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RACHAT DES ACTIFS D’ANADARKO PAR TOTAL, Entre fake news, propagande et risques géostratégiques



Le feuilleton du rachat d’Anadarko est depuis son début un scénario à rebondissements où se mêlent visiblement OPA boursières inamicales puis amicales et surtout intelligence économique et stratégie énergétique.

Assistons-nous en temps réel à une juste opération d’achat/vente d’entreprises – grandes soient-elles – ou, au contraire, à un feuilleton de repositionnement stratégique et, au-delà, géostratégique des mastodontes de l’énergie avec une spécialisation en géographie et en cœurs-de métiers ? En effets, ces enjeux latents, invisibles à l’œil nu pour le moment, ne doivent pas faire dispense de toute réflexion.

Les États-Unis d’Amérique ont renoué avec l’exportation de pétrole vers l’Europe (principal marché avec la Chine) dès 2015, à la faveur des nouveaux procédés de fracturation des roches pour sortir du pétrole ou du gaz de schiste. Dès ce retour, les puissances traditionnelles du secteur comme l’Arabie saoudite ont jugé cette aventure coûteuse et les prix, pour eux, ne pouvaient s’inscrire en baisse durablement sans que cette industrie ne se casse les dents aux USA. Les Saoudiens sont partis alors dans la même stratégie que les Américains en augmentant leurs capacités de production, en espérant que le seuil des 55 $ le baril soit franchi en dessous. Seuil auquel, les majors texans ne rentreraient pas dans leurs charges de production. Malheur à cette vision car le schiste a été subventionné et continue d’être subventionné par l’administration Américaine à coup de facilités fiscales. C’est ainsi que le déport des prix ou la tendance baissière du marché a commencé à durer pour s’installer comme une évidence conjoncturelle dans une économie mondiale en ralentissement.  Le sud des USA continue quant à lui d’attirer des investisseurs et intéresse désormais de plus en plus les grands majors texans dans ce nouveau procédé d’extraction. En mars 2019, le géant Chevron a lancé une offre publique d’achat contre Anadarko, groupe  beaucoup moins petit en taille mais d’intérêt majeur car très présent dans le nouveau Mexique et le Texas, berceau de cette activité. Cette offre à 33 milliards de dollars  a été bien accueilli par les actionnaires d’Anadarko mais une nouvelle offre d’Occidental Petroleum (OXY) est vite venue la surenchérir à 38 milliards de dollars. Non seulement le prix spot de l’action Anadarko à augmenté le lendemain sur le marché mais l’offre prévoyait aussi un échange de titres et un numéraire cash plus important. C’est dire si OXY devait trouver de l’argent frais pour combler les actionnaires et les derniers spéculateurs arrivés pour capter la prime de la fusion. Certains actionnaires d’OXY, en l’occurrence des fonds de pensions Américains, trouvaient cette opération coûteuse et surtout ajustant à la baisse  la capitalisation boursière qu’Occidental aurait après cette transaction. Inquiétude normal pour des fonds de retraites qui chercheront à sauvegarder le niveau de leurs avoirs dans une logique actuarielle. C’est sans compter sur la détermination de la PDG de cette société, Mme Vicky Hollub,  qui défend une stratégie offensive et une spécialisation de plus en plus prononcée d’OXY dans le pétrole de schiste et du sable. L’avion privé d’OXY a été alors aperçu par les analystes à Paris et une semaine après, l’annonce d’un endettement de 10 milliards (en période de baisse des taux) a été faite auprès du fond Berkshir Hataway de Warren Buffet et une scission des activités Afrique d’Anadarko pour le Français Total a été annoncée en grande pompe dans les medias internationaux.

 

 Total et l’Afrique              

Nul n’ignore le passé des entreprises pétrolières françaises en Afrique et leur lien à l’Etat français comme bras parallèle dans sa diplomatie. Nul aussi n’ignore ces réseaux et leurs capacités de pressions sur les chefs d’État de ce continent. Au-delà de cela, Total a quitté l’Afrique ou l’a délaissé depuis plus de 15 ans se concentrant sur la Russie avec les champs Yamal et le Canada avec le gisement sableux de l’Alberta. C’était l’époque du pétrole cher et des marges d’exploitation fortes. C’était aussi l’époque des bonnes relations avec la Russie de Poutine mais l’embargo occidental est passé par-là. Total est en train de renforcer ses positions ces dernières années dans le golf de Guinée, au Nigeria en offshore avec entre autres le projet EGINA qui représentera à lui seul 10% de la production de ce pays. Les actifs qui seront rachetés alors à Anadarko se situent pour la plupart autour de l’Afrique de l’Ouest  mais aussi au Mozambique et en Afrique du Sud. C’est étrange d’ailleurs que la communication du groupe Total insiste pour prouver que l’actif de qualité dans ce rachat est celui du Mozambique où il sera engagé dans le GNL. Pourtant ses implantations ces dernières années se situent autour de l’Afrique de l’ouest – j’y reviendrai plus tard. Le plus étonnant dans cet étrange déploiement est surtout que Total ait quitté l’Algérie en 2006 pour ne laisser que l’expédition des contrats en cours. Ceci, après l’adoption du gouvernement cette année-là d’une nouvelle loi imposant les opérateurs d’énergies à une nouvelles taxe sur les superprofits. Son PDG a déclaré même en 2015 que l’Algérie n’intéressait plus son groupe. Il est vrai que son retour a été  suite aux pressions engagées avec l’espagnol REPSOL devant le tribunal arbitral de Genève pour se faire rembourser ces taxes payées en invoquant la non-rétroactivité de la loi. Il est vrai aussi qu’elle ne se taille pas la part du lion dans les parts du marché algérien (147 000 barils/jours en 2018)  pour qu’elle soit imposée au même taux qu’Anadarko par exemple sur les superprofits. Contre toute attente, Total signe un grand retour en octobre 2018 avec un complexe gazier de polypropylène énorme. Une position qui la met dans les activités aval après être déjà présente en activités amont .

