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Typologie et causes profondes des harraga ou de l’émigration clandestine



La gestion du phénomène des harraga ne peut se concrétiser qu’à travers une exploitation des informations pouvant être données par une population qui, malheureusement, ne parle pas mais agit clandestinement pour réaliser une partie même infime d'un rêve de vivre décemment. Le phénomène de vouloir quitter le pays par tous les moyens est une constante depuis trois décennies et s’amplifie ces dix dernières années.

Selon certaines sources et en absence de statistiques fiables, depuis 2000 c’est plus de 50 000 personnes qui ont décidé de quitter le pays et ont été interceptés. Les harraga, qui ont réussi à rejoindre la rive septentrionale, se compte en millier. Face à ce phénomène politico-social les autorités comptabilisent les cadavres repêchés ou les individus empêchés de partir à travers des commissions de wilaya. Ces dernières confirment que ce phénomène est un fait grave qui ne semble pas trouver de solutions dans la politique qui lui est appliquée. 

Les mécanismes et les facteurs, source intarissables de ce phénomène, amplifient la dangerosité de ce drame national. Les catégories de personnes les plus touchées par le phénomène sont ceux de la catégorie des hommes de moins de 30 ans mais également des femmes et des enfants et des personnes âgées. Le pourcentage de diplômés reste élevé dans la catégorie des jeunes, l’université et les instituts de formations délivrent des diplômes sans perspectives d’emploi et l’issue reste la harga.

Les causes réelles de ce phénomène

Les hauts responsables en charge de ce phénomène pensent que ce n’est pas les conditions économiques et sociales, au regard des opportunités d'emploi et d'investissement existantes, mais la recherche d’un statut social et le gain facile. Il paraît que c’est des études qui sont arrivées à ces affirmations. Les facilitations prises en faveur des jeunes demandeurs d'emploi n’ont pas été une solution pour diverses raisons que les services spécialisés n’ont pas étudiées. 

Les conséquences de la misère sociale induite par la corruption, le piston et autre réseau clandestin, sont à l’origine de la création du métier de passeur avec l’apparition d’embarcations de fortune dès les années 2000. La mise en place de réseaux œuvrant dans certaines villes portuaires avec leurs « rabatteurs », misère socio-économique aidant, est une aubaine pour que cette filière se développe. Le drame est là, au su et au vu des responsables, et des milliers de familles algériennes sont à la recherche de leurs enfants disparus. Comment est-ce possible dans un pays qui se targue d’avoir pu rétablir la paix et qui est censé avoir dépensé en vingt ans 1000 milliards de dollars en infrastructures, en transferts sociaux et en aides en tous genres pour améliorer le cadre de vie de sa population ?

L’exploitation de quelques études indépendantes et d’entretiens avec des jeunes permet de cibler les principales causes encourageant la harga et peuvent être classées dans un ordre décroissant suivant : 

- La pauvreté ne permettant pas à un jeune de répondre à ses besoins fondamentaux et son exclusion du cercle de loisir, 

- L’idéologie et ses aspects salafistes, wahabistes et extrémistes véhiculait à longueur de journée, obligeant un jeune à se contenter d’un espace adapté aux personnes âgées et pieuses,

- L’humiliation  quotidienne par les organes de l’Etat lors de recherche d’emploi ou de participation à des concours de recrutement,

- Une injustice sociale qui creuse les fossés entre les riches et les pauvres, une justice à deux vitesses que les jeunes qualifient dans leur majorité d’injuste, 

- Un chômage permanent enfermant un jeune dans un enclos social le poussant vers les psychotropes et les hallucinogènes,

- La référence aux enfants de l’oligarchie bâtie rapidement sur les biens du peuple d’en bas, ces derniers vivent dans le luxe, certains sont des harraga mais officiel dans des structures administratives à l’étranger

- La santé à trois vitesses où les nantis se soignent à l’étranger ou dans des cliniques privées lorsque le peuple est orienté vers des hôpitaux mouroir,

- Un indicateur commun à tous ces types de harraga : la pauvreté et l’humiliation humaine et leurs conséquences morales, sociétales et comportementales.

