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Chroniques

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Tout être est mon être



Le titre de cette chronique est une citation d’un grand personnage historique. Et je suis doublement heureux de vous en parler car, premièrement, la citation en elle-même est d’une telle profondeur humaine, surréaliste, j’allais dire ; deuxièmement, cette sagesse est proclamée par un des nôtres. Oui, nous aussi… Nous avons donné notre écot de bon sens à l’humanité quand il le fallait.Et nous l’avons donné sans calcul ni sous-entendu. Et nous l’avons donné au moment où nous étions au plus mal. Même qu’on continue à le donner aujourd’hui pour aider le monde à se débarrasser de l’hydre à mille têtes.  Dans la continuité de cette citation : «Tout être est mon être», le professeur et philosophe, Mustapha Cherif, sillonne le monde pour apporter, avec ses discours sur l’altérité, le vivre ensemble et la voie du juste milieu, l’apaisement nécessaire à la paix entre les hommes. Son dernier ouvrage intitulé : «L’Emir Abdelkader, Apôtre de la fraternité », se veut un appel pressent, à l’Orient musulman et l’Occident Judéo-chrétien, pour la construction d’un nouveau monde de paix, de compréhension et de respect mutuel. 

Comment un homme, né sous la tente, dans une nature peu clémente, dans une époque sans confort ni commodité de bien-être, peut-il se transcender (le mot est-il juste ?) jusqu’à considérer que les autres ne sont pas son enfer, mais son autre «moi», au détriment de tout ce que peut lui faire subir, comme inconvénients, l’autre. Est-il ange ? Est-il surhomme ? Est-il ?...

Non, Abdelkader El-Djazaïri, car la citation est de lui, était tout ce qu’il y a d’homme en l’homme. Même qu’il était un homme comme le commun des hommes, mais pas que ça. Car les hommes sont comme les minéraux, dit l’adage arabe. Et chaque minéral porte en lui son essence, bonne ou mauvaise. Et Abdelkader puise son idiosyncrasie de l’illumination sublime du Coran. Dans sa quête de l’autre, il n’a pas recherché le croyant ou le musulman, mais l’homme dans sa valeur absolue, au-delà de toute charge culturelle,  raciale, cultuelle ou identitaire. Et l’homme dans sa valeur absolue est un être pur… qu’il faut apprivoiser, aimer et, surtout, aider à acquérir son essence transcendantale. 

Abdelkader le combattant, le pieux, le soufi, poète à ses temps libres, a compris son rôle d’humain en lisant les versets de Dieu. Il n’avait pas besoin pour ça d’attendre la révolution industrielle ou les technologies de pointe ou, encore moins, la Proclamation des droits de l’homme. Abdelkader El-Djazaïri savait tout ça en lisant les versets pour faire ses prières quotidiennes. N’a-t-il pas appris de son maître Ibn Arabi, celui qui disait : «Mon cœur est devenu capable d'accueillir toute forme. Il est pâturage pour gazelles et abbaye pour moines !

Il est temple pour idoles et la Kaaba pour qui en fait le tour.Il est les tables de la Torah et les feuillets du Coran !  La religion que je professe est celle de l'amour. Partout où ses montures se tournent, l'Amour est ma religion et ma foi ! »

 Et le voilà, Abdelkader, comme son maître, qui nous lègue des perles de sagesse. « Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme ; interrogez plutôt sa vie, son courage, ses qualités et vous saurez ce qu’il est. Si l’eau puisée dans une rivière est saine, agréable et douce, c’est qu’elle vient d’une source pure », dit-il dans l’une de ses méditations soufies. En 1860, à Damas, il reprend de plus belle, lors du conflit entre musulmans et chrétiens. « Si les musulmans et les chrétiens avaient voulu me prêter attention, j’aurais fait cesser leurs querelles ; ils seraient devenus, extérieurement et intérieurement, des frères. » 

Pour des motifs que les hommes se sont inventé, ils s’obstinent dans le zèle et l’empressement sans se soucier du mal qu’ils peuvent engendrer aux autres. Car seuls l’estime et l’amour de l’autre peut nous sauver de l’emprise de notre âme maléfique. Car le devoir sans amour nous rend zélés. La responsabilité sans amour nous rend impitoyables. La justice sans amour nous rend durs. La vérité sans amour nous rend critiques. L’intelligence sans amour nous rend rusés. La gentillesse sans amour nous rend hypocrites. L’honneur sans amour nous rend orgueilleux. La possession sans amour nous rend avares. La foi sans amour nous rend fanatiques. Enfin…Une vie sans amour est sans valeur, dit la sagesse…

