Contact
  • Banner Redmed 748x90

Chroniques

Derniere minute

Libérons la culture, pour libérer le citoyen



«Il n'y a pas d'homme cultivé, il n'y a que des hommes qui se cultivent», Ferdinand Foch
<spanOn entend souvent les gens dire : c’est une culture, pour expliquer un phénomène social, comme aimer sortir le soir se promener, ou préférer un met à un autre, ou se badigeonner la paume des mains avec du henné lors des fêtes et noces de mariage, ou tout simplement s’habiller avec telle couleur. 

A ce stade de réflexion, le paradigme du mot culture reste encore incompréhensible. Le dictionnaire la définit comme suit : «Culture : Ensemble des données acquises et transmises à l'intérieur d'un groupe social. Les productions intellectuelles, artistiques, religieuses et de ce groupe». 

Donc, tout ce qui est éducation, instruction, création intellectuelle, artistique, religieuse, bien-sûr, matérielle ou immatérielle, transmise dans une même société, devient un fait, ou phénomène, culturel. Mais quel est le moteur qui fait mouvoir ces faits pour devenir culture ? Là est toute l’énigme, je crois. Après plusieurs pérégrinations cognitives, j’ai déduit que  toutes les cultures ont un dénominateur commun : LA LIBERTE !

Et nul ne peut prétendre être artiste, poète, écrivain ou philosophe s’il n’est pas libre. On a beau parer de dorure le kitch, il ne peut jamais remplacer l’authentique. On a beau justifier le dirigisme culturel au nom de quelques idées dogmatiques, les résultats parlent d’eux-mêmes. C’est comme dans l’histoire du corbeau qui voulut changer sa démarche (façon de marcher) avec celle de la perdrix. Au bout de plusieurs essais, le pauvre corbeau ne put apprendre la démarche de la perdrix, mais, comble de l’histoire, il oublia sa propre façon de marcher. Tel sera le résultat de toute société qui veut s’acheter ou emprunter une culture. La culture se crée librement, puis se vit intensément, chaque jour, pour tirer les peuples vers le meilleur d’eux-mêmes. Car dans une société où la culture domine, les citoyens peuvent tout savoir sans qu’ils n’aient rien à apprendre. Tout est à portée de main : les arts et lettres, le théâtre, l’information… 

Qu’en est-il chez nous ? L’Algérien est-il conscient que la culture, aujourd’hui, est devenue le faisceau de lumière qui mène à la prospérité ? Est-il conscient que c’est là où le bât blesse ? Que c’est là où les grandes nations nous ont dépassés, beaucoup dépassé ? Mais la culture est un projet de société. Et les projets de société sont un programme politique. Et les programmes politiques sont portés par des hommes d’Etat…

Car c’est par la culture que le génie des peuples s’exprime. Portée par toute une nation, elle devient civilisation et prospérité. Et dire que l’équation de cette dernière, a été résolue par un des nôtres. Toute civilisation n’est que l’addition des trois éléments fondamentaux qui sont la terre, le temps et l’homme. Mais pour que de ces trois éléments résulte la renaissance, ils ont besoin d’un catalyseur. Et c’est au génie de tout peuple de se choisir cette force qui peut faire réactiver ses trois éléments. Mais chez Malek Bennabi, toute civilisation qui ne se traduit pas par la culture de l’esthétique est voué à la décadence. Dans un de ses réquisitoires contre le flegme et l’inconscience des Algériens, il avait dit : «Même l’activité la plus insignifiante est liée à une certaine esthétique. Il manque en Algérie précisément le sens esthétique, et ce sens nous fait terriblement défaut, car il résoudrait déjà pas mal de petits problèmes qui commandent tout le problème de l’homme. L’esthétique, c’est tout le problème de notre musique ennuyeuse comme un bâillement, c’est tout le problème de l’art, de la mode vestimentaire, de nos usages, c’est une manière de faire un geste plus ou moins élégant ou gracieux de balayer devant sa porte, de peigner nos enfants, de cirer nos chaussures (...), de marcher sans indolence comme le recommande le coran.Toute l’ambiance d’une civilisation : c’est là le problème de l’esthétique. Il faudrait que dans nos rues, dans nos cafés, on trouve la même note esthétique qu’un metteur en scène doit mettre dans un tableau de cinéma ou de théâtre. Il faudrait que la moindre dissonance de son, d’odeur ou de couleur, nous choque comme on peut être choqué devant une scène théâtrale mal agencée». Il ajoutera dans un autre écrit : « Le goût de la beauté, donnera le goût du parfait, celui qui aura vraiment le sens du beau aura le mépris de l’inachevé».  

