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Agriculture

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Crise du lait



L’Algérie importe 60% de ses besoins alimentaires où se distinguent entre 350 et 400 000 tonnes de poudre de lait la classant parmi les plus gros consommateurs et deuxième importateur. La consommation moyenne annuelle par habitant est estimée à 130 litres soit plus de 5.2 milliards de litres alors que la production ne dépasse point les 1.5 milliards.

Un indicateur de la régression du développement agricole

Les revenus pétroliers durant la décennie 2000 à 2014 n’ont pas pu, en l’absence de stratégie technique et politique, n’ont pas pu développer les productions stratégiques comme celle des céréales, du lait, des légumes secs et de la viande. Sur les 1.5 à 2 milliards de litres produits annuellement moins d’un tiers est collecté par l’industrie laitière induisant un déséquilibre de la filière lait entre reproducteurs, engraisseurs, transformateurs, consommateurs et le flux des subventions. Faute de lait cru disponible et par facilité, l’industrie a utilisé pendant longtemps du lait reconstitué et reste la première bénéficiaire de ces subventions en absence de contrôle.

La filière lait en Algérie se trouve actuellement dans une phase critique, face à une production locale insuffisante, aggravée par un taux de collecte très faible et une augmentation des prix de la matière première sur les marchés internationaux. La production laitière en Algérie selon les statistiques est en croissante depuis les années 80 sans toutefois qu’elle arrive à faire face à la production industrielle des laits et dérivés. Le réseau national de production laitière  assure une consommation moyenne nationale de l’ordre de 3,4 milliards de litres par an dont 1.5 milliards de litres de lait cru, 700 millions de litres de lait en poudre et 1,2 milliard de litres de lait en sachets.

 

Erosion du pouvoir d’achat et pression sur le lait

La faiblesse des revenus, l’inflation et la dévaluation du dinar ont eut pour conséquences l’érosion du pouvoir d’achat induit par l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Pour faire face à cette équation complexe, le pauvre s’est orienté vers le lait qui constitue un produit de base dans le modèle de consommation algérien avec le pain, les pâtes et les légumes secs, ce qui justifie la croissance des importations. La part du lait dans les importations alimentaires totales du pays représente environ 22 % puisqu’il occupe une place importante dans la ration alimentaire de chacun, quel que soit son revenu. Les enquêtes alimentaires soulignent que le lait a compté pour 60 % dans la consommation de protéines d’origine animale, devançant largement la viande et les œufs avec respectivement 18 et 12 % en moyenne.

Pour combler le déficit en protéines d’origine animale, les populations à faibles revenus recourent à la consommation de lait riche en nutriments pouvant suppléer d’autres produits coûteux. Un gramme de protéines à partir du lait coûte huit fois moins chère que la même quantité à partir de la viande et une calorie obtenue à partir de la viande est vingt fois plus coûteuse qu’à partir du lait. La subvention en est pour quelque chose et des réseaux de commerces et d’industriels en en fortement profité.

 

Absence d’intégration entre la production agricole et la filière lait

L’Algérie se place ainsi au troisième rang mondial en matière d’importation de lait et produits laitiers, après l’Italie et le Mexique. Les éléments explicatifs de cette situation qui seront développés dans le cadre de cette étude, sont  une consommation de lait et dérivés en constante augmentation sous l’effet de la pression démographique et du soutien des prix ; une industrie laitière fonctionnant surtout à base de poudre de lait d’importation et ne pouvant couvrir qu’une faible partie des besoins de consommation ; les systèmes d’élevage bovin pratiqués sont principalement extensif et peu productifs ; l’intervention de l’Etat, au niveau de la filière, a porté essentiellement sur un élargissement du marché par des mesures de soutien des prix à la consommation, négligeant ainsi l’intensification de la production laitière à l’amont et une totale absence de dynamique d’intégration entre l’industrie et les exploitations laitières ignorant le développement de la filière dans sa globalité.

L’occupation des terres reste en totale inadéquation avec les besoins stratégiques de la population que sont les céréales, les légumes secs et le lait, produits de première nécessité des populations pauvres. Les déficits enregistrés dans la production fourragère, l’orge, l’avoine et le blé dur ne permettent pas le développement d’un élevage bovin intensif induisant une production laitière répondant aux besoins. L’effectif des ovins est estimé, selon différentes sources, entre 1 et 1.2 millions de vaches avec seulement 350 000 vaches laitières produisant 1.5 milliards de litres annuellement soit une moyenne de 10 litres par vache quotidiennement, un rendement dérisoire. 

