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Chroniques

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Le principe de Peter



Un journaliste américain, du nom de Raymond Hull, à force de rencontrer des déboires dans sa vie de tous les jours, il y a quelques années, a eu le malin plaisir de s’attarder sur chaque événement social, économique, commercial ou administratif, qui lui empoisonnait la vie, et de bien l’observer. Mais il ne trouva point d’explication à toutes ces maladresses, qu’il croyait qu’elles étaient juste des erreurs humaines.

Un jour, Raymond Hull, par coïncidence, fit la connaissance d’un certain Laurence J. Peter qui lui fit savoir, qu’après plusieurs années de recherche, qu’il était arrivé à une conclusion terrifiante : Le monde est et sera confronté à un syndrome destructeur universel sans précédent…

N’ayez aucune crainte, il ne s’agit pas de la peste bovine, ni de la galle des poux, ni du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), ni de la grippe aviaire ou porcine, ni du virus Ebola, encore moins, de la tuberculose qui revient. Et ce n’est pas, non plus, le SIDA, sauf votre respect. Malheureusement, le mal dont il s’agit est plus mortel que toutes ces maladies réunies. Tous les experts en la matière le déclarent comme mal endémique du siècle, qui prend l’allure d’une pandémie universelle. Il se propage à la vitesse du son, en douceur, sans que personne ne s’en aperçoive. Non, vous n’y êtes pas, ce n’est pas Daech et les crédos de la mort. Ceux-là, nous savons qui sont-ils et d’où viennent-ils. D’ailleurs, là où ils se déclarent, la machine de l’antiterrorisme se met en marche. Et puis, toute la planète est consciente de ce fléau dévastateur. Et puis, comme dirait l’autre, ce Daech, c’est eux, suivez mon regard, qui l’ont inventé, nourri, fomenté et sous la bannière de la religion nous l’ont fourgué. Mais comme ce fléau est à double tranchant, comme un boomerang, il est revenu à son envoyeur. 

Mais le mal dont parle Laurence Peter à son ami Hull n’a pas de couleur, ni d’odeur. Il est comme le temps, quand on ne l’explique pas, on sait ce que c’est ; mais dès qu’on essaye de l’interpréter, on ne sait pas ce que c’est. Pour en avoir une idée, je vous conseille de suivre ses traces…

Des ponts qui s’écroulent. Des tunnels qui s’effondrent. Des villes qui s’inondent. Des avions qui s’écrasent, et quand ils ne s’écrasent pas, ils ne sont jamais à l’heure. Des bateaux insubmersibles qui coulent à leur premier essai. Des voitures qui dérapent au premier virage. Des bus bolides qui s’enflamment. Des médecins qui oublient leurs outils dans les ventres des malades. Des trains qui déraillent. Des téléphones portables qui explosent. Des ordinateurs qui «bogue» et «bug». Des machines qui grincent. Des conduites de gaz nocif et d’eau qui fuient. Des médicaments qui rendent malade. Des allumettes qui rendent borgne. Des parfums qui donnent des allergies. Des montres, à la pelle, qui ne donnent pas l’heure. Des gommes qui ne gomment pas. Des crayons qui n’écrivent pas. Des stylos à plume, qui existent toujours, mais que personne n’utilise parce qu’ils tachent et coulent entre les doigts. Des erreurs, à n’en plus finir, sur les documents d’état civil. Du courrier qui se perd et n’arrive jamais à destination. Des droits d’auteurs qui ne sont octroyés qu’à de faux chanteurs qui chantent dans des entonnoirs. Des hommes d’Etat qui détruisent des états. Des responsables qui sont irresponsables. Des guerres, dites chirurgicales, qui ne tuent que des enfants et des femmes…

<span">Voilà, vous avez sûrement une idée sur ce mal universel dont parlait le journaliste américain. Pour ceux qui veulent s’approfondir, je leur conseille de lire : «Le principe de Peter» de Laurence J. Peter et Raymond Hull. Ils y trouveront les faits et les causes de ce syndrome qui a atteint des points de non-retour. J’ai nommé, s’il vous plait ! Madame l’incompétence… 

Et voilà ce qu’écrit Raymond Hull en introduction : «En tant qu’auteur et journaliste, j’ai eu l’occasion et le privilège d’étudier le mécanisme de la société civilisée. J’ai fait des enquêtes et des reportages sur le gouvernement, l’industrie, le commerce, l’éducation et les arts. Je me suis entretenu avec des personnes appartenant à tous les milieux, exerçant de nombreux métiers et professions, occupant des postes importants ou mineurs, et le les ai surtout écoutés avec attention. J’ai remarqué que, à de rares exceptions près, les hommes bousillent leur travail. Partout, j’ai vu régner l’incompétence.»

