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ÉCONOMIE NATIONALE, Comment sortir du cercle vicieux



Forte de ses réserves fossiles, essentiellement pétrolières et gazières, l’Algérie fait partie de ces pays qui souffrent de la maladie hollandaise. Cette dernière est plus connue par l’expression de  « la malédiction des matières premières», qui frappa les Pays-Bas dans les années 1960, après la découverte de vastes gisements de gaz en mer du Nord. Toute l’économie du pays dépendait des exportations gazières qui finirent par nuire à la compétitivité des autres secteurs qui furent délaissés.

Cette théorie date pourtant des années 1960 et n’a pas servi de référence aux hauts responsables politiques et économiques qui sont devenus des dépensiers au lieu d’être des gestionnaires.

L’économie nationale a de tout temps été fortement dépendante des hydrocarbures et permettait au pouvoir politico-financier de s’y maintenir exception faite d’une période sous le président Boumediene. Soucieux de préserver leurs trônes, les hauts gestionnaires du pays ont même osé s’attaquer aux entreprises nationales qui réalisaient des bénéfices et les brader à une oligarchie qu’ils ont entretenue. Même le gaz de schiste n’a pas été épargné ainsi que le fonds souverain qui devait servir aux générations futures mais qui a été dilapidé par des importations douteuses et soumises à une surfacturation estimée par des spécialistes à plus de 20%.

Une simple analyse de l’évolution de la structure des importations depuis 1990 à 2018 révèle une tendance très lourde de conséquences comme une croissance continue de la part des biens de consommation (alimentation et biens manufacturés) qui passent de 5 à plus de 11 milliards de dollars annuellement. En revanche, on note une décroissance de la part des biens de production (intermédiaires et d’équipement) en perdant plus de 20 points avec une dominance pour les produits autre que les équipements. Ces indicateurs justifient la volonté des responsables d’augmenter la dépendance alimentaire et, indirectement, la sécurité nationale.

En Algérie, la forte dépendance des hydrocarbures (pétrole et gaz) est une constance économique pour plusieurs pays sous-développés dirigés par des dictateurs. La stratégie adoptée par tous les pays exportateurs d’hydrocarbures fait que leur économie repose sur les revenus tirés du pétrole à plus de 95% comme c’est le cas pour l’Algérie. Cette situation reste cependant difficilement maîtrisable face à une politique pétrolière qui échappe aux producteurs et à une forte fluctuation du prix du baril. Cet indicateur fait que la prévision de croissance n’est pas respectée depuis plusieurs années et reste nettement inférieur à 3% avec une hausse du déficit public,  impact négatif, et de l’inflation à plus de 6% ainsi que celui du chômage estimé à 10% chez la population active.

L’achat de la paix sociale avec une politique de soutien et des subventions incontrôlées qui ont surtout permis de solidifier le secteur privé qui est devenue une oligarchie politico-financière. Cependant, la frange de la jeunesse, qui représente 45 % des 42 millions d’habitants, ne trouve pas d’emplois et est noyée dans les systèmes d’emploi de jeunes sans issues. Les recettes d’hydrocarbures ont permis de jongler avec le budget de l’Etat, les dépenses de fonctionnement de 5 000 milliards de dinars au détriment de l’investissement chiffré à 3 600 milliards de dinars. En 2016, un prêt de 900 millions d’euros soit 121 milliards de dinars auprès de la Banque africaine de développement (BAD) devait permettre le Programme d’appui à la compétitivité industrielle et énergétique. Le but de ce prêt étant d’«améliorer le climat des affaireset de promouvoir les entreprises nationales de les rendre plus compétitives». Le résultat étant de les préparer à la cession à l’oligarchie à travers le bradage d’une industrie performante.

Pour faire face à une mauvaise gouvernance et a soutenir l’oligarchie, le pouvoir à puisé dans les réserves de change qui connaissent également une baisse constante puisqu’elles sont passées de plus de 194 milliards de dollars en 2013 à seulement 82 environ en 2018. Les argentiers du pays, ces stratèges en économie ont par magie de la planche à billet créé plus de 4 000 milliards de DA de monnaie depuis novembre 2017, l'équivalent de 20% environ du PIB. Les économistes qualifient cette décision d’Ouyahia de solution de fuite en avant car le risque est double : un fort décrochage du dinar qui est passé de 101, 56 à plus de 125,36 entre 2013 et 2017 et son érosion se poursuit.