Que chaque Algérien ait sa part de lumière de la culture par l’instruction, l’information, la création et la libre expression. Pourvu qu’il l’ait en toute conscience. En harmonie avec le projet de l’émancipation de l’Algérien. En adéquation avec ce qui se fait ailleurs pour le bien du citoyen. Des générations futures. N’attendons pas que l’Occident nous le dicte. Car la culture mène au «common sense» ou «sens commun», défini comme étant un sentiment national. Et le «common sense» fait le bonheur des sociétés et des peuples qui veulent vivre ensemble, en harmonie, libres. 

[Le Sens commun, ou common sense, est un ouvrage écrit par Thomas Paine adressé aux Américains, et dans lequel il lance l’appel à l’indépendance des 13 Etats-unis d’Amérique de l’époque,  publié juste quelques mois avant la déclaration d’indépendance de 1776.]

Comme Kant, quand il s’est posé la question sur ce que sont les «lumières» au moment de la renaissance, je poserai la mienne : Qu’est-ce que la culture ? 

Fors une citation d’un pédagogue Japonais, d’Alain à Malraux, en passant par Pascal, J.J Rousseau, Montesquieu, Freud, Goethe et tous les autres, je n’ai point trouver de meilleure définition de la culture, que celle-ci : «La culture, c’est ce qui nous reste quand on a tout perdu ou oublié», avait dit le pédagogue Japonais. Voilà, tout est dit. 

Qu’adviendra de nous alors si l’on commence à museler ce qui nous reste après avoir tout perdu ? Rien ! 

De grâce, amis gouvernants et politiciens, donnez aux hommes des arts et des lettres la place qu’il leur faut dans la société ! Car libérer la culture, c’est libérer le citoyen ; et libérer le citoyen, c’est en faire un patriote potentiel. Il n’y a pas, aujourd’hui, avec les sales temps qui courent sur le monde, comme immunisation contre le chao qu’un citoyen conscient. Et il ne peut l’être sans pouvoir dire, écrire et penser son pays spontanément. Librement…

Voyez comment tous les pays qui ont libéré leur culture sont devenus des pays locomotives. Ils se sont immunisés contre toute ingérence d’où quelle vienne. «Quand le bâtiment va, tout va», disait-on, durant tout le long du vingtième siècle. Je crois, de nos jours, la donne a changé. Et c’est tout un autre paramètre, immatériel, qui est devenu l’agent catalyseur des sociétés. Car, aujourd’hui, les hommes ont plus besoin de culture que de confort. Et sans le risque de me tromper, je pourrais dire : «Quand la culture va, tout va !»

Donnez  la chance à la culture et vous verrez combien elle est porteuse de bien-être. Jamais dans l’histoire des hommes, un peuple cultivé n’a été vaincu longtemps. Il peut plier, mais rompre, jamais. Il peut subir des disettes, mais ne meurt jamais de faim. Il peut perdre une bataille, même une guerre, mais il n’acceptera jamais de vivre sous la domination. Encore moins trahir son pays. Telle est la force magique de la culture. Elle est comme la graine qu’on jette et qui, malgré les aléas du climat ou son oubli sous terre, éclot en mille plantes vertes.  

«Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper», avait dit Victor Hugo.Epilogue : J’ai peur qu’il est déjà trop tard pour parler de culture nationale. La mondialisation cerne les peuples et le «MELTING POT» les façonne à l’occidentale [Melting pot, métaphore utilisée, surtout en Amérique, pour désigner un phénomène d’assimilation d’une population étrangère dans une autre société]. Tous nos comportement ne sont qu’influences, emprunts culturels ou, à défaut, échanges. Le hamburger, les films d’Hollywood, facebook, le selfie, la société de consommation, le divertissement, le sport de compétition, la télévision, la mode, etc. ; tout nous vient d’ailleurs. Quelques mœurs et comportements résistent, mais ce ne sont que l’exception qui confirme la règle. Et puis, ce reste qui nous reste n’est-il pas considéré, aux yeux des Occidentaux, que folklore et exotisme ? Et puis, même si nous aurons à inventer quelque chose de nouveau que pouvons-nous inventer qu’ils ne l’ont déjà ? 

Déjà avec le retard à combler, si nous aurons seulement les moyens et la politique à rejoindre leur train, c’est déjà ça…

  • Pub Laterale 2
  • Banner Salem 2