Et la pyramide s’est renversée. Tout va, de nos jours, allez savoir pourquoi ? De la compétence vers l’incompétence. Le pauvre Laurence Peter, père du principe de Peter, combien ne s’est-il pas tiré ses cheveux en découvrant à chacune de ses analyses la marche à contresens de la logique des choses dans le domaine des compétences.

Quant à Laurence Peter, il écrit : «Quand j’étais petit garçon, on m’apprenait que les grandes personnes savaient ce qu’elles faisaient. On me disait : Peter, plus tu en sauras, plus tu iras loin. Je poursuivis donc mes études et puis j’affrontais le monde plein de ces belles idées, serrant contre mon cœur mon beau diplôme de professeur. Durant ma première année d’enseignement, je fus troublé en constatant qu’un bon nombre de professeurs, de surveillants généraux et de directeurs d’école semblaient ignorer les responsabilités de leur état et montraient de l’incompétence dans l’exercice de leurs fonctions. Le principal souci de mon directeur, par exemple, était que tous les stores des fenêtres se trouvent au même niveau, que les salles de classes soient silencieuses et que personne ne marche sur les pelouses. Le surveillant général, lui, tenait à ce qu’aucune minorité, quelque fanatique qu’elle fût, ne soit offensée et que tous les devoirs soient remis à temps. L’éducation des enfants semblait être le moindre souci de ces esprits administratifs.»

Si tout le monde chez nous s’attèle à faire du baccalauréat une affaire sécuritaire, qui s’occupera de l’éducation de nos enfants ? Et si tous nos jeunes ne croient qu’au miroir aux alouettes de l’Occident, qui travaillera dans nos usines ? Et qui cultivera la terre nourricière ? Si nous ne vivons que de la rente, qui inventera l’avenir ? Qui croira à l’effort et la compétition ? A vivre de son labeur…

J’ai ouvert cette parenthèse juste pour me ressourcer et voir où l’on va et où doit-on finir. Car il est plus que nécessaire, s’il n’est pas déjà trop tard, d’entamer la voie de l’effort compétitif sans distinction régionale, familiale ou clanique. 

Revenons à notre principe de Peter. Ce mal universel qui ronge les sociétés dont tous se plaignent mais que personne ne veut endiguer ou dénoncer.  Il y a comme un laxisme universel latent, ou comme si tout le monde trouvait son compte dans cette fuite en avant de l’incompétence et la déliquescence généralisée. Qui ne nous dit pas qu’un jour, je ne le souhaite pas, qu’un de ces incompétents qui gouvernent le monde n’appuie pas, par mégarde ou volontairement, sur le bouton d’une ogive nucléaire ?... 

«Vous conviendrez que l’humanité ne peut accomplir ses plus grandes réalisations en cherchant la quantité pour la quantité ; elle doit y parvenir en améliorant la qualité de la vie, en un mot, en évitant l’incompétence vitale. On doit proposer l’amélioration de la qualité à la place de la promotion imbécile et mortelle», conclut le journaliste Hull.  

Essayez de vous attarder sur les petites choses de la vie de chaque jour et vous verrez combien avait raison M. Peter quand il disait que le plus grand fléau universel ne peut être que l’incompétence qui règne de nos jours sur le monde. Approfondissez votre observation et vous saurez que tous vos malheurs quotidiens, chez vous et au travail, dans la rue ou dans n’importe quel lieu public, ne sont que des faits causés par l’incompétence de ceux qui sont censés vous apporter du bien-être. Alors, si la malhonnêteté venait s’ajouter à l‘incompétence, bonjour la fin du monde…

 

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