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Le lourd héritage de Bouteflika



Le Premier ministre, Noureddine Bedoui, se soucie de l’avenir des entreprises dont les patrons sont mis en détention provisoire dans des affaires de corruption.  Aussi, le gouvernement  tente-t-il de rassurer les opérateurs économiques, tant bien nationaux qu’étrangers, quant à  ses engagements relatifs aux affectations de paiement pour le financement de l’ensemble des projets publics structurés en cours de réalisation.

Par ces annonces, le gouvernement tente de rassurer à la fois l’opinion nationale, le monde des affaires et les partenaires de l’Algérie.

Beaucoup d’experts ont tiré la sonnette d’alarme quant à la situation économique et la menace de disparition qui pèse sur plusieurs grandes entreprises économiques. Il est à rappeler que l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA) a interpellé, le 10 juin dernier, le Premier ministre Bedoui sur la situation dans laquelle se trouve le secteur du bâtiment et des travaux publics. L’AGEA avait fait état, en effet, de la fermeture de 3 200 entreprises et d’une perte de 265 000 emplois depuis décembre 2018.

Les causes directes de la fermeture de ces entreprises sont, comme l’expliquait cette association dans sa lettre de doléances adressée au Premier ministre : «les énormes impayés des entreprises, l’absence de plans de charges en raison de la stagnation de la situation économique du pays, le harcèlement des entreprises par les différentes caisses malgré leurs impayés et le silence total de nos vis-à-vis publics quant à nos appels au dialogue». Noureddine Bedoui, a instruit, il y a quelques jours, le gouvernement d’accélérer le recensement de toutes les activités économiques et projets susceptibles de connaître une perturbation en raison des mesures conservatoires, et ce, dans l’objectif de leur trouver des solutions juridiques, indique un communiqué des services du Premier ministre. Bedoui qui a présidé une réunion du Conseil interministériel consacrée à la mise en place d’un organe gouvernemental chargé du suivi des activités économiques et de la préservation des outils de production et des postes d’emploi, en présence des ministres des Finances, de la Justice, de l’Industrie, du Commerce, des Travaux publics, et des Ressources en Eau, ainsi que du gouverneur de la Banque d’Algérie et du vice-président de l’Association professionnelle des Banques et des établissements financiers (ABEF). Lors de cette réunion, il a été procédé à la présentation d’un exposé détaillé sur les mécanismes juridiques visant la préservation de certaines entreprises économiques souffrant de difficultés sur le terrain en raison des mesures conservatoires à travers la mise en place d’un organe multisectoriel présidé par le ministre des Finances, lequel sera chargé du suivi et de la proposition de mesures pratiques pour la préservation de ces entreprises et de leurs postes d’emploi.  Suite à quoi le Premier ministre a décidé de l’installation officielle de cet organe multisectoriel chargé du suivi des activités économiques et de la préservation des outils de production, sous la présidence du ministre des Finances. Le gouvernement s’est, également, engagé à honorer tous ses engagements vis-à-vis des maîtres-d’œuvre nationaux ou étrangers, tout en chargeant le ministre des Finances de garantir les affectations de paiement pour le financement de l’ensemble des projets publics structurés en cours de réalisation. Dans ce cadre, le gouvernement a été chargé de recenser, en urgence, toutes les activités économiques et les projets qui peuvent enregistrer des perturbations à cause des mesures conservatoires, et ce, en vue de leur trouver des solutions juridiques dans le but de préserver leur rôle socioéconomique, notamment les postes d’emploi. Le gouvernement a été chargé d’examiner, au cas par cas, la situation de toutes entreprises de production et proposer les mesures pratiques et juridiques y afférentes. Les décisions nécessaires seront prises lors des réunions du gouvernement.  

 

La descente aux enfers  a commencé bien avant

 Selon la même source, il a été décidé de l’adoption d’un plan de communication de proximité en vue de vulgariser les mécanismes de travail de cet organe qui vise notamment à ne pas entraver les activités économiques nationales et consolider la confiance entre tous les intervenants, outre son impact positif direct sur l’amélioration du service public offert aux citoyens. Il a, également, été décidé de l’adoption d’un mécanisme d’évaluation périodique des actions du gouvernement pour le suivi des activités économiques et la préservation des moyens de production. Au terme de la réunion, le Premier ministre a mis l’accent sur la nécessité d’adopter cette approche qui entre dans le cadre des engagements du gouvernement à protéger les entreprises économiques nationales, conformément aux dispositions de la loi et en vue de garantir les droits et le bien-être des travailleurs. L’économie algérienne se porte mal. On le perçoit à travers pratiquement la dégradation de tous les indicateurs macroéconomiques, à commencer, par la croissance économique (1,9%) inférieure à la croissance démographique (2,3%), la baisse de ses réserves de change (79,8 milliards de dollars) soit à peine une année et demie d’importations, l’inflation qui grimpe à plus de 6% selon l’ONS et, à beaucoup plus, en terme de ressenti, le dinar très mal coté et dont la valeur dérive chaque jour davantage, les exportations d’hydrocarbures en nette baisse en raison du boum de la consommation intérieure, la population qui augmente de plus d’un million de nouveau-nés chaque année, pour ne citer que les agrégats qui impactent le plus négativement le vécu des Algériens. 