La grâce de rente énergétique qualifiée de divine et éternelle par les religieux de tout bord est la principale cause ayant permis à l'Algérie de vivre avec des moyens considérables. La finalité est que le pays est tombé dans une impasse structurelle : dépenser l'argent du pétrole au lieu de servir à l'investissement. Cette manne a servi à financer le budget courant et à enrichir une caste d’oligarques. La devise des pseudo-gestionnaires est «avec le prix du baril couvrant les dépenses algériennes.  Quand le pétrole va tout va».

Sans une feuille de route issue  d’une stratégie technico-économique, depuis 2000 à ce jour, l’économie algérienne est soumise à une dilapidation permanente à travers des marchés douteux, des surfacturations, le bradage des terres agricoles, des prêts énormes sans garanties et une fuite de devises. Les dernières affaires en justice sont des faits réels qui confirment la manière dont a été géré avec un réseau très développé de complicité à tous les niveaux. Certains spécialistes estiment que durant ces 20 dernières années le préjudice causé à l’économie et aux finances s’élève à plus de 350 milliards de dollars partis en fumée sur les 1000 milliards de dollars.

L’Algérie est un pays ultra-dépendant de ses recettes d'hydrocarbures qui représentent le quart du PIB algérien, les 2/3 des rentrées fiscales et 95% des exportations en valeur. Mais avec des prix de pétrole trop bas, inférieurs à 85 dollars : c'est l'assurance de tomber dans le rouge. La solution retenue étant d’augmenter considérablement ses exportations de gaz avec une limite annoncée en 2020 où la production répondra à peine à la demande nationale. La concrétisation ou le renouvellement de nouveaux contrats s’éloigne de jour en jour vu la diminution des réserves même en ayant recours au gaz de schiste qui a soulevé des populations et des écologistes. La recherche d’énergies alternatives permettant de réduire la dépendance aux gaz est très retardataire malgré les objectifs et les programmes annoncés dans l’énergie solaire.

Le programme de diversification de l’économie arrêté pour 2016-2019 reste un souhait politique malgré la possibilité de développement massif d’au moins de 10 filiales industrielles, 5 agricoles et 5 en management.

L’agriculture représente 12% du PIB et emploie 12,8% de la main-d’œuvre soit un peu plus d’un million de personnes. La production agricole n’arrive pas à répondre aux besoins de la population puisque plus de 60% des besoins sont importés pour un montant annuel moyen dépassant plus de 11 milliards de dollars. Les subventions et investissements qui se chiffrent en milliers de milliards de dinars n’arrivent pas à faire de ce secteur un vecteur d’exportation.

L’Industrie représente 37% du PIB et emploie 46% de la main-d’œuvre ; mais c’est le secteur du pétrole et du gaz qui comptabilise la plus grande part du revenu et presque l’intégralité de son revenu d’exportation dépasse les 90% des exportations totales. Malgré que l’Algérie soit dans le top dix des plus gros exportateurs de gaz au monde et qu’elle se place 16e en réserves de pétrole et 10e en réserves de gaz, elle peine à se développer. Les minerais, qui sont estimés en grande quantité, concernent le fer, le plomb, le phosphate, l’uranium, le zinc, le titane, ne connaissent pas un essor.

Le secteur tertiaire contribue pour 45% du PIB et emploie près de 40% de la main- d’œuvre avec une nette dominance du travail au noir et une perte de recette fiscale estimée à plus de 4000 milliards de dinars annuellement.

Depuis 1962, l’Algérie a tenté de mettre en place un développement économique autonome et même durable à partir de 2000 en développant son industrie par substitution aux importations sans y parvenir. Les gestionnaires voulant privilégier la production nationale au détriment des importations on consolidé d’une manière générale une économie  de rente hermétique aux flux de marchandises, de services et de capitaux étrangers. En détruisant l’industrie publique et favorisant le privé, la politique a fait émerger des prédateurs dans tous les domaines qui se sont érigés en oligarchie politico-financière érodant toutes les sources de financement sans contrepartie de qualité. Le résultat se traduit par le chiffre moyen des exportations qui avoisine les 40 milliards de dollars où seulement 1.5 milliards hors des hydrocarbures.