 

Que veut Total en Algérie ?

Pour répondre à cette question, il est important de regarder l’écosystème de relations internationales actuelles et aussi les enjeux énergétiques du moment. Il ne s’agit nullement de développer une quelconque théorie du complot mais d’analyser les besoins des uns et comment pourront-ils arriver à les satisfaire en regardant la boutique de l’autre. L’Europe est aujourd’hui face à un défi majeur qui est son passage à l’ère électrique. La voiture électrique en est le symbole de cette transition tant souhaitée par les instances européennes et repoussée par les constructeurs au motif de son coût et de sa lourdeur. Le débat écologique en Europe ayant mûri sur ces questions. La baisse des prix du pétrole sur les marchés et des prix du gaz indexés permettent désormais de développer une industrie automobile électrique. Le souci est alors de garantir de façon pérenne cette ressource et surtout de trouver de nouvelles sources géographiques pour cela. Désormais, aucune voiture ne roulera en gasoil à Paris dès 2024 qui coïncide avec les Jeux olympiques. Un signe symbolique de la puissance française et son raffinement énergétique. Aussi, aucune voiture ne roulera cette fois ci en 2030 à part la voiture électrique. Quand on connaît la pression sur les courbes des prix des gaz automobiles sur les marchés, nous ne pouvons penser qu’à la question suivante : Où trouveront-ils toute cette énergie et à quel prix ? L’enjeu énorme et le défis commence déjà à pointer son nez. Une électricité en abondance «stockable» en amont. Alors à défaut de la stocker (car l’électricité n’est pas stockable) «stockeront-ils le GNL»  dans les terminaux pour la transformer par la technologie thermique ? C’est la solution pourtant qui est envisagée à travers les zones limitrophes d’Europe ou la pénurie est redoutée dès maintenant et ou des start-up commencent à réfléchir sur le partage de l’électricité entre véhicules mêmes. 

 Quelles solutions ?

 L’Algérie est peut-être un besoin vital pour la France pour cette étape, mais il nous paraït que la stratégie française va au-delà de ce pays. Il va justement autour des pays voisins avec le Nigeria comme premier pays pétrolier d’Afrique et des pays limitrophes. Il est alors certain aujourd’hui que c’est non seulement la nouvelle donne du marché et la production de Total après le rachat d’Anadarko qui pose problème, mais sa position en amont et en aval et ses ambitions dans les canalisations futures autour de ses activités en Afrique du nord et de l’ouest qui seront les maillons de sa suprématie sur la région. Elle tentera, tôt ou tard, de s’imposer dans l’acheminement, car elle occupera une position plus importante que chacune des sociétés nationales réunies. Ce qui est certain est que les autorités algériennes ou nigérianes seront contrairement au Ghana lésées dans leurs positions politiques. La récente loi du partage de la production entres opérateurs votée par les autorités d’Alger ne fera d’ailleurs que faciliter le chemin vers une rébellion de Total pour construire son propre canal ou le raccorder avec position de force au réseau déjà très danse des autorités publiques algériennes qui atteint Ain Amenas. C’est sur ces projections et inquiétudes que le ministère algérien doit se concentrer pour racheter les parts d’Anadarko et fermer la boîte de pandore quitte à syndiquer Sonatrach avec d’autre opérateurs de moindre importance pour diluer les actifs d’Anadarko qui a grandi bébé depuis 1989 en Algérie et dont l’Algérie a perdu l’orientation en vendant ses 8% d’actions en son sein en 2008 (5% d’actions directes et 3 % dans une filiale d’Anadarko). Il est impératif alors de répondre avec clarté et fermeté devant ce lobby pro-français enclenché ces dernières semaines dans les medias pour minimiser la production d’Anadarko qui est de 320 000 barils/jours et non 260 000 puis 250 000 comme le déclarent certains. La préemption fera certes mal à l’image de l’Algérie mais il en va de sa souveraineté, car Total n’a pas obtenu ces actifs par la grande porte mais par l’effraction d’une scission d’activité pour surprendre son partenaire.

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