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Agriculture

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Le monde suffoque à cause des dérèglements climatiques



Le monde va mal et même très mal à cause des bouleversements  climatiques. Et pour cause, les gaz contribuant au réchauffement de la planète ont atteint des niveaux record partout dans le monde en 2017, une année marquée par des températures anormalement élevées et une fonte des glaces sans précédent dans l'Arctique, selon un document de référence publié récemment. Ce dernier comprend 300 pages, compilé par plus de 450 scientifiques originaires d'une soixantaine de pays, emploie le mot "anormal" plus d'une douzaine de fois pour décrire des tempêtes, des sécheresses, les températures élevées ou encore la fonte record de la glace dans l'Arctique en 2017.

La faute au lobby agroalimentaire

Cependant les géants de l’industrie, toutes activités confondues, ne sont pas les seuls à blâmer car il existe une autre catégorie d’industriels qui, de par leur production, contribuent grandement au désastre environnemental actuel. Dans le domaine de la production agricole et notamment les grandes entreprises du secteur de la viande et des produits laitiers, les scientifiques leur reprochent leur grande responsabilité dans le réchauffement de notre planète. Force est de constater que dans quelques années à venir, les champions de l’agrobusiness internationale sont  capables  de supplanter Exxon Mobil, Shell ou BP et devenir les plus grands pollueurs climatiques du monde. À l'heure où la planète doit réduire considérablement ses émissions de gaz à effet de serre (GES), ces géants mondiaux des protéines animales tirent la consommation vers le haut en augmentant la production et les exportations.

 

Un rapport explosif

Un récent  rapport  intitulé  “Émissions impossibles : comment la viande et les produits laitiers réchauffent notre planète”, a été rédigé par des chercheurs de l’Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP), un organisme de recherche et de défense des intérêts à but non lucratif qui fait la promotion de systèmes alimentaires, agricoles et commerciaux durables et de l’ONG Grain, basée en Espagne, qui a reçu le prix Nobel alternatif en 2011.Cette nouvelle étude de GRAIN et de l'IATP analyse les faits et présente des conclusions très alarmantes, il s’agit notamment de :

- Ensemble, les cinq plus grandes entreprises de production de viande et de produits laitiers dans le monde sont maintenant responsables de plus d'émissions annuelles de gaz à effet de serre qu'Exxon Mobil, Shell ou BP.

- D'ici 2050, nous devons réduire les émissions mondiales de 38 milliards de tonnes pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius (°C). Si tous les autres secteurs s'engagent sur cette voie tandis que la croissance de l'industrie de la viande et des produits laitiers continue comme prévu, le secteur de l'élevage pourrait absorber jusqu'à 80 % du budget de GES autorisé en seulement 32 ans.

- La plupart des 35 principaux géants mondiaux de la viande et des produits laitiers ne déclarent pas leurs émissions ou les sous-déclarent. Seulement, quatre d'entre eux fournissent des estimations d'émissions complètes et crédibles.

- Quatorze de ces 35 entreprises ont annoncé des objectifs de réduction des émissions. Parmi celles-ci, seulement six ont des objectifs qui intègrent les émissions de la chaîne d'approvisionnement. Pourtant, ces émissions peuvent représenter jusqu'à 90 % du total des émissions. Les six entreprises qui s'engagent à réduire les émissions de la chaîne d'approvisionnement encouragent simultanément la croissance de la production et des exportations, entraînant ainsi une augmentation de leurs émissions globales indépendamment de leurs intentions de réduire les émissions par kilo de lait ou de viande produite.

Les rédacteurs de ces études scientifiques et techniques ont centralisé leurs recherches  sur les plus grands acteurs de l'industrie de la viande et des produits laitiers. L’enjeu est considérable : en l'absence d'une réduction drastique de leurs émissions de GES, le monde risque d’avoir du mal à éviter le changement climatique catastrophique. Non seulement ces entreprises ont une empreinte climatique énorme comparable aux grandes entreprises de combustibles fossiles  mais elles dominent la production de viande et de produits laitiers dans les parties du monde où l'on trouve à la fois une production excédentaire et des niveaux élevés de surconsommation de viande et de produits laitiers. C’est dans ces régions du monde que de fortes réductions des émissions provenant de la production de viande et de produits laitiers sont les plus nécessaires. Cela concerne aussi les exportations qui poussent à la surconsommation parmi les classes moyennes et supérieures les plus aisées des pays en développement.

Les émissions des cinq premières entreprises de la viande et des produits laitiers réunies sont supérieures à celles d’Exxon Mobil, Shell ou BP. Tout compte fait, ces grosses cylindrées de l’agro-industrie mondiale cachent bien leur mauvais jeu. Cependant, en l'absence de données complètes et transparentes en provenance des plus grandes entreprises, GRAIN et l'IATP ont fait des calculs approximatifs des émissions des branches de production de viande et de produits laitiers de ces entreprises. Les experts ont utilisé une nouvelle méthodologie de calcul des émissions et des données régionales sur les émissions de la production de viande développées par la FAO, appelée GLEAM (Global Livestock Environmental Assessment Model), combinée avec des données d'entreprises disponibles publiquement sur les volumes de production. Les chiffres sont stupéfiants. Les émissions des cinq premières entreprises réunies sont équivalentes à celles d'Exxon Mobil et nettement supérieures à celles de Shell ou de BP. À eux seuls, les 20 principaux émetteurs de l'industrie de la viande et des produits laitiers produisent plus d'émissions que beaucoup de pays de l'OCDE. 