Il ne faudrait surtout pas lier cette dégringolade des performances macroéconomiques aux événements politiques qui secouent depuis quelques mois le pays. Le hirak n’a commencé que le  22 février 2019 alors que la descente aux enfers de l’économie remonte à beaucoup plus loin. Elle a en effet pris racines sous la gouvernance du président déchu Abdelaziz Bouteflika. C’est durant cette période que l’économie algérienne paiera le plus lourd tribut à cette gestion que l’on peut qualifier d’irresponsable, d’immorale et, franchement, d’antinationale. C’est durant cette longue phase de gouvernance hasardeuse que le fléau de la corruption s’exacerba en termes de surfacturations des importations, de trafics de devises, de perceptions de commissions indues sur pratiquement tous les gros contrats d’équipements commandés de l’étranger, de mise en circulation de plus 6000 milliards de DA au moyen de la planche à billets, du détournement du Fond de régulation des recettes d’hydrocarbures et de l’emprunt obligataire de 2015, qui devaient uniquement financer les investissements, pour payer les salaires des fonctionnaires et les transferts sociaux improductifs. De quoi mettre le feu à une économie dont les chiffres, boostés par l’embellie du marché pétrolier, étaient tout à fait convenables, jusqu’en 2013 date à laquelle ils commencèrent à se dégrader. Il faut évidemment ajouter aux causes de ce marasme, le choix du clan Bouteflika de confier le destin de l’économie algérienne à quelques oligarques. Ces derniers se sont comportés comme des oligopoles qui ont accaparé les marchés et les secteurs d’activités les plus juteux, au détriment des autres entreprises qui ne recevaient que des miettes, nonobstant les entraves que les administrations aux ordres leurs faisaient subir lorsqu’elles souhaitaient investir ou exporter. La croissance économique fut ainsi bridée tout au long du règne des Bouteflika. La gouvernance du président déchu est en effet caractérisée par l’instabilité juridique qui a fait fuir les investisseurs étrangers et anéanti bon nombre d’entrepreneurs locaux, l’absence totale de visibilité économique, l’absence de stratégie économique, l’affectation de ressources financières à des entreprises publiques en faillite, les sélections  clientélistes  du Conseil national de l’investissement (CNI), la gestion hasardeuse du secteur de l’énergie, l’abandon des terres agricoles publiques à une faune de prédateurs etc. Au vu de ce qui est décrit à propos de la très mauvaise gouvernance de l’économie algérienne, il ne faut donc pas s’étonner du pessimisme franchement affiché par la Banque mondiale dans son tout dernier rapport rendu public le 4 du mois passé. Ce dernier passe en revue quelques agrégats fondamentaux de notre économie pour faire des projections à l’horizon très proche de 2021. 

C’est ainsi qu’elle ne prévoit pour cette année 2019 qu’une croissance de 1,9% (0,4% de moins que ce qui était prévu par la Loi de finances), inférieure d’environ 0,5% à la croissance démographique de la même année, ce qui pose problème. Le plus grave, selon cette même institution, est que la croissance continuera à chuter durant au minimum les trois années prochaines, pour se situer à, à peine, 1,4% en 2021. Le problème est que l’Algérie ne peut même plus compter sur un éventuel retournement de conjoncture pétrolière qui ferait rebondir les prix du brut. Le constat d’une très probable entrée en récession de l’économie algérienne étant clairement établi par la Banque mondiale et bon nombre d’experts algériens qui recommandent tous d’entamer immédiatement de profondes réformes structurelles, qu’ils ont pratiquement tous pris le soin de décrire, en se posant la question de savoir qui mettra en œuvre ces ajustements qui ne se feront pas sans douleur, notamment, pour les catégories sociales les plus vulnérables. Il aurait fallu que soit rapidement installée une équipe gouvernementale légitimée par le peuple qui lui donne mandat pour redresser l’économie, quel que soit coût social à payer. H. A.

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