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Agriculture

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Interview avec Mahnane Said, céréaliculteur eac dehal beni fodda (SETIF)



Fervent défenseur de la pratique de l’agriculture de conservation communément connue sous l’appellation de «Semis Direct et Techniques Culturales Simplifiées», Said  Mahnane  est, depuis quelques années, pour la promotion des techniques plus respectueuses du travail du sol, par la mise en place d’essais grandeur nature en station ITGC, chez les agriculteurs et les fermes pilotes. Toutefois, il nous livre dans cet entretien sa vision de la pratique de la céréaliculture, de ses contraintes et des potentialités qui ne demandent qu’à être valorisées.

«Les potentialités de nos variétés sont très mal valorisées»

Depuis combien d'années pratiquez-vous la céréaliculture, sinon quelles sont vos autres activités agricoles ?

Saïd Mahnane : Je pratique la céréaliculture depuis 23 ans. Avant de devenir agriculteur, j’ai eu l’opportunité d’enseigner avant d’exercer dans le cadre d’un secteur de développement agricole, où j’avais pour mission l’organisation et l’appui à la production végétale des unités de production du secteur public (les ex-DAS). Parallèlement à l’activité d’agriculteur, je milite dans le cadre d’une association locale «Trait d’Union Pour une Agriculture Moderne» -ATU.PAM de la wilaya de Sétif qui ambitionne d’apporter sa pierre à l’édifice du développement agricole dans le cadre du renouveau de l’économie agricole et rural.

 

Selon votre expérience dans le domaine de la céréaliculture, que pensez-vous du niveau technique de nos producteurs de céréales en Algérie ?

Apportez un jugement sur le niveau technique des producteurs (et j’en suis un) serait prétentieux de ma part. Cependant, on peut apporter un jugement objectif sur le niveau des exploitations qui reste à parfaire. En effet, les résultats atteints en matière de production sont en deçà du potentiel naturel existant, à titre d’exemple les rendements de nos céréales sont encore loin du potentiel que peuvent exprimer nos variétés. Il reste une grande marge de progrès à exploiter et cela va dépendre du savoir et du savoir-faire des producteurs ; et c’est à ce niveau que nous pouvons apporter une appréciation sur le niveau technique des producteurs.

A mon humble avis, il y a trois niveaux. Le premier où se trouvent les actuels leaders avec une maîtrise relative du système de production céréalier, le second est constitué de producteurs animés d’une volonté de faire aussi bien que les premiers et le troisième et dernier niveau où se trouvent les producteurs ne disposant pas de notion technique de base. A retenir que pour chacun des trois niveaux, les producteurs doivent déployer des efforts constants pour améliorer leur savoir-faire et espérer atteindre les niveaux recherchés. Pour le troisième niveau, une action de sensibilisation (par des apports techniques simples, exemple désherbage-fertilisation)  est à mener afin de permettre aux producteurs de prendre conscience de l’énorme potentiel dont ils disposent. Il reste évident que cette classification peut être différente d’une région à une autre.

 

Comment se présentent les relations de travail entre les institutions techniques (instituts) et les producteurs, sont-elles satisfaisantes, sinon comment les améliorer ?

Les relations de travail entre institutions techniques et les producteurs sont loin d’être satisfaisantes, si on les compare à ce qu’elles doivent être. Elles se caractérisent par la relation individu-Institution par le biais de personnes ressources et selon la conjoncture du moment (exemple, la mise en place d’une politique de soutien, la dynamisation d’une filière, le développement d’une région, ou une problématique exprimée par un ou plusieurs producteurs…). Pour les améliorer, une première condition doit être remplie. Les producteurs doivent impérativement s’organiser en entités  professionnelles porteuses de projets exprimant une problématique de production concrète et réaliste, qui s’inscrit dans une démarche de progrès effectif.

C’est à cette seule condition que les relations institutions-producteurs pourront se dynamiser et évoluer dans le seul souci de produire mieux et plus. Pour une prise en charge réelle des contraintes de production, les  pouvoirs publics ont à charge de mettre à la disposition des producteurs et institutions techniques une législation juridique qui encourage l’initiative privée et collective dans un climat de concertation. C’est donc dans ce climat que ces relations seront appelées à évoluer au seul profit du secteur agricole dans son ensemble.

 

Certains opérateurs privés de la semence et des produits phytosanitaires vous accompagnent durant toute la campagne agricole en vous prodiguant conseils et recommandations techniques, quelle est votre appréciation de cette assistance technique?

Mon appréciation varie d’un opérateur à un autre. Sur le marché des intrants vous avez des opérateurs qui mettent de l’avant le souci de faire du développement afin de mieux vendre leur produit. Dans cette approche (lente mais porteuse de fruits) et, selon le type de producteur, ce dernier arrive à entreprendre des actions d’amélioration de son niveau de progression. Je peux citer le cas de la prise en charge des maladies des céréales et le cas du développement de la lentille dans la région d’Aïn Smara Constantine. Dans cette démarche, l’opérateur économique cherche à aider le producteur à améliorer sa situation économique afin de le fidéliser, en essayant de mettre à sa disposition des compétences locales et étrangères dans la cadre de regroupement régional voire national tout en proposant des solutions.

C’est ainsi qu’ils prennent en charge les contraintes techniques de production des agriculteurs en dépêchant leurs techniciens sur le terrain. Mais malheureusement, ce type d’opérateurs ne dispose pas de moyens humains et matériels suffisants pour assurer la couverture de leur zone d’action et de donner plus d’envergure à leur action. A mon humble avis, ce type d’opérateurs mérite une attention toute particulière, en lui accordant, à titre exemple, certains avantages fiscaux. La seconde catégorie privilégie l’aspect commercial avec un appui technique succinct en s’appuyant sur le réseau de distribution existant, constitué essentiellement de revendeurs locaux et sur des notices techniques des produits commercialisés. Ils leur arrivent d’organiser des rencontres dites «techniques», qui restent dominées par un souci de marketing.

