’imprimerie, venant de la lointaine Chine, rapporte un plus et commence à donner un net avantage sur la civilisation arabo-musulmane, en régression dans le monde, surtout après la chute du dernier royaume de Grenade. 

Les frontières s’établissent et deviennent durables entre l’Orient musulman et l’Occident chrétien. Chacun se tournant vers son monde, tout en épiant l’autre en cas d’attaque ; les musulmans et les chrétiens se regardèrent en chiens de faïence durant plusieurs décennies. Sur le Vieux continent, ces années marquent la naissance d’une nouvelle vision du monde. Aussi bien dans la philosophie, la politique ou la science. Le vent de l’ère moderne soufflait à profusion. Il y apporta idées, découvertes et génies humains.

Durant le règne ottoman, plusieurs accords furent signés entre la France et la sublime porte. Les premiers souverains qui consacrèrent une grande part à cette alliance, ce sont François Ier et Soliman le Magnifique.

Ces relations – turco-chrétiennes – demeurèrent en dents de scie. Tantôt s’améliorant, tantôt se dégradant jusqu’aux hostilités. Mais elles changeront petit à petit jusqu’à l’arrivée de Louis XIV, le roi Soleil. La politique de Louis XIV, faite pour impressionner,  amis et adversaires, choisit le faste et le luxe comme moyen de grandeur et de puissance. Et c’est justement par cette politique que Louis XIV fit tomber l’ambassadeur ottoman dans ses filets.  Et c’est à cette époque que les relations entre la France et l’Empire ottoman sauront s’élever au rang d’excellence. Des traités sont signés entre les belligérants. La paix revenue, on revient aux anciennes formes de relations, par le commerce et les échanges, où chacun trouva ses intérêts.  La France accepte d’accueillir les Morisques fuyant l’Espagne. Dans plusieurs villes et régions, ils s’installèrent avec leurs familles. Ils y resteront pendant plusieurs années ; il y aura ceux qui se convertiront au Christianisme et deviendront Français à part entière, surtout leurs descendants. A Bordeaux, par exemple, ils se mêlèrent à la population Portugaise et y vécurent comme de simples citoyens. Voltaire évoqua ces familles Morisques dans son ouvrage : «Essais sur les mœurs». 

De l’autre côté, et malgré le climat délictueux qui régnait dans Alger la barbaresque, et malgré le danger de la méditerranée, des marchands européens, dont un grand nombre de Français, vivaient et travaillaient en toute confiance. Les choses restèrent ainsi jusqu’à l’arrivée des temps modernes. Plus précisément jusqu’à la conquête de l’Algérie par la France. Mais ce qu’il faut retenir, concernant les migrants algériens, avant 1962, le vocable immigré n’était pas d’usage dans le vocabulaire politique ou sociologique. Car ces populations étaient considérées comme Français, certes de catégories inférieures aux souches européennes (en vérité on les considérait comme des indigènes,  au même titre que les Aborigènes d’Australie ou les peaux rouges des USA) – je crois que les premières cassures et ruptures datent de cette époque-là - ; et leurs déplacements de l’Algérie vers la métropole n’étaient pas considérés comme flux migratoire. Ils étaient désignés sous le vocable de «Français musulmans» On les appela aussi : « Français de souche Nord-africaine» (FSNA). 

Et c’est durant la première guerre mondiale qu’un grand nombre d’autochtones Algériens se voit déporter sur les fronts. Plus de cent vingt mille personnes furent enrôlés, de force, dans les rangs de l’armée Française. Après la guerre, on garda un grand nombre de ces soldats pour la construction du pays. Ils devinrent manœuvres, maçons, ouvriers qualifiés, etc. Entre 1920 et 1924  cent mille Algériens, contre dix mille Marocains et dix mille Tunisiens, travaillaient et vivaient en France.  En 1936, leur nombre augmente à plus de deux cents mille. 

Après la Seconde Guerre mondiale, la France, et pour se reconstruire, fit appel, encore une autre fois, à ces travailleurs d’Afrique du Nord. C’est à partir de 1950 qu’ils rallieront la métropole par nombre toujours croissant. Cette immigration est essentiellement masculine. Ce n’est qu’à partir des années soixante, surtout après la fin de la Guerre d’Algérie, que des familles, avec femmes et enfants, se regroupent et forment les premiers noyaux des futurs «Beurs». Et c’est à partir de là qu’on parla d’immigration et d’immigrés maghrébins. Allant toujours crescendo, d’année en année, la démographie aidant, la communauté maghrébine devint, à la fin du siècle passé, l’une des communautés les plus importantes de France. 

Ils sont plus de trois millions, disent les uns, non, plus de cinq répliquent les autres, huit, comptent les ultras. On se focalise sur leur nombre, puis sur leur culture, leurs odeurs, leurs racailles et enfin sur leur religion. L’amalgame entre «Arabes» et «Musulmans», considérés comme synonymes, crée la confusion et ajoute de l’huile sur le feu. Au racisme anti-arabe, on ajoutera l’Islamophobie. Tout Arabe devient musulman ; et tout   musulman devient Arabe. 

La France bleu, blanc, beur «pataugent» dans la boue du quiproquo de bas de gamme. Et ça évolue de mal en pis. Jusqu’au foulard. Jusqu’à la burqa. Jusqu’au burkini…

Avant ça, on avait créé des terminologies pour définir quelques phénomènes intégrisme, islamisme,  fondamentalisme, extrémisme et d’autres mots désignèrent, par vindicte interposée, actes et comportements. On s’approfondit dans la chose à tel point qu’on confondit «islamique» et «islamisme», «intègre» et «intégrisme». Tous ces mots n’auront qu’une seule connotation : «violence et terrorisme». Et puis, excusez du peu, de religion, on considéra l’Islam comme idéologie. Dans quelques cercles, on le réduit à un simple parti politique – de fanatiques. 

En vérité, les musulmans sont les premières victimes, d’abord du terrorisme, et puis, de cet amalgame débordant d’ignorance chez les Occidentaux. Car je ne crois pas qu’il y ait des musulmans qui préfèrent que l’Islam soit confiné dans l’étroitesse de vision d’un parti ou d’une idéologie. Seuls les gourous et les chefs de sectes croient en cette option. 

«Dis : Moi, mon Seigneur m’a guidé vers un chemin droit, une religion droite, la religion d’Abraham, le soumis exclusivement à Dieu et qui n’était point parmi les associateurs». (Coran : 6 – 161)

 Chocs, dialogues ou respect dans la différence, quelle voie choisir ? 

 

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