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    Le montant du chiffre d’affaires dissimulé des transactions commerciales, décelé durant le premier semestre 2019 par les services du ministère du Commerce, a augmenté de 206% par rapport à la même période de 2018. Selon un bilan de l'activité du contrôle économique et de la répression des fraudes, effectué de janvier à juin 2019, les services du ministère ont constaté 4.654 infractions liées à la facturation, dont 286 qualifiées d'établissement de factures fictives et de fausses factures.

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  • PRODUIT INTÉRIEUR BRUT (PIB) : Le taux de croissance a atteint 1,5%

    La croissance globale du produit intérieur brut (PIB) de l'Algérie a atteint 1,5% au 1er trimestre 2019, en comparaison avec le même trimestre de l'année 2018, a appris lundi l'APS auprès de l'Office national des statistiques (ONS). Cependant, la croissance du secteur des hydrocarbures s'est caractérisée par une baisse de -7,7% au 1er trimestre 2019, contre -2,4% durant la même période de l'année écoulée.

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  • LE Pr LACHEMI SIAGH SCANNE LA SITUATION ÉCONOMIQUE ACTUELLE : «La création d'une caisse de dépôt et d’investissement est nécessaire»

     

    La création d'une Caisse de dépôt et d’investissement devrait constituer un élément central des réformes structurelles à entreprendre en Algérie, a suggéré le professeur Lachemi Siagh, spécialiste en stratégie et en financements internationaux. Cette caisse sera l'instrument idoine pour le développement d'un marché financier, en jouant le rôle de teneur de marché. Elle aura vocation à prendre des participations dans les entreprises rentables, a-t-il expliqué à la presse. Cette Caisse pourra également gérer les excédents de liquidité des différents organismes publics et parapublics qui n'ont pas de capacité de gestion d'actifs et de planification financière comme la CNR (Caisse nationale de retraite), la CNAC (Caisse nationale de chômage) et la CNAS (Caisse nationale de sécurité sociale), a-t-il ajouté. 

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  • PME ET CROISSANCE : Les équilibres du pays en jeu

    Alors que le pétrole est à moins de 70 dollars, une sérieuse crise risque de mettre en péril tous les équilibres financiers de l’Algérie. C’est dans ce contexte et pour répondre aux importantes questions de l’heure inhérentes à ces risques, que la Commission d'organisation et de surveillance des opérations de Bourse (Cosob) a décidé d’engager de profondes réflexions sur le sujet lors de la tenue de la 2e édition du Colloque de son conseil scientifique.

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Si jeunesse pouvait !...

Sans citer d’exemples, la relève de la gouvernance aujourd’hui de par le monde est passée aux quadragénaires quand des exceptions de petits génies de 24-25 ans ne sortent pas du lot.

COMMERCE ET PETITE ENTREPRISE ÉTRANGÈRE DANS LA VILLE : Quand l’ethnie divise les chercheurs



Les travaux sur «le commerce et la petite entreprise étrangère dans la ville» s’inscrivent à l’intersection de deux champs d’étude, celui du petit commerce et de l’artisanat et celui de l’immigration. Tous deux ont la particularité de s’ouvrir tardivement à la recherche pour des raisons d’ordre à la fois sociétal et épistémologique. 

 

Le premier est empreint d’un désintérêt ancien pour une activité jugée «indigne». Quant au second, il est lié à une lente reconnaissance des phénomènes migratoires en France. Les écrits relatifs au petit commerce et à l’artisanat en portent les marques puisqu’on y constate une absence quasi totale des étrangers. Et il est nécessaire de se tourner vers le champ de l’immigration, puis, vers celui des questions ethniques, pour trouver des travaux sur les entrepreneurs étrangers. 

Jusqu’aux années quatre-vingts, les recherches sur le commerce étranger dans la ville sont peu nombreuses. D’abord consacrés aux commerçants maghrébins, les écrits s’ouvrent progressivement aux commerçants asiatiques dans une perspective comparative. Ce domaine émerge dans les années quatre-vingt-dix, non seulement à cause de la plus grande présence des étrangers dans le secteur tertiaire mais également à la faveur des évolutions épistémologiques qui s’inspirent de l’école de Chicago. 

Du commerce «étranger»  au commerce «ethnique» : l’influence de la sociologie américaine

L’école de Chicago, berceau de la sociologie des relations interethniques, a fortement influencé les travaux sur le commerce étranger dans la ville. Parmi ces nombreux sociologues, citons l’apport considérable de Robert Park qui analyse la mobilité spatiale à l’aune de la mobilité sociale. Il décrit des «ghettos» qui disposent d’un commerce et d’un artisanat de proximité qui seraient pratiqués par et pour des populations immigrées. C’est dans ce cadre que les chercheurs américains se sont intéressés à leur mode de consommation et à ce qu’ils ont désigné sous le terme d’«ethnic business». 