Les causes de cette situation sont à rechercher dans la stratégie de développement agricole qui demeure obsolète ainsi dans les systèmes d’élevage archaïques. En Algérie, on identifie quatre types d’élevages. Le premier  est un élevage bovin laitier sans terre représentant 35 % des élevages qui sont des exploitations péri-urbaines, familiales avec un recours à la location de superficies. Le second est un élevage laitier de petite taille avec terre représentant 30% avec une possibilité de prise en charge des besoins. Le troisième type est un élevage bovin laitier de grande taille avec terre, représenté par 25% de l’ensemble des élevages avec un déficit en terre ne permettant pas de répondre aux besoins. Le quatrième type d’élevage bovin laitier dans les grandes exploitations agricoles avec des gros propriétaires terriens ne représentant que 10% des exploitations, avec de grandes superficies agricoles utiles dépassant les 20 ha.

Les superficies fourragères, estimées à environ 700 000 ha, demeurent insuffisantes puisqu’elle est estimée à seulement 4 milliards d’unités fourragères (UF) pour des besoins évalués à 10 milliards d’UF. Cette situation est encore aggravée par le caractère aléatoire des précipitations  et des sécheresses fréquentes. L’industrie des aliments de bétail ne peut fournir qu’un appoint de l’ordre de 1,5 milliards d’UF puisque c’est une filière fortement dépendante de la production nationale de céréales et dérivés dont les rendements sont très faibles (15 quintaux à l’hectare) et de faible valeur nutritive. Une telle situation constitue une contrainte à la mise en place d’un système de production laitière intensif.

 

Les aspects économiques et financiers de la filière lait

La subvention de l’État accordée aux producteurs de lait cru ne semble pas couvrir leurs frais, selon la déclaration d’éleveurs qui estiment le litre entre 75 et 80 DA induit par l’augmentation les coûts d’un certain nombre de facteurs de production comme les concentrés, les fourrages, les soins. Le litre de lait est cédé aux transformateurs à 35 DA auxquels s’ajoutent 12 DA de subvention ; pour équilibrer cette relation il y a lieu de trouver 28 DA ; en période de crise qui prendra en charge cette nouvelle subvention ? Le montant de la subvention allouée par l’Etat aux offices laitiers, dans le cadre du soutien du prix du lait, qui était de 4,8 millions de DA en 1982, est passé de 252 millions de DA en 1992 puis plus de 1.3 milliards en moyenne annuelle cette dernière décennie. Cette forte augmentation du montant de la compensation à la charge de l’Etat est due, d’une part, à l’accroissement de la consommation et, d’autre part, à la forte augmentation du prix de la poudre de lait, principale matière première de l’industrie laitière sur le marché mondial. 

Entre 1982 et 1992, l’Algérie a importé en moyenne et par an 369 millions de dollars US en laits et produits laitiers pour passer à 700 millions de dollars en 2017. La facture laitière connaîtra une augmentation en l’absence de production nationale et avoisinera les 15% des importations alimentaires totales.

 

Agriculture et sécurité alimentaire

L’agriculture algérienne ne remplit pas son rôle premier qui est celui d’assurer l’alimentation aux autochtones mais la réalité fait que le pays importe plus de 11 milliards de dollars, chiffre qui connaîtra une hausse certaine. La part des céréales dépasse les 3,5 milliards de dollars et celle du lait les 700 millions de dollars et qui atteindra le milliard de dollars. Force est de constater que les différentes politiques menées depuis l’indépendance n’ont pas permis d’assurer une indépendance alimentaire. La surface utile du pays n’a pas connu une augmentation notable en adéquation avec les investissements consentis puisqu’elle était de 7,2 millions d’hectares avant 1962 et n’est que de 8,5 millions ha actuellement. La céréaliculture occupe 3.5 millions d’hectares comme il y a 50 ans avec 2.5 millions d’hectares de jachère. La production céréalière moyenne actuelle oscille entre 35 et 45 millions de quintaux alors qu’avant 1962 elle atteignait jusqu’à 25 millions de quintaux malgré le caractère rudimentaire des modes de culture et des progrès technologiques et la mécanisation de l’époque.

