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Agriculture

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Viandes rouges en Algérie



Avec des prix assommants, ce qui n’est pas pour rassurer  une majorité d’infortunés  ménages algériens qui se retrouvent dans l’impossibilité de consommer de la viande rouge fraîche, il  y a de quoi s’abstenir quand le kilogramme de viande de veau est affiché à 1 500 DA/kg, le filet d’agneau à 1600 DA le kg, quant aux abats, à l’image du foie de mouton c’est devenu carrément un aliment de luxe de notre table.

Éclairage sur la filière

L’Algérie de par sa forte dépendance de l’extérieur en matière de produits alimentaires stratégiques (céréales et lait), et est également un gros importateur de viandes rouges, notamment bovines avec près de 48.000 tonnes/an (2016).En effet, bon an, mal an, on estime la production nationale de viandes rouges à 700.000 tonnes, toutes espèces confondues. Concernant le cheptel bovin celui-ci est de l’ordre de  2,1 millions de têtes dont un million de vaches laitières, alors que celui de l'ovin compte 25 millions de têtes et 134.393 tonnes de viandes bovines.

La production des fourrages artificiels occupe une superficie d’environ 800 000 ha pour une production de 18 000 000 de quintaux. Quant aux prairies naturelles, leur superficie s’étend sur 25 800 hectares pour une production estimée à 800 000 quintaux. Selon une récente analyse très exhaustive relative à la situation de la filière des viandes rouges dans notre pays, le premier constat qui se dégage de cette dernière est que la filière demeure prisonnière d’une structure complexe ou une multitude d’agents interviennent de manière différente sur le circuit du vif et de la viande.

L’identification de ces acteurs a permis de mettre en évidence des fonctions diverses, notamment commerçants de bétail, chevillards, grossistes de viandes, grossistes d’abats. Toutefois il est précisé dans cette enquête qu’une carcasse par exemple passe par plusieurs intermédiaires avant d’atterrir dans une boucherie. Il faut également savoir que les enquêteurs ont mené leurs recherches d’informations en ciblant les différentes sphères de la filière, à savoir les sites d’élevage, les abattoirs, la transformation, la consommation, la commercialisation, les importations, les structures d’appui et l’organisation de la profession.

L’étude réalisée par BNEDER sur les prévisions et tendances de cette filière viandes rouges, a été menée sur la base de l’analyse de la documentation existante auprès des secteurs de l’agriculture, du commerce, des douanes, des services statistiques, des organisations professionnelles et des études diverses sur la filière, complétée par un travail d’investigation de terrain dans la wilaya de Djelfa, considérée à haut potentiel par excellence, et ce, à travers des entretiens et des informations recueillies auprès des acteurs en rapport avec la filière.

 

Diagnostic de la situation actuelle 

Bien comprendre les tenants et les aboutissants de la filière n’est assurément pas une chose aisée. Tout d’abord, les statistiques dans ce domaine sont souvent absentes et même si elles existent, force est de constater qu’elles ne sont pas fiables. Aussi, il faut reconnaitre que la structuration actuelle de ce segment très important de l’élevage algérien obéit à un schéma totalement incontrôlable car aux mains d’un lobby aux dents longues et dont les pouvoirs publics n’ont jamais réussi à le maitriser. Il n’y a qu’à constater les récurrentes opérations de spéculation qui s’opèrent au niveau de la steppe à chaque fois que l’aliment du bétail se fait rare à l’image de l’orge et du son. 

C’est effectivement la faiblesse de l’organisation de tout le système de la production des viandes rouges en Algérie qui a laissé place aux spéculateurs qui sont passés maîtres sur le marché national, et ce, depuis longtemps. Parmi le grandes «tares» si l’on peut dire, qui caractérisent  l’élevage bovin et ovin, on citera, entre autres, le caractère extensif du système de production avec une conduite du troupeau complètement dépendante des aléas climatiques (sécheresse, inondations),insuffisance et déficit structurel alimentaire avec une sole fourragère très réduite et donc un recours à l’importation de l’orge dont le mode de distribution aux éleveurs est souvent critiqué, faiblesse de la productivité tant numérique que pondérale due à des contraintes organisationnelles, nutritionnelles, techniques et sanitaires, maintien d’un cheptel improductif sur une longue période non rentable, pousse les spéculateurs à décapitaliser le patrimoine génétique en abattant les brebis et les agnelles.

D’autre part, il existe une désorganisation flagrante au sein de l’interprofession, emprise de l’informel à tous les étages de la profession, avec un marché national de la viande rouge évoluant dans l’anarchie totale. Ensuite, nous sommes en présence d’un segment de la transformation des viandes qui se trouve à l’état embryonnaire ainsi que  l’absence de grande centrale d’achats et ventes pour favoriser l’écoulement régulier des animaux selon les normes en vigueur. Il faut aussi noter l’insuffisance de la main- d’œuvre qualifiée et donc le savoir-faire des éleveurs qui est, du reste, inadapté aux techniques modernes de production intensive de la viande.

 

Les menaces qui guettent le cheptel  

En plus de ces contraintes majeures  qui font que la filière des viandes rouges n’est absolument pas développée, d’autres par contre  sont capables de la menacer dans son existence même  si jamais les responsables du ministère de l’agriculture du développement rural et de la pêche ne prennent pas des mesures qui s’imposent dans ces cas de figure. Essentiellement, il y a menace sur les pertes de potentiel en termes de races animales, de patrimoine génétique, de ressources fourragères, de parcours et savoir-faire ancestraux. 

La précarité des ressource fourragère constituent actuellement un véritable verrou dans le système de production car une part très importante de l’alimentation de bétail est assurée par des apports extérieurs (60% des aliments de bétail) à la région où se pratiquent l’élevage (hors sol). Par ailleurs, l’absence de prise en compte de la diversité nécessaire des modèles de développement  de l’agriculture comme l’élevage sédentaire adapté aux conditions steppiques (sols pauvres et climat aride). La mondialisation et une économie de plus en plus ouverte avec les accords d’association et l’OMC peuvent  d’une manière ou d’une autre constituer une autre menace  indépendante de la volonté des éleveurs.

 

Quels sont les objectifs du plan d’action du ministère ?

Un plan d’action tendant à la prise en charge de toutes les contraintes qui bloquent le développement de la filière viandes rouges en Algérie a été élaboré par les services du ministère de l’Agriculture en collaboration avec des associations de l’interprofession et dont l’objectif final est d’atteindre une production de 6,28 millions de quintaux de viandes rouges, toutes catégories confondues, à l’horizon 2019,en vue d'arriver à zéro importation. Ceci étant, on prévoit de développer les filières d’engraissement qui existent actuellement, favoriser l’investissement avec la création d’exploitations intégrées d’engraissement, développer les réseaux et centres d’engraissement à travers le territoire national. 

Sur un autre chapitre, il s’agit de restructurer toute la filière des viandes rouges ; pour ce faire, il est prévu de mettre en place  une  instance  de concertation nationale technique capable de jouer un rôle structurant dans la filière. 

Le rapport du BNEDER est hiérarchisé à l’aide d’une matrice des contraintes avec formulation des recommandations respectives. Cependant, l’étude en question du BNEDER doit être en principe une référence en matière d’analyses technico-économiques et il y a lieu de lui accorder une grande considération  dans l’exploitation des informations collectées en amont et en aval de cette filière hautement stratégique pour la sécurité alimentaire de l’Algérie. 

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