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Chroniques

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Comme au temps des Aguellid



Syphax gouvernait les Berbères Massaïsyles à partir de sa capitale Siga (l’actuelle Béni-Saf), construite juste à l’embouchure de l’oued Tafna et la mer. De l’autre côté, tout à fait à l’est, Massinissa gouvernait sur les Massyles dans la Numidie orientale, et qui avait Cirta (Constantine) comme capitale, ville construite sur un rocher imprenable. Entre les deux rois, la rivalité persistait, pour la suprématie sur toute la Numidie. Durant de longues années, ils s’épieront, par l’espionnage et la flatterie. Par des combats et des traités de paix. Mais les deux hommes surent obliger les deux autres dynasties, carthaginoise et romaine, à les reconnaître en tant que royaumes au même titre que les leurs.  Syphax, le roi des Massaïsyles, sut regrouper autour de lui les Berbères numides. Son règne, tout au début, s’étalait de la Moulouya aux abords de Cirta. Soit toute la Numidie, occidentale et orientale. A cette époque, les terres étaient fertiles. Les tiges de blé et des autres céréales dépassaient les deux mètres de haut, disait-on. Les agriculteurs moissonnaient deux fois par an.  Et les récoltes étaient abondantes en tout genre de culture. Syphax fit de sa capitale un lieu d’abondance et de prospérité. Son nom se propagea au bout des épées et des bouches pleines de reconnaissances. Durant plusieurs années, de 216 à 203 av.-J.-C., soit plus de dix-huit ans, Syphax régna en maître sur la Numidie berbère, qui vécut tout au long de ce règne dans l’opulence et la richesse. Cette notoriété amena les Puniques de Carthage à solliciter son aide, et pour mieux sceller cette alliance, ils lui offrirent une belle femme de l’aristocratie, qu’il prit pour épouse. 

Mais la guerre entre Romains et Carthaginois, plus que jamais décisive, contraignit les frères Aguellid, Syphax et Massinissa, à s’affronter lorsque chacun d’eux choisit le camp adverse.  Mais Massinissa, fils de l’Aguellid Massyle, Gaïa, était un homme exceptionnel. Avec ruse et calcul politique, il fit pacte avec Scipion et les Romains pour contrecarrer les Massaïsyles et les Puniques de Carthage. Et ainsi, avec l’aide des Romains et leur puissance de guerre, il rentra triomphalement en 203 av.-J.-C. à Cirta, qui devint la capitale de son royaume. Et tous les peuples berbères, occupant les contrées entre Iol (Cherchell) et Tabarka, et puis après, jusque devant les portes de Siga, la capitale de Syphax, lui prêtèrent allégeance. C’était un grand Aguellid, s’il n’était pas le plus grand, disent les historiens. Par sa hargne de gouverner, il rendit son peuple indépendant des vassalités envers les Carthaginois et les Romains. 

Et jamais, disent les historiens, sauf peut-être au temps des dynasties almoravides ou almohades, les Berbères n’ont été aussi bien gouvernés et prospères qu’au temps de Massinissa. Le  géographe et historien Strabon, le Gréco-Romain, qui vécut entre 58 et 24 av.-J.-C., affirmait que, durant le règne de Massinissa, les Berbères  se sont civilisés par la sédentarisation et la maîtrise des techniques agricoles. Et en sédentarisant son peuple, Massinissa put lever l’impôt pour pouvoir constituer une armée régulière, envoyer des ambassadeurs et constituer une flotte maritime. Mais les Romains virent d’un mauvais œil leur allié prendre de la distance vis-à-vis d’eux, en ayant la mainmise sur un véritable royaume, avec une parfaite organisation d’un Etat stable. 

Et la plus grande œuvre de Massinissa, qu’avait commencée avant lui Syphax, était d’avoir donné à la terre numide toute son importance économique. Il créa la propriété agricole, encouragea la mise en valeur des terres, organisa le commerce et l’urbanisation. Avec ses quarante enfants, il domina la Numidie par de vastes domaines qu’il partagea entre ses fils. Il fit de Cirta une grande capitale. La dota de palais et de grands monuments. L’un de ses fils, Mastanabal, devint homme d’Etat et grand personnage de la Numidie berbère, avec une instruction grecque et romaine. L’aîné, Micipsa,  connut la gloire en Grèce hellénique. Des musiciens, des poètes, des chanteurs et des sculpteurs venaient à Cirta y rechercher la gloire et l’honneur par leurs œuvres ou leurs travaux. 

Malheureusement, cette stabilité n’était pas sans faille. Car les tribus nomades des hauts-plateaux, appelés Gétules, s’étaient rebellées contre l’ordre établi, mais surtout contre la volonté de sédentarisation que voulait accomplir Massinissa à tout prix. Et des guerres éclatèrent entre les Gétules et les sédentaires des villes.  

Ces guerres furent attisées par les Romains qui voyaient en l’ascension du royaume de Massinissa un véritable danger pour leur suprématie sur le pays berbère, surtout après sa fameuse proclamation :  « L’Afrique aux Africains ». Cet appel fit fédérer tous les Berbères autour de lui. Et pour bien asseoir son pouvoir, Massinissa comprit qu’il devait annexer les terres puniques et, surtout, faire tomber Carthage. Après plusieurs reconquêtes des territoires, qu’il considérait siennes, la vieillesse ne lui permit pas de réaliser son rêve final. Il était arrivé à un âge où les rênes commençaient à lui échapper des mains. On ne peut pas gouverner un peuple rebelle, dans un royaume entouré d’ennemis, à plus de quatre-vingts ans. 

Chargé d’ans, Massinissa, le vieil Aguellid, roi des Berbères, s’éteignit à l’âge de quatre-vingt-huit ans en l’an 148 av.-J.-C., laissant derrière lui l’un des plus prestigieux royaumes berbères…  algérien… 

On pourrait dire, et sans le moindre doute, que Massinissa avait légué à ses fils une Berbérie heureuse. A sa mort, la Numidie, de la Moulouya (région est du Maroc) à Tabarka (région ouest de la Tunisie), en passant par Siga, Cartennae, Césarée, Zucchabar, Galidae, Icosium, Saldae, Igilgili, Theveste, Madaure et, enfin, Cirta, vivait dans l’abondance, dans un pays unifié. Cités florissantes, villes et villages, champs de culture, vergers d’arbres fruitiers, oliveraies, vignobles à perte de vue, monnaie frappée, ports marins, garnisons de soldats, comptoirs commerciaux d’étrangers, ambassades et représentants de divers pays du monde formaient le pays qu’avait laissé Massinissa. 

Dès l’annonce de la mort de Massinissa, les Romains, par l’intermédiaire de Scipion Emilien, s’obstinèrent à partager le legs de Massinissa entre ses fils. La vraie raison de ce partage étant la dislocation du royaume de Massinissa pour le rendre faible et trouver le champ libre pour leurs desseins d’expansion.

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