Typologie des harraga

En l’absence d’indicateurs et de statistiques fiables, il est difficile de cerner le nombre de clandestins algériens qui ne cesse de grandir au point de faire l’objet de discussions directes entre les gouvernements respectifs, comme ce fut le cas avec la France, l’Italie et l’Allemagne.

La typologie reste un maillon faible de ce phénomène, l’absence de statistiques fiables ne permet pas de faire une typologie acceptable car elle dérangerait les gestionnaires de ce phénomène. Il existe trois types de harraga, le type national, international et officiel. Le premier regroupe les jeunes du sud qui aspirent à un bien-être climatique et économique seulement. Le second type concerne les personnes âgées entre 7 et 35 ans, titulaire d’un diplôme et sans emploi depuis des années et dont le père appartient à la classe moyenne. Le troisième type relève de la nomenklatura permettant à ses rejetons de trouver une inscription ou un emploi dans un pays étranger.

Quels remèdes appliqués ?

Offrir des logements, un emploi temporaire et sous-rémunéré, des crédits, un diplôme au rabais ne semblent pas avoir répondu aux attentes des chômeurs qui deviennent dans leur grande majorité des harraga.  Seul un réel projet de société où chacun retrouve sa place selon ses compétences intrinsèques dépouillées de corruption, de clientélisme et de passe- droit. 

Force est de constater que les décisions adoptées pour mettre fin à cette tragédie restent la sanction puisque s’il est récupéré par la marine algérienne avant d’entamer la traversée de la Méditerranée, l’immigration clandestine est systématiquement poursuivie depuis 2009 par la justice et souvent condamnée à des amendes voire des peines de prison. Cette sanction a connu ses limites et son inefficacité puisque le phénomène s’est amplifié et au lieu de punir, l’État devrait identifier les causes réelles et leur trouver des solutions. 

Pour enfin comprendre ce phénomène, le dernier Forum national portant sur : «À la recherche d'un remède contre la harga», s’est soldé par l’organisation de 4 ateliers devant analyser des aspects en lien avec le phénomène de la harga. Le but, comme à l’accoutumé est d’arriver à des recommandations pour sa prise en charge. Il s’agit de l’atelier Sensibilisation, communication et cyberespace «pour une action préventive commune» ; l’Intégration économique des jeunes «réalités, contraintes et enjeux» ; Programmes de jeunesse, de culture et de loisirs «entre réalité et aspirations pour une attractivité meilleure» et le dernier atelier Rôle des organisations de la société civile, dans la prise en charge des jeunes «proximité, médiation et réseautage». Comme tous les forums, les recommandations se sont perdues dans des langues de bois où dominent de longues et nombreuses recommandations dont la mise en œuvre nécessite des moyens et du temps alors que les jeunes continuent de fuir le pays en bravant la mort.

Si le Conseil national de la Jeunesse (CNJ) était opérationnel alors qu’il date de 2016, certaines réponses aux questions posées lors du forum auraient eut une réponse. Si les recommandations du CNES étaient prises en considération, ce phénomène aurait probablement diminué. Mais avec des SI on habiterait la planète Jupiter. Le but même s’il est avoué en partie est de réviser les lois pénalisant le concept de Harragas après introduction de la demande auprès du ministre de la Justice.

Les leviers permettant de diminuer les harraga sont connus mais souvent occultés puisqu’ils relèvent de la politique en général et de la pauvreté en particulier induite par la corruption et le clientélisme. 

Fiche de Renseignement d’un Futur Harrag (FRFH)

Après des discussions à bâton rompu avec des jeunes dans le volet de la harga, il est possible d’établir un type représentatif des candidats potentiels à la harga :

- il est jeune avec un âge oscillant entre 9 et 0 ans en moyenne

- il est titulaire d’un diplôme de l’enseignement moyen à supérieur

- il est à la recherche d’emploi depuis plus de 3 ans

- il appartient à la catégorie socioprofessionnelle des chômeurs de longue durée

- il relève de la classe des prolétaires

- son père perçoit une rémunération mensuelle ne dépassant pas les 30 000,00 DA

- ils sont 5 personnes dans la famille avec une seule ressource

- il s’est présenté en moyenne à trois concours par an sans résultats, passe-droit oblige

- il dispose d’un argent de poche de 500,00 DA par mois

- son rêve, amasser 8000 Euros et quitter le pays.

 

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