La suprématie accordée au secteur pétrolier en Algérie est à triple tranchant ; la première est qu’il génère une source facile d’exportations et d’entrées de devises ne nécessitant aucune compétence. La seconde est qu’il freine le développement des autres secteurs stratégiques en mobilisant les capitaux et la main-d’œuvre la plus compétente. Le dernier est que les ressources naturelles génèrent du clientélisme, du favoritisme et de la corruption.

La politique algérienne contredit la règle générale affirmant que posséder des ressources naturelles (pétrole, gaz, minerais…) est une garantie de développement économique. En Algérie, sous le règne d’une bande de corrompus, les ressources se révèlent un frein ; effectivement la «malédiction des matières premières» est connue des économistes sous le nom de «syndrome hollandais».

L’exploitation de quelques chiffres recueillis auprès des organismes internationaux fait état d’une dégradation inquiétante des données macro-économiques. C’est un indicateur irréfutable de l’échec des politiques économiques successives menées par les gouvernements sur les vingt dernières années. Quand aux données macroéconomiques, elles montrent un déficit budgétaire global de l’ordre de 9% du PIB, mais hors hydrocarbures il avoisine les 28% du PIB. Au niveau du bilan budgétaire, les recettes arrivent à peine à couvrir les dépenses incontournables comme les salaires et les transferts de subventions. Dans cette situation de déficit, les investissements publics et ils sont nombreux, mais sans contrepartie, sont financés par la planche à billets induisant une tendance inflationniste jamais connu auparavant évaluée à près de 6% qui dont la tendance est à l’augmentation.

La croissance économique reste faible et ne dépasse pas les 3% alors que certains pays moins nantis en ressources naturelles arrivent à 8% en Afrique et en Asie. Seule une nouvelle orientation politique soutenant une stratégie économique transparente saurait insuffler une croissance forte permettant  au pays de sortir du marasme.

La chute rapide des réserves de change auquel s’ajoute le déficit de la balance courante de l’ordre de 11% font que l’économie algérienne se trouve dans une situation plus que délicate pour ne pas dire difficile. Le contexte international en déprime n’arrange rien à cette situation.

Les slogans du mouvement citoyen lancé par la révolution du 22 février ont surtout une connotation économique car faute de politique de diversification et de modernisation dans la production de biens et de services ; les gestionnaires sont devenus des dépensiers. L’Algérie se classait en 2017 à la 110e place mondiale en termes de PIB par habitant, elle se localise entre le Sri Lanka et le Kosovo malgré la consommation de plus de 1000 milliards de dollars. Comme retour d’investissement c’est un chômage élevé à un plus de 28 % de la population active des jeunes. L’Algérie souffre d’un syndrome aigü du gaspillage et du culte de la personnalité qui a gangréné une administration envahissante et inefficace qui freine le développement des entreprises et empêche la création d’une base industrielle qui permettrait de créer des emplois, d’équilibrer les comptes externes et de sortir le pays de sa dépendance aux hydrocarbures. Le classement réalisé par «Doing business» de la Banque mondiale qui estime la facilité avec laquelle les entreprises peuvent se développer dans un pays, place l’Algérie à la 157e place au niveau mondiale en 2018.

La situation économique est totalement dégradée ce qui a alimenté un mécontentement populaire, d’autant plus que le président Bouteflika, malade depuis 2013, n’a pas entrepris les réformes nécessaires depuis son arrivée au pouvoir en 1999, et il n’était pas en mesure avec son entourage d’améliorer les perspectives futures de l’économie algérienne.L’Algérie n’aura d’autres choix dans le court terme que de frapper à nouveau aux portes des bailleurs de fonds dont le FMI. Mais il y a d’autres solutions pratiques, celles de récupérer les milliards de dollars et de dinars de l’oligarchie.

L’insurrection populaire pacifique à son 12e vendredi sans pour autant que les hauts responsables en mesurent l’impact, jaloux de leur poste et privilèges. Les pseudos menaces avancées ne découragent pas les manifestants car la crise économique est là depuis les années 2014. Au rythme où se déroulent les événements et face à l’entêtement des dirigeants à organiser des élections avec un boycott important ; l’économie du pays s’engouffrera davantage dans l’inconnu et le redressement des finances publiques s’enlisera. La stratégie retenue par le gouvernement et son président ignorant les revendications du peuple et respectant la constitution qui a été violée à plusieurs reprises, conforte la poursuite du financement non conventionnel avec toutes les conséquences qui en découlent et la faute n’incombe pas au mouvement populaire mais au clan au pouvoir.    

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