 

L'empreinte climatique des géants de la viande et des produits laitiers

 A la différence de leurs homologues du secteur de l'énergie, les grandes entreprises du secteur de la viande et des produits laitiers ont jusqu'ici échappé à un examen public approfondi de leur contribution au changement climatique. Cette situation pourrait notamment s'expliquer par le manque d'informations publiques sur l'ampleur de l'empreinte de leurs GES. GRAIN et l'IATP ont examiné les efforts déployés par les 35 plus grandes entreprises mondiales de production de bœuf, de porc, de volaille et de produits laitiers pour quantifier leurs émissions de GES [11]. Nous avons constaté que les données publiquement accessibles sur les émissions étaient incomplètes, qu'il n'était pas possible d'établir des comparaisons entre les entreprises ou les années et que, dans la majorité des cas, ces données n'existent tout simplement pas (Figure 9). Seules quatre entreprises, NH Foods (Japon), Nestlé (Suisse), Friesland Campina (Pays-Bas) et Danone (France) fournissent des estimations d'émissions complètes et crédibles. Cependant, dans les circonstances actuelles, même ces quatre sociétés ne sont pas obligées de réduire ces émissions.

La plupart des entreprises qui déclarent des émissions, les ont considérablement sous-déclarées et n'ont pas pris en compte la plupart des émissions de leur chaîne d'approvisionnement dans leurs calculs. Ces émissions de la chaîne d'approvisionnement, qui englobent tout, de la production des aliments pour animaux au méthane rejeté par les bovins, représentent généralement entre 80 et 90 % des émissions de la viande et des produits laitiers.[12] Cependant, les grandes entreprises de production de viande et de produits laitiers ont une responsabilité particulière concernant l'intégration des émissions en amont de leurs produits dans leur comptabilité. En tant qu'entreprises très intégrées verticalement, elles exercent un contrôle important et souvent direct sur leurs chaînes d'approvisionnement, où interviennent la plupart des émissions liées à leurs produits, notamment les parcs d'engraissement et de transformation, les systèmes d'agriculture contractuelle et les unités de production d'alimentation animale. Il est donc essentiel que les grandes entreprises du secteur de la viande et des produits laitiers soient directement responsabilisées par rapport aux émissions de la chaîne d'approvisionnement en amont et ne puissent faire porter la responsabilité (et les coûts) à leurs fournisseurs ou au public.

 

États-Unis et Canada, grande part de  responsabilité dans les  émissions mondiales

Les principaux responsables sont les grandes régions exportatrices de viande et de produits laitiers : les États-Unis et le Canada ; l'Union européenne (UE) ; le Brésil et l'Argentine; l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Ces régions, que JBS appelle les régions «excédentaires en protéines», ont une production excédentaire et une consommation élevée de viande et de produits laitiers par habitant. Ces pays représentent 43 % des émissions mondiales totales provenant de la production de viande et de produits laitiers, même s'ils ne représentent que 15 % de la population mondiale. Ce sont aussi les pays où la plupart des grandes entreprises de viande et de produits laitiers sont implantées. Un autre pays clé est la Chine, dont les émissions nationales sont maintenant les plus élevées pour la production de la viande et des produits laitiers dans la mesure où la consommation par habitant a progressé de façon exponentielle au cours des deux dernières décennies, tout comme les importations depuis les pays excédentaires en protéines et la concentration de la production nationale entre les mains d'un petit nombre de très grandes entreprises. L'Inde est un autre pays important en termes d'émissions du fait de la croissance rapide de son secteur laitier. Mais ses émissions globales par habitant pour la production de la viande et des produits laitiers restent relativement faibles par rapport à celles des pays excédentaires en protéines ; la situation se complique si l’on tient compte des multiples rôles que les vaches et les buffles jouent pour les familles indiennes.

 

le lobby agroalimentaire et le climat 

Il est difficile de surestimer l'omniprésence des grands producteurs de viande et de produits laitiers dans les cercles politiques gouvernementaux et, par conséquent, leur influence sur les politiques liées à l'agriculture et au changement climatique. Aux États-Unis, par exemple, les hauts responsables désignés par le président Trump pour traiter du changement climatique, le Secrétaire d'État à l'Agriculture (Sonny Perdue) et l’alors dirigeant de l'Agence de protection de l'environnement (Scott Pruitt), ont des positions climato-sceptiques et sont étroitement liés au lobby agroalimentaire. Dans le même temps, l'accession du Secrétaire à l'Agriculture du président Obama, Tom Visack, à son poste actuel de PDG du lobby des exportations laitières américaines, illustre les fréquents allers-retours qui existent entre le gouvernement et l'industrie agroalimentaire. Au Brésil, le ministre de l'Agriculture, Blairo Maggi, est l'un des plus grands producteurs d'aliments pour bétail du pays et il a un intérêt commercial personnel dans le développement de l'industrie de la viande et des produits laitiers au Brésil. L'année dernière, il a publiquement déconseillé à la FAO de recommander des réductions de la consommation de viande à cause du changement climatique.

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