Malgré les différents programmes de développement du secteur agricole engagés depuis les réformes de la décennie 80 instituant un droit individuel d’exploitation et la loi d’orientation foncière qui intéresse les terres privées annulant la loi de réforme agraire de 1971 et restitue des terres expropriées à leurs anciens propriétaires, le secteur agricole peine à se développer. Le résultat de cette dynamique a été anéanti par le morcellement entravant toute mécanisation et encadrement technique. Depuis 2010, une autre loi leur permet même de vendre les concessions au profit de prédateurs et les bénéficiaires d’EAC et EAI peuvent désormais céder des terres légalement et surtout dans un cadre qui relève de l’imposture, à la faveur de la loi 10-03 de 2010 sur les terres agricoles du domaine privé de l’Etat. Il n’y a qu’en Algérie que l’on trouve une telle turpitude. 

De par sa situation géographique et les aléas climatiques qui y en découlent, l’Algérie se situe parmi les pays les plus pauvres en potentialités hydriques. Elle se situe en dessous du seuil théorique de rareté fixé par la Banque mondiale à 1000 m3 par habitant et par an ; la situation a empiré depuis 1962 où la disponibilité était de 1500 m3 alors qu’elle n’est que de 650 m3 actuellement. Des études crédibles annoncent qu’il faudrait disposer entre 15 et 20 milliards de m3 par an, en réservant 70% à l'agriculture, pour parvenir à une sécurité alimentaire satisfaisante. C'est un défi titanesque lorsqu'on sait qu'on mobilise à peine 6 milliards de m3 d'eau par an.

 

Quel avenir pour la filière lait ?

De l’avis des spécialistes, l’élevage ovin est sinistré puisque certains éleveurs ont fini par vendre leurs vaches. Il se trouve dans une situation critique au point que tous les facteurs de production sont subventionnés par le Trésor public qui intervient à toutes les phases de l’élevage. Au niveau de l’importation des génisses en y injectant des devises et une prime de 45000 dinars pour toute génisse élevée ; la subvention des céréales et des issus du son de blé jusqu’à la subvention du litre de lait qui, sans une intervention de l’Etat, sera inaccessible aux Algériens. C’est sans aucun doute le poste aliment qui bloque le développement de la filière et le secteur agricole est dans l’incapacité de produire tous les fourrages nécessaires à l’alimentation de son cheptel bovin. 

Le potentiel bovin en Algérie est estimé à 1 million de têtes avec seulement 350 000 vaches laitières produisant à peine 1.5 milliards de litres de lait. Les besoins minimaux en lait sont évalués à 4 milliards de litres pour la consommation et autant pour la transformation soit un total de l’ordre de 10 milliards. Le bilan est déséquilibré comme dans les autres chapitres de l’alimentation tels les céréales, les légumes secs, les huiles, le beurre, le sucre, la viande, etc.

L’avenir de la filière lait repose sur deux volets obligatoires et qui sont totalement absents à savoir une production fourragère de qualité et des céréales permettant de répondre aux besoins du cheptel bovin laitier. Plus de la moitié des besoins énergétiques et les deux tiers des besoins en protéines des bovins élevés en Algérie sont couverts par des aliments concentrés importés à un très fort taux. L’Algérie souhaite depuis des décennies accroître sa surface cultivée en réduisant les surfaces en jachère (plus de 2.5 millions d’hectares) et en mettant en valeur deux millions d’hectares en irrigation d’appoint.

Les cultures à favoriser pour développer la base de la filière lait sont les céréales (orge, blé dur, avoine, maïs) et les fourrages (luzerne, trèfle). Un gisement important estimé à plus de 35 millions d’euros se trouve dans les poubelles, le pain qui représente l’équivalent de près de 225 000 tonnes de blé qui rejoignent chaque année les fonds de poubelles. Entre 25 et 30 millions de baguettes de pain sont jetées dans les poubelles alors qu’elles peuvent facilement être recyclées en aliment du bétail. Malgré les 30 milliards de dinars investis annuellement en subvention dans la filière le déficit en lait par rapport aux besoins ne cesse d’augmenter et les vaches ne produisent que 15 litres par jour, très loin des normes régionales.

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