En France, les enseignements de l’école de Chicago sont longs à investir les sciences humaines. La sociologue Jacqueline Costa-Lascoux souligne que «la référence à l’école de Chicago ou […] les relations interethniques ont commencé à mobiliser la recherche française […] à la fin des années quatre-vingt». Or, les études sur les commerçants et les artisans étrangers ont pour caractéristique de se développer en prenant pour angle d’attaque les relations interethniques. La sociologue Jocelyne Streiff-Fenart résume bien ces différentes approches dans un article sur les recherches interethniques en France. Le premier axe englobe la «perspective immigration» avec comme question centrale celle de l’intégration. Le second est interethnique et intègre des problématiques telles que les mécanismes d’identification des individus aux groupes ou encore la définition des appartenances culturelles. Jocelyne Streiff-Fenart cite pour exemple «les recherches sur les pratiques entrepreneuriales des immigrés». Un troisième axe analyse les relations entre «groupe dominant» (pays d’accueil) et «groupe dominé» (les immigrés). En France, c’est la première tendance qui a longtemps dominé tant au sein de la recherche qu’au sein de la société dans son ensemble. Toutefois, un passage progressif s’est produit, d’une réflexion autour de l’assimilation puis de l’intégration à la reconnaissance toujours discutée d’une France pluriculturelle. Il faut ici souligner le lien entre évolution épistémologique et contexte sociétal et politique du moment. Jocelyne Streiff-Fenart reprend ainsi le terme d’«oscillation séculaire». 

Deux sociologues français, Roger Bastide et Maurice Halbwachs, sont précurseurs dans les études interethniques [Bastide, 1931 ; Halbwachs, 1932]. En 1950, le premier d’entre eux institue, à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, une chaire des «relations sociales et des contacts culturels» ; en 1966, une commission nationale se charge des recherches sur les questions ethniques. La professionnalisation de la recherche interethnique étant lancée, il faut cependant attendre le début des années 1990 pour que des travaux soient entrepris sur cette thématique. Les trois champs suivants : petit commerce, immigration et question ethnique se rencontrent enfin. Ces renouveaux paradigmatiques, soutenus par des revues comme Ethnies créée en 1968 et Pluriel en 1975, stimulent les recherches sur les commerçants et les artisans étrangers, intégrant alors les notions d’«ethnique» et d’«ethnicité». Nombreux sont les ouvrages et les articles qui emploient alors le terme de «commerce ethnique», sans donner pour autant une définition précise de ce concept. Certains auteurs se sont livrés à un essai de définition. Le géographe Emmanuel Ma Mung note que le commerce «ethnique» désigne «une activité pratiquée par des personnes qui utilisent et s’appuient sur des réseaux ethniques sur le plan du financement [...], de l’approvisionnement, sur celui du recrutement du personnel et parfois même sur celui de l’achalandage».  La géographe Michelle Guillon et la sociologue Isabelle Taboada-Leonetti soulignent que c’est un commerce pratiqué par certains groupes ethniques en direction de leur propre communauté. Étant donné l’origine américaine de cette classification, un débat s’ouvre sur sa pertinence et sa validité pour le cas français. Certains chercheurs ont tendance à nuancer cette terminologie, à l’image de la sociologue Laurence Costes pour qui «les liens ethniques [sont] superposés et croisés par d’autres appartenances et notamment par des liens commerciaux». Selon elle, ces commerçants sont donc soumis aux lois du marché national au même titre que les autochtones. Marché autonome ou pas, la question divise les chercheurs. Les quartiers d’immigration, considérés comme «laboratoire social», deviennent le cadre privilégié de ces analyses.

Les analyses au prisme des quartiers d’immigration

La redécouverte des travaux de l’école de Chicago et les problèmes posés par les concentrations d’immigrés entraînent un essor des écrits sociologiques sur les quartiers  d’immigration. Ces études s’intéressent notamment au commerce et à l’artisanat des quartiers des grandes villes françaises, à Paris, Lyon et Marseille. Nous centrerons ici l’analyse sur les quartiers parisiens au regard des nombreuses références scientifiques, mais aussi de l’ancienneté du phénomène. Le quartier de «La Goutte d’Or» est un des premiers à être associé à la notion de « ghetto». En 1979, l’économiste Messamah Khelifa présente l’évolution de ce quartier depuis le début du XVIIIe siècle. Le désignant comme le «poumon de l’immigration», il remet en cause l’idée d’un «quartier de proxénètes, de voleurs et de pègre arabe» qui peut être accolée à la notion de «quartier d’immigration». Par ailleurs, il analyse la dimension familiale de ces activités commerciales en évoquant le rôle des femmes, dans la transmission des pratiques traditionnelles, et celui des enfants, de plus en plus scolarisés, qui contribuent à la gestion de la boutique.

