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Agriculture

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Agropoles et clusters dans l’agroalimentaire en Algérie



Parvenir à une véritable synergie des différents partenaires sur le terrain pour renforcer la compétitivité des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire est très essentiel à l’économie nationale qui demeure tributaire d’une volonté politique qui doit s’exécuter sur le terrain et non prisonnière des recommandations de fin de séminaires. 

La sécurité alimentaire, un enjeu stratégique

En Algérie, il existe principalement deux pôles actifs : le cluster boisson de la Soummam et le pôle agro- industriel intégré (PAI) dédié à la filière lait à Sétif, initié en 2012 par le ministère de l’Agriculture, avec l’appui de la Banque mondiale. «La mise en place d’organisations collectives en réseau est une construction délicate et difficile, qui rencontre un grand nombre d’obstacles ; les risques d’échec sont très élevés et plusieurs projets n’ont jamais atteint leur maturité», a estimé l’expert Bencharif lors d’une rencontre maghrébine consacrée à ce thème à Mascara en 2017. Et pourtant, en assistant personnellement en septembre 2017 à la cérémonie de lancement officiel  de l’agropole  de compétitivité de la Mitidja , M. Youcef Yousfi, le ministère de l’Industrie et des Mines, avait déclaré que «le projet a trois objectifs : rapprocher les entreprise, les transformateurs, les industriels avec les producteurs et également les centres de recherche et  l’université»

Ce pôle figure parmi les objectifs du jumelage institutionnel entre l’Algérie et l’Union européenne, et s’inscrit dans le  programme d’appui à la mise en œuvre de l’Accord d’association, visant à appuyer dans sa stratégie l’innovation industrielle. L’objectif essentiel consiste à prendre en charge divers projets agro-industriels structurants, depuis  la phase de production agricole et la fabrication des agrofournitures  (pesticides, fertilisants, matériel d’irrigation…), en passant par la transformation des produits alimentaires, jusqu’aux industries de support (emballage, froid, conditionnement des fruits et légumes). En fait, il doit attirer tout projet agricole  en amont et en aval de la sphère de production et la promotion des produits  jusqu’à la destination finale de ces derniers.

 

Qu’en est-il sur le terrain ?

Vraisemblablement, plusieurs tentatives de lancement de pôles agroalimentaires et autres clusters spécialisés  ont été opérées par le passé qui, malheureusement, n’a pas été couronnées de succès. Sur la méthode, les acteurs de la sphère économique agricole se rencontrent lors des conférences et des rencontres techniques  sans pour autant aboutir à des résultats probants sur le terrain. 

L’exemple le plus évident est celui du pole agrumicole de la Mitidja dont il a été question en 2014 lors d’un séminaire tenu à Blida. Depuis, aucune initiative dans le sens de la mise en œuvre des propositions  n’a émergé, ni de la part des responsables de l’agriculture locale ni des agriculteurs producteurs d’agrumes ; du coup, on est resté au stade des recommandations. En dépit de tous les atouts naturels (verger agrumicole d’excellence), infrastructures de stockage et de transport adéquates, expérience humaine dans la conduite des cultures d’agrumes, il n’en demeure pas moins que la volonté collective de faire de cette région une zone pilote pour les autres filières agricoles, n’a pas accompagné cette bonne idée de développer ce genre d’activités qui sont susceptibles de mettre en valeur toutes les richesses de la région.

Ainsi, si on revient à la récente sortie de M. Yousfi Youcef, ministre de l’Industrie  dans la région de Blida, on est en droit de se demander s’il n’y a pas un risque de renouvellement de cette histoire de création d’agropoles ? 

En retenant l’option de lancement du futur  pôle dans le domaine de l’agroalimentaire et plus, en portant le choix sur la Mitidja pour servir de test pilote, allons-nous vraiment réaliser ce projet ? C’est la question pertinente que  se posent fréquemment les analystes  de l’activité agricole et agroalimentaire en Algérie. Dans son intervention en présence  de quelque  200 participants relevant du monde de la recherche, de la formation et de l’industrie agroalimentaire, le ministre de l’Industrie et des Mines, avait fait savoir qu’il s’agit là d’un nouveau souffle pour cette «jeune industrie». Pour le ministre, le choix de Blida n’est pas fortuit, puisqu’elle est considérée comme étant la région «la plus dynamique et la plus prometteuse en agroalimentaire». 

En ajoutant : que «L’Algérie dispose aujourd’hui des atouts nécessaires pour accélérer ce processus et créer des pôles dans plusieurs secteurs industriels. Son parc industriel s’enrichit, sa main-d’œuvre est de plus en plus expérimentée, il y a une énergie à faible coût et abondante, une demande interne forte et une opportunité d’exportation.» Le ministre a rappelé que 23 000 entreprises au niveau national activent dans l’agroalimentaire, qui constitue la moitié de la production nationale de l’industrie en dehors des hydrocarbures, mais l’Algérie reste toujours en dessous de l’autosuffisance. L’Etat est déterminé à apporter toute son aide et répondre à toutes les initiatives pour dynamiser cette filière qui repose sur la transformation, la conservation, le traitement, le conditionnement et l’exportation. Pour la tutelle de l’industrie, un autre atout vient s’ajouter aux immenses richesses naturelles et minières non encore ou peu exploitées dont dispose l’Algérie, notamment le phosphate, le fer, le plomb-zinc, l’or, et d’autres matières utiles à l’industrie, comme la baryte, la bentonite, le kieselguhr, les pierres décoratives… auxquels des partenaires sont déjà intéressés par leur exploration.

 

Les goulots d’étranglement

Mettre en place toute organisation aussi complexe que celle d’agropole n’est pas une mince affaire. L’expérience doit  venir de tous les pays qui nous ont devancé dans ce domaine, il existe une structure de type publique ou privée qui est spécialisée dans l’aménagement des agropoles ; en fait, c’est un agro-aménageur de zones- industrielles. Celle-ci  est présente sur toute la chaîne de valeur agricole: des projets de la conception à la gestion en passant par l’aménagement et le développement de zones d’activités. 

Elles sont aussi dotées de structures d’accompagnement, pour offrir des services de laboratoire, d’analyse et de contrôle sanitaire, ainsi que des services de contrôle des exportations, en plus des activités de formation et de recherche et de développement. Par ailleurs, elle assure l’installation de groupes industriels nationaux et étrangers, tout en  développant parallèlement  de projets innovants, à forte valeur ajoutée. Au grand regret, l’Algérie n’a pas de structures de ce genre  pour accompagner la mise en place d’un agropole, du moins, une stratégie sectorielle dans cette optique. 

Pour la leçon à retenir, force est de constater que l’Algérie accuse  des retards importants qu’il est urgent de rattraper. Il est vrai que, sur le plan de la communication, il faut reconnaitre que les institutions étatiques du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche ont déployé de gros efforts pour faire passer le message autour de ces projets. Néanmoins, on s’interroge sur les résultats de toute cette campagne de communication qui n’apporte pas ses fruits. A qui incombe la faute, aux investisseurs, aux agriculteurs à l’environnement… ? 

Et la coopération dans tout ça puisqu’elle figure parmi les objectifs du jumelage institutionnel entre l’Algérie et l’Union européenne dans le cadre du programme d’appui à la mise en œuvre de l’accord d’association (P3A). Cependant, l’enjeu est de taille et nécessite une mobilisation de moyens colossaux, qu’ils soient financiers, matériels, techniques, technologique ou bien par rapport à la ressource humaine, le tout pour mettre œuvre une politique et une stratégie qui n’ont cessé d’évoluer en fonction des conjonctures.

 

L’implication de tous est recommandée

Du PNDA (plan national de développement agricole) prôné dès le début des années 2 000 à ce jour, en passant le PNDR (plan national de développement rural), le PNDAR (plan national de développement agricole et rural), le PRAR (le plan du renouveau agricole et rural) et Filaha 2019, l’agriculture algérienne ne cesse de chercher son chemin. Les chambres de l’agriculture, l’interprofession et les associations professionnelles sont appelées à s’impliquer pleinement pour jouer un rôle prépondérant non seulement dans l’acte de production mais dans la mise en synergie des moyens et des compétences pour préserver leurs intérêts et ceux des consommateurs. Sans compter la régulation d’un marché, souvent soumis à des perturbations et aux contrecoups des spéculateurs de tout bord. 

Le secteur, appelé à connaître un plus grand essor, aura besoin d’un accompagnement conséquent en matière de financements qu’il faudra mobiliser davantage à travers les institutions et établissements bancaires, mais aussi par le biais d’autres secteurs (bâtiment, industrie, immobilier, services, …) qui s’orientent davantage vers le secteur agricole. Nous le constatons chaque jour avec la mise en place de projets structurants des opérateurs économiques nationaux publics et privés (Groupe COSIDER, Groupe Sahraoui, Groupe ETRHB, Groupe Ramy, Groupe CONDOR, Tifralait, Lacheb, et bien d’autres). Ces opérateurs, s’ils sont bien accompagnés, peuvent devenir les nouveaux leaders du secteur et la locomotive de l’économie agricole et agroalimentaire.

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