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Agriculture

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Situation de l’agriculture en Algérie : Déficit alimentaire et mauvaise exploitation des ressources



L'Algérie doit faire face à une véritable menace qu’est sa sécurité alimentaire. Le risque ne semble pas être évalué à sa juste valeur puisque les dangers ne sont ni identifiés ni pris en charge.

Les menaces majeures qui intensifient le poids de la dépendance alimentaire de l’Algérie à plus de 65% des importations, sont au nombre de quatre, à savoir : une désertification menaçante et présente qui risque d'engloutir 30 millions d'hectares avec toutes ses conséquences sur le secteur agricole ; une diminution de la tranche pluviométrique moyenne de l’ordre de -30% avec des répercussions sur le développement de la production végétale ; une forte demande en produits alimentaires imposée par un accroissement important de la population ; une régression du ratio de surface agricole utile par habitant qui ne dépassera pas  0,75 ha avec tous les risques qui en découlent ; un taux d’importation de denrées alimentaires excessif estimé à 65% agissant sur le poids de l’Algérie dans la région et dans le monde et, enfin, une absence de stratégie d’intégration de l’agriculture comme moteur de l’industrie agroalimentaire.

Le suivi de l’actualité des marchés des produits alimentaires à travers le monde ne peut laisser indifférents la population, les élus et les gouvernants. L’augmentation significative des prix des principaux produits de consommation domestique constitue un danger stratégique pour l’Algérie dans le contexte géopolitique régional explosif. Cette bourse des produits alimentaires en croissance permanente aura, par temps de crise où les subventions des produits de première nécessité seront annulées un jour, des répercussions directes sur la classe pauvre et moyenne, soit plus de 35 millions de personnes.

Le cas de l’Algérie est plus complexe que celui des pays voisins qui ont su investir dans le secteur agricole et hydraulique et stabiliser la population rurale et son savoir- faire. Cette complexité découle directement du fait que l’Algérie importe à près de 60% la totalité des produits  consommés. Ce déficit inacceptable pour un pays à vocation agricole comme l’Algérie est un boulet économique à trainer encore pour longtemps puisqu’il est impossible de combler cet écart au regard du taux d’accroissement de la population, du réchauffement climatique, de la désertification et surtout de la chute du prix du pétrole.

Quand nos gouvernants n’ont pas pu atteindre l’autosuffisance alimentaire quand le baril était à 100 dollars, quelle stratégie maintenant qu’il est à peine à 45 dollars ?

Le poids des produits alimentaires pèse lourdement sur le budget national et représente plus de 11 milliards de dollars. Sur une superficie agricole totale de 40 millions d’hectares ; les 20 millions d’hectares pouvant être productifs à travers une ingénierie agricole adaptée ne permettent actuellement que 8,5 millions ; ces derniers ne sont exploités qu’à concurrence de 60% seulement.

Une agriculture retardataire

En 2015, l’agriculture algérienne pratique encore la jachère nue sur près de 3 millions d’hectares en moyenne annuellement ; ce qui se traduit par un manque à gagner évalué à plus de 30 millions de quintaux de céréales, soit 1,2 milliard de dollars.

La surface agricole utile (SAU) n’a pas connu d’augmentation puisqu’en 40 ans (entre 1965 et 2015) seuls 300 000 ha ont été mis en valeur et la SAU n’est que de 8,4 millions d’hectares, soit un ratio par habitant de seulement 0,20 ha/habitant alors qu’il était de 2,5 en 1970.

Ce qui est alarmant c’est que ce ratio ne sera que de 0,15 ha/habitant en 2020, intensifiant les importations de produits alimentaires. Le coût de ces importations stratégiques, mais pouvant en partie être produits localement, a connu une évolution inquiétante puisqu’elles sont passées de 3,5 milliards de dollars en 1980 à plus de 11 milliards USD en 2014.

Le problème réside dans l’application d’une agriculture politisée, traditionnelle, subventionnée à outrance et sans bilan technique ni financier. Les subventions accordées à ce secteur devraient, comparées avec un pays méditerranéen comme l’Espagne (proche du nôtre en matière de sol et de climat) permettre de répondre au moins à plus de 70% de nos besoins en alimentation. Ce qui n’est pas le cas quand on fait une analyse de la facture alimentaire importée depuis les années 1970 jusqu’à 2015.

La surface agricole utile a augmenté depuis les années soixante-dix à nos jours de seulement 1,3 million d’hectares alors que les terrains de pacages et de parcours ont diminué de 3 millions d’hectares. La surface agricole totale (SAT) a régressé de 1,8 million d’hectares, le développement de la SAU s’est fait au détriment des terrains de parcours ; une aberration indicatrice de sous-développement et d‘absence de stratégie. Les surfaces irriguées ont connu une augmentation de seulement 300 000 ha pour porter la superficie totale à 800 000 hectares sur des potentialités de plus de 2 millions d’hectares, chiffre dérisoire par rapport aux possibilités et aux besoins.