En 1986, la Mission de la Recherche Urbaine (Ministère de l’Urbanisme et du Logement) commande et finance une série de trois études de quartiers parisiens. Il s’agit du «triangle de Choisy» (13e arrondissement), du quartier d’«Aligre à l’îlot Châlon» (12e arrondissement) et de celui des «immigrés des beaux quartiers» (16e  arrondissement). Ce financement montre le lien qui unit ces travaux à la demande sociale. Un premier travail est dirigé par Michelle Guillon et Isabelle Taboada-Leonetti qui, après une analyse de la structure du quartier, optent pour le terme de «Triangle de Choisy». Selon elles, les catégories de «ghetto» et de «Chinatown» ne sont pas adaptées à cet espace géographique. L’absence d’une configuration spatiale autonome se confirme dans leur panorama des activités commerciales. Les contacts avec la population autochtone restent suffisamment importants en dépit «de la constitution d’une infrastructure ethnique [...] qui satisfait la plupart des besoins de la population en commerces, encadrement et services (hôpitaux, cimetières, écoles, etc.)». La conquête du marché français par les Asiatiques va donc à l’encontre de l’idée d’une «enclave ethnique». Le deuxième ouvrage, consacré aux Autochtones et Immigrés en quartier populaire du marché d’Aligre à l’îlot Châlon, s’intéresse aussi aux pratiques sociales de l’espace urbain et aux réseaux intra et interethniques, permettant le fonctionnement et l’essor du commerce. Le dernier volet de ces études de quartiers parisiens porte sur la communauté espagnole résidant dans le 16e arrondissement. Ce travail a l’originalité de présenter un «secteur bourgeois et résidentiel» qui abrite des proportions d’immigrés qui font partie des plus élevées de la capitale. Il se démarque ainsi des recherches traditionnelles essentiellement ciblées sur les quartiers «pauvres». 

En 1988, l’anthropologue Anne Raulin se penche aussi sur le 13e  arrondissement parisien, réfute la notion de «Chinatown» et propose le terme de «Petite Asie de Paris», une formulation estimée plus adaptée à la configuration de l’espace. Privilégiant une démarche anthropologique, elle réfléchit aux origines de cette concentration urbaine en distinguant des facteurs conjoncturels (rénovations urbaines, transformation du paysage commercial) et structurels (dynamique commerciale urbaine, absence de compétition des autochtones). Notons également la publication, des actes d’un colloque sur «Les étrangers dans la ville» [Simon-Baroh, Simon, 1990]. Véronique de Rudder y note que, depuis quelques années, les immigrés dans la ville, les quartiers ethniques, la ghettoïsation, la cohabitation pluriethnique, conflictuelle ou non ont fait l’objet d’enquêtes plus nombreuses. Elle souligne que ces recherches s’attachent notamment aux pratiques sociales et culturelles des étrangers ainsi qu’à la constitution de réseaux de solidarité ethnique.  

En 1995, la juriste et sociologue Jacqueline Costa-Lascoux et l’historien Live Yu-Sion publient un ouvrage intitulé Paris XIII, lumières d’Asie. Ils remettent en cause un certain nombre d’«idées reçues», particulièrement celles qui voudraient faire de cet arrondissement un «Chinatown». À propos des activités commerciales, ils précisent que «contrairement à des clichés véhiculés […] ils [les Chinois] ne font pas de l’ethnic business avec des produits chinois pour des Chinois nostalgiques ». Live Yu-Sion présentait déjà ce point de vue dans un numéro spécial de la Revue Européenne des Migrations Internationales (REMI) consacré à «La diaspora chinoise en Occident». Il préfère le terme de «regroupements urbains» à celui de «ghettos urbains» et celui de «quartiers chinois» à celui de «Chinatowns», qu’il rattache à des villes telles que New-York, San Francisco, Toronto, Londres ou Amsterdam. Par ailleurs, il note lui aussi que «le commerce pratiqué n’est pas orienté en direction des Chinois mais dirigé vers la population autochtone». Ce sont donc des commerces essentiellement «exotiques», pour reprendre la typologie proposée par Emmanuelle Ma Mung et Gildas Simon.  

Dans ce même numéro spécial, l’ethnologue Jean-Pierre Hassoun propose