 

Pouvez-vous me brosser un bref aperçu de votre association «Trait d‘Union -  pour une agriculture moderne» de la wilaya de Sétif ?

L’Association «Trait d’Union Pour une Agriculture Moderne» de la Wilaya de Sétif -(ATU.PAM) est une association de la société civile, à caractère scientifique cherchant l’utilité collective et l’utilité publique. Elle est régie par la loi 31-90 du 04.12.1990.L’association est née suite à un besoin exprimé par un groupe d’agriculteurs, d’ingénieurs et de chercheurs de collaborer ensemble, sur la base d’une approche participative pour améliorer la production agricole. Elle a été instituée en date du 17 septembre 2005, suite à la tenue de la première assemblée constitutive. Elle fait partie d’un Réseau méditerranéen (RCM) animé par Fert-France. Elle a établi des conventions avec l’INRAA, l’ITGC, le HCDS et Fert-France pour développer l’Agriculture de Conservation (AC).Corps ATU.PAM : L’assemblée générale (AG) est constituée de 64 membres (agriculteurs, chercheurs, enseignants universitaires, techniciens et cadres du secteur de l’agriculture). Elle se réunit deux fois par an. Le bureau composé de 9 membres élus, dont un président.

-Un comité scientifique.

-Une cellule de veille et d’écoute.

-Le souci de celle-ci est la promotion des voies et moyens pour la pratique d’une agriculture durable et viable, avec l’agriculteur, chez l’agriculteur et pour l’agriculteur. Elle est l’expression d’un besoin clairement senti et défini par les chercheurs et producteurs de la région de Sétif.

 

Quels sont ses objectifs ?

Les objectifs de développement de l’ATU.PAM sont :

-l’encouragement de la recherche participative ;

-la participation à la diffusion des résultats de la recherche en milieu producteur ;

-la participation des agriculteurs à l’orientation de la recherche ;

-l’introduction des techniques nouvelles avec la mise en place d’un réseau de chercheurs-agriculteurs, le développement de l’agriculture de conservation et les échanges d’idées, d’expériences et de moyens avec les organisations nationales et internationales. De ces objectifs, l’association s’est investie à développer la pratique de l’agriculture de conservation communément connue sous l’appellation de «Semis Direct et Techniques Culturales Simplifiées». Il s’agit de promouvoir des techniques plus respectueuses du travail du sol, par la mise en place d’essais grandeur nature en station ITGC, chez les agriculteurs et les fermes pilotes. En organisant aussi, des Journées nationales autour de thèmes liés à l’AC. En mai 2O10 ATU.PAM en collaboration avec l’INRAA, l’ITGC et Fert a organisé les les Rencontres méditerranéennes sur le semis direct. L’approche «Agriculture de Conservation» est en train de faire son petit bonhomme de chemin dans notre pays, où près de 5000 ha ont été recensés. Nous sommes au début de notre entreprise et beaucoup de travail nous attend et c’est maintenant que nous avons besoin de plus d’aide et de soutien. 

 

Les rendements en céréale réalisés par les producteurs de votre région sont-ils acceptables du point de vue quantité et qualité, sinon pourquoi ?

 

Cette question nous ramène de manière plus concrète à la seconde, à mon humble avis les rendements réalisés par les producteurs ne sont pas acceptables ni du point de vue quantitatif, ni du point de vue qualitatif. Ce jugement peut paraître sévère. Excepté les quelques producteurs dits performants ou leaders, il existe un nombre important d’agriculteurs qui ne sont pas conscients de leurs capacités de produire. Sur le plan quantitatif, la région dans son ensemble est loin du potentiel existant. L’année 2010-2011 en est un exemple concret. La production collectée par la CCLS de Sétif est de plus de 900.000 quintaux, dépassant ainsi de plus de 30% la collecte de 2009-2010. Si nous devons comparer la pluviométrie de ces deux campagnes, l’année 2009-2010 a enregistré une répartition et un cumul pluviométrique meilleurs.

Pour la campagne 2010-2011, l’explication réside dans l’utilisation de plus d’intrants agricoles (semences vendues par la CCLS, engrais de fond et de couverture, et des désherbants) et ce, malgré des semis tardifs et des conditions peu favorables à la mise en place des céréales. A titre d’exemple, je peux citer des agriculteurs de la région de Ras El Ma, dite zone intermédiaire où les rendements obtenus en blé tendre ont atteint près de 23 quintaux/hectare, avec une utilisation des engrais phosphatés et azotés et des désherbants. Par contre, les rendements obtenus sans aucun apport avoisinent les 10 quintaux/hectare. Cette différence de résultat montre clairement les marges de progrès que recèle notre région en optant pour de bonnes pratiques agricoles.

Par contre, dans d’autres régions où les limites de progrès par l’itinéraire technique ont atteint leurs limites, il devient impératif de recourir à un matériel végétal génétiquement performant. Sur le plan qualitatif, je ne peux parler que de l’aspect physique du produit qui doit être «sain, loyal et marchand». Sur ce plan le produit livré est encore loin des normes établies. Il faudrait que le secteur productif dans son ensemble fasse des efforts substantiels, et notamment en matière de désherbage chimique. Afin de réduire  la présence d’impuretés constituées essentiellement de graines de mauvaises herbes et de répondre aux exigences du secteur de la transformation des céréales. Il est impératif que les producteurs prennent conscience que des possibilités d’augmentation des rendements sont réelles, et il faut donc les exploiter.

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