En outre, la superficie réellement irriguée fluctue entre 350 et 500 000 ha et reste confrontée à des contraintes agronomiques et environnementales sévères comme la salinisation, la mauvaise conduite de l’irrigation, une surconsommation d‘eau par rapport au rendement et la production en irrigué de spéculations non stratégiques comme le melon et la pastèque ou même la fraise et l’artichaut.

Par ailleurs, le secteur agricole a consommé en sept ans plus de 400 milliards de dinars soit 4,5 milliards de dollars sans résultats palpables sur le terrain, mis à part quelques exploitations exceptionnelles.

La part de l’agriculture dans le PIB oscille entre 5 et 8% et n’emploie que 2 millions de personnes, les saisonniers inclus ; malgré tous les pseudo investissements injectés. Les rendements restent très faibles, ceux des céréales sont en moyenne inférieurs à 10 qx/hectare alors qu’ils devaient avoisiner les 25 s’il y avait un suivi et une stratégie.

Le secteur agricole fixe des objectifs mais généralement très peu atteints, la cause principale étant la sécheresse. Un ministère qui ne prend pas en charge les aléas climatiques dans ses prévisions doit revoir sa copie.

Le ministère de l’Agriculture lors de la présentation du bilan du PNDRA depuis son lancement en 2000, mise pour 2015 sur la production de 80 millions de quintaux de blé, de 38 millions de quintaux de pomme de terre, de 1,38 million de quintaux d'huile d'olive et  de 1,9 milliard de litres de lait.

L’autre contrainte écologique de taille dans cette situation pouvant être qualifiée de préoccupante, ce sont les zones steppiques (dans les Hauts-Plateaux et l'ouest du pays) qui sont les plus menacées. Elles s’étendent sur près de 36 millions d'hectares, 20 millions d'hectares relevant du domaine de la steppe, très vulnérables à la désertification, les espèces steppiques naturelles ont régressé de plus de 60%. Ainsi, plus de 600 000 hectares sont désertifiés, 7 millions d'hectares relevant de la steppe sont sérieusement menacés par l'érosion éolienne ; alors qu’elles constituaient il y a trois décennies un espace de parcours avec une pratique d’un pastoralisme responsable et durable ce qui n’est pas le cas actuellement.

Une occupation du sol incohérente

L’espace agricole n’occupe que 8 millions d’hectares et le ratio par habitant régresse d’année en année et n’est plus que de 0,23 ha en 2010. En plus de cette contrainte de superficie, il y a lieu d’ajouter l’orographie où plus des 50% des terres les plus arrosées en Algérie, donc les plus propices à l’agriculture, ont une pente supérieure à 12 %. Dans de telles conditions, les sols sont agressés par l’érosion en l’absence de techniques de production appropriées.   Près de 85 % de la SAU sont situées en zones montagneuses telliennes dont 63 % avec une altitude moyenne de 800 m. Plus de 12 millions d’ha sont érodés, se traduisant annuellement par l'équivalent de 30 à 35.000 hectares de détruit. C'est entre 10 et 16 mètres cubes de terre qui sont distraits par hectare et par an. La superficie menacée par ce phénomène appartenant à l’espace agricole et forestier est estimée à plus de 13 millions d'hectares où 4 sont à un stade avancé de dégradation. Devant l’ampleur de ce phénomène érosif, en 30 ans seul 1 million d'hectares a été traité par les techniques de banquettes et de stabilisation biologique. L’occupation de la superficie agricole récapitulée dans le tableau 2 confirme la mauvaise exploitation de cet espace puisque les grandes cultures occupent plus de 51%, la jachère environ 40%, l’arboriculture seulement 6,5%, les cultures maraîchères et industrielles 3,25% et les prairies naturelles 0,30%. A cette contrainte d’exploitation des sols s’ajoute celle relative à la gestion de cet espace où les exploitations dont les superficies sont comprises entre 1 et 10 ha représentant plus de 70% et entravant toute modernisation permettant un accroissement des rendements. Quand à l'irrigation, l'ensemble des ressources totales mobilisables est évalué à 1,5 milliard de m3, ne permettant d'irriguer une superficie de quelque 600 000 hectares.

Occupation des sols dans la superficie agricole

Occupation du sol

Superficie en hectare

Pourcentage

Céréales

3.500.000

53,7

Jachère

1.500.000

18,7

Autres spéculations

1.000.000

12,5

Vergers arboricoles

900.000

11,3

Cultures fourragères

600.000

7,5

Maraîchages

300.000

3,7

Légumes secs

100.000

1,4

Vignoble

100.000

1,4

Total

8.000.000

100

 

Impact de l’urbanisation

Dans l’autre volet qui est aussi inquiétant et dramatique que la mauvaise gestion du secteur agricole, celui du poids de l’urbanisation sur l’agriculture. Le constat est très simple à faire puisque chaque année plus de 3000 ha de terres arables sont bétonnées dans un silence national. Malgré la réglementation en la matière les hauts responsables continuent à déroger et distraire des milliers d’hectares pour l’urbanisation sauvage. A titre d’exemple plus de 8000 ha ont été bétonnés entre 2005 et 2008 ; sur 22 wilayas, 9974 ha ont été distraits à l’agriculture pour l’urbanisation ou plutôt pour la construction de taudis modernes inadaptés à notre société. Entre 2012 et 2013 c’est 18000 ha qui ont été distraits au domaine agricole, depuis 2010 en utilisant la parade de la déclassification avec la complicité de tous les responsables ; 54 000 ha ont été déclassifiés dans 15 wilayas (un terme propre à l’Algérie en voie de sous-développement) dont 304 ha de forêt. Le comble de l’ironie dans un pays en voie de désertification, on urbanise même les forêts !

Une stratégie suicidaire qui accorde la priorité au logement au détriment de la sécurité alimentaire puisqu’en 2013 le montant global des importations de biens et services alimentaires dépasse les 10 milliards de dollars. De quoi s’inquiéter ? 70% de notre alimentation est importée quand notre SAU stagne depuis un demi-siècle à 8,2 millions d’ha ! En 2013, l’Algérie a importé 4,8 millions de tonnes de céréales alors que se succèdent depuis l’indépendance les programmes de développement agricole sans aucune évaluation si ce n’est le recours aux importations.

Depuis l’indépendance seuls 350 000 ha ont été mis en valeur alors que 160 000 ha ont été transformés en ghettos. Entre 1970 et 1976 c’est plus de 30 000 ha qui ont été amputés aux terres agricoles, une ressource naturelle rare que l’homme est incapable de produire. Pour uniquement la Mitidja c’est plus 7000 ha qui ont été distraits à la surface agricole utile entre 1965 et 2010. Skikda n’a pas échappé à l’hécatombe puisque plus de 4000 ha ont subi le même sort et la liste est longue et concerne plus de 30 wilayas.

Les espaces urbains ont connu une augmentation remarquable depuis les années 1970. A titre d’exemple, la superficie de la ville d'Oran est actuellement de l’ordre de 10 500 ha contre seulement 2600 en 1960. Sa superficie a été multipliée par quatre ; la majorité des extensions s’est faite sur les zones agricoles et forestières avec respectivement  7243 ha et 243 ha.

La ville de Tlemcen a connu également des extensions importantes, sa superficie a été multiplié par huit, de 308 ha en 1960 à 2500 ha  en 2009 ; l’espace urbain a détruit 1500 ha de terres agricoles et 650 ha de terres forestières.

En 1962 le ratio de surface agricole utile par habitant était de 0,75 ha et il n’est que de 0,25 ha en 2000 et il ne sera à ce rythme que de 0,17 en 2020 et continuera de diminuer alors que les investissements augmentent dans le domaine agricole.

Devant cette situation pouvant être qualifiée de catastrophique et mettant l’Algérie dans une position de faiblesse en l’absence de sécurité alimentaire, les instructions d’allégement des dossiers de distraction des terres agricoles sont signées comme celle du Premier ministre du 19 avril 2010, l’instruction interministérielle du 23 mars 2011 et celle du 12 mai 2013. Pourtant la loi sur l’orientation agricole prévoit des sanctions sévères contre toute personne qui utilise les terres fertiles à d’autres fins que l’activité agricole. Pour confirmer l’impunité qui règne dans ce secteur il n’y a qu’à évaluer l’érosion des terres agricoles dans les plaines d’Oran, de Sidi Bel Abbes, de Chlef, de Blida, et dans toutes les wilayas.

Apport de l’aménagement du territoire

Le monde développé travaille actuellement sur la préservation des ressources naturelles à travers l’utilisation d’indicateurs écologiques avec les outils d’évaluation Etat-pression-Réponse dans le but de pérenniser le fonctionnement des écosystèmes agraires et hydriques. Cette stratégie repose sur le territoire qui constitue avec le paysage les éléments clés du développement durable et soutenable.

Le premier indicateur devant servir de référentiel reste l’aménagement du territoire qui devrait être un outil incontournable pour évaluer le développement selon les principes qu’il fixe. Pour atteindre cet objectif, seul un aménagement du territoire basé sur des entités naturelles issues de la géographie physique et humaine, des paramètres écologiques, de l’écologie du paysage et des savoir-faire locaux (terroirs) permet d’avoir une stratégie de gestion durable des ressources fondamentales que sont le sol, l’eau et le végétal. Notre pays est découpé en régions hasardeuses ne reposant sur aucun concept ou approche pragmatique et classique.

Le développement du monde agricole ne peut se faire sans la prise en charge du territoire rural, donc la «territorialisation» et la « gestion locale» des ressources et des activités agricoles et non agricoles sont incontournables. Les problèmes de développement et de promotion d'activités économiques viables et durables ne peuvent être concrétisés que dans une optique d’aménagement du territoire. La zone rurale devient un «territoire» à partir duquel se déclencherait un processus de développement local. Cet espace constitue un cadre naturel où se croisent les aspects géographique, social, écologique, anthropique et économique. Cet élément impose aux habitants de s’associer et de définir ensemble le cadre utile pour le développement de leur zone. Les acteurs locaux avec leur savoir-faire deviennent une force du «local» permettant de réussir les programmes initiés avec leur collaboration.

La politique d’aménagement du territoire initiée par l’Algérie est assez particulière puisque le découpage en régions ignore totalement tous les aspects géographique, écologique et anthropique. Il est nécessaire tout d’abord de prendre conscience que le monde rural algérien est un vaste espace géographique et humain en crise. Ce vaste espace est complexe et ses problèmes sont autrement plus complexes et autrement plus diversifiés. Face à la crise de ce milieu, un découpage éco- géographique s’impose pour identifier des entités homogènes et évaluer leurs potentialités.

La région n’est pas une délimitation de zones. La diversité géographique et la complexité des problèmes, des contraintes et des besoins incitent à mettre en place une démarche cohérente de développement équilibré et harmonieux qui ne peut être axée que sur le territoire. Ce qui malheureusement n’est pas le cas dans l’aménagement du territoire adopté en Algérie et qui ignore totalement la notion de territoire. Autrement, comment accepter qu’actuellement le pays soit divisé en 8 régions aussi obsolètes les unes que les autres puisque ne reposant sur aucune méthode avérée.

Toute la contrainte réside dans une méconnaissance des caractéristiques écologiques des espaces qui doivent constituer le premier levier référentiel en matière de prévention des risques majeurs. Ce n’est qu’à cette condition qu’il sera possible d’exploiter rationnellement et utilement les données qu’il recèle pour mettre en place un plan de veille des dangers, source de risques majeurs. La cause principale de cette carence qui est assimilable à un aléa, se trouve dans un découpage assez grossier et inefficace du territoire et une exclusion de l’approche géographique pourtant incontournable. L’Algérie est divisée en seulement 8 régions, ce qui est aberrant et incompréhensible puisque les volets de géographie physique, humaine et des paramètres écologiques ont été exclus.

L’aménagement du territoire reste assez politisé actuellement pour servir de base de gestion durable des espaces et leur protection contre les risques tant que l’entité de gestion repose sur des limites administratives articulée autour d’une centralisation de la prise de décision à un niveau national. Ainsi toute politique de développement du secteur agricole se trouve confrontée à une mauvaise définition des territoires et donc de leur exploitation rationnelle et durable.

Urgence d’un sursaut national

La côte de dépendance alimentaire en Algérie exige un sursaut national en matière d’abord d’aménagement du territoire pour identifier, délimiter et évaluer les potentialités de chaque territoire. Cette phase est primordiale pour arrêter une stratégie d’exploitation durable des espaces à travers leurs ressources que sont le sol, l’eau, le paysage et l’Homme.

En matière de dégradation des ressources naturelles, tous les indicateurs sont au rouge et exigent une nouvelle approche axée sur le découpage écologique et la détermination de la vocation de chaque espace dans le but de le protéger de l’urbanisation et des mauvaises utilisations.

L’enjeu le plus important pour diminuer la dépendance alimentaire des importations réside dans la mobilisation effective et non politique des compétences dans le domaine afin d’arrêter tout d’abord la dérive de dégradation des ressources naturelles et de l’utilisation des deniers de l’Etat à des programmes voués d’avance à l’échec.

Prioriser tous les processus de préservation et de valorisation locale des ressources naturelles (en particulier les ressources en sol et en eau), ainsi que des actions de réhabilitation des infrastructures utiles dans le cadre d’une politique audacieuse de développement rural durable.

La « gestion des terroirs » consiste à raisonner et à agir au niveau d’un espace bien défini correspondant à une entité géo-écologique disposant des mêmes potentialités et donc de caractéristiques.  Ainsi, il sera possible de mettre en évidence les rapports entre les différents facteurs agissant sur l’amélioration de la production agricole.                          K. Benabdeli

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