« Vous donnez peu lorsque vous donnez de vos biens. C’est lorsque vous donnez de vous-même que vous donnez vraiment. La peur de connaître le besoin n’est-elle pas le besoin lui-même ? Et la crainte de la soif, alors que votre puits est plein, n’est-elle pas justement la soif qui ne peut être apaisée ? Vous dites volontiers : je veux bien donner, mais à ceux qui le méritent. Ce n’est pas ce que disent les arbres de vos vergers ni les troupeaux de vos pâturages. Ils donnent afin de vivre, car tout garder pour soi, c’est périr », disait  Khalil Gibran. 

Et comme Khalil Gibran et Abdelkader, sans être poète ou grand érudit, je voudrais laisser ici quelques strophes que j’aie écrites dans les silences de mon âme.

Mon âme dit ce qu’elle tait en son sein depuis fort longtemps. 

Dans les silences de mon âme,

Mon âme me dit n’attends rien de celui qui ne vit que pour lui-même. 

Dans les silences de mon âme,

Mon âme me dit ne fais pas cas de l’ingrat(e), 

En lui (en elle), se sont accumulés tous les vices ; 

Et de la vertu il (elle) n’en connait que le mot ; 

De l’amitié que l’imposture ; 

De la sincérité que l’apparence ; 

De l’estime que l’indifférence. 

Dans les silences de mon âme,

Mon âme sait se taire,

Mais ne se voile guère de chimère,

Même si elle pardonne, 

Même si elle consent au destin.

Dans les silences de mon âme,

Sans jamais rien dire,

J’ai appris que les silences sont plus éloquents,

Et en disent long sans avoir besoin de le dire.

Et puis… objectivement… Si les hommes avaient pu régler tous leurs différents avec lucidité et bienséance, comme l’avait préconisé Abdelkader, ils ne se seraient jamais heurtés, les uns contre les autres, tels qu’ils le vivent aujourd’hui. Chaque clan campant dans son communautarisme – lâche et pleutre. Pire  

que le communautarisme, l’extrémisme « règle », de nos jours, toutes les mésententes,  

les malentendus qui, au fil du temps, deviennent haines et rancunes ; et ils échappent à tout contrôle. 

 On se cloître, comme au Moyen Age, à l’intérieur de son « intra-muros » culturel et cultuel jusqu’à l’absurdité. Jusqu’à la haine de l’autre. Malgré les avancées techniques de ces dernières années, dans le domaine de la communication, qui ont  permis à l’homme de s’ouvrir sur le monde, et qui peuvent être des simplificateurs au dialogue et à la discussion – il suffit d’un clic aujourd’hui pour se mettre en relation avec une personne au fin fond du monde. Malgré cela, le « sectarisme » reste l’élément dominant dans les approches entre les uns et les autres. Jamais le drapeau des pays n’a été aussi adulé par les citoyens, qu’en ces temps de l’ère de la mondialisation. Certes, aimer sa patrie est légitime ; acte de citoyenneté, mais quand c’est fait pour montrer sa haine envers l’autre, ça devient dérive et danger. 

On s’accroche à tout événement, fut-il des moindres, pour « s’exhiber » et exhiber sa différence avec ostentation, pour ne pas dire avec violence – verbale ou comportementale. Le sport de compétition est devenu l’allégorie de cette chose abjecte, le football sa fureur destructrice.  

Les hommes construisent trop de clôtures, et pas assez de ponts, de nos jours.  Comme au temps des conquêtes et des razzias, on a simplement remplacé les remparts, en pisé et roches taillées, par du béton armé. On avait cru que celui de Berlin était le dernier des temps modernes. Depuis sa chute en 1989 (déjà presque trente ans), combien de kilomètres n’a-t-on pas fait élever au-dessus des têtes pour empêcher les uns d’entrer dans une ville ou un pays, et empêcher les autres d’en sortir. Les murs, c’est ce que les hommes savent construire, depuis les antiquités. Et si ces murailles ne sont pas réelles, dans quelques lieux et sociétés, elles le sont dans les têtes. Elles le sont aussi dans les comportements, dans les écarts de langage, souvent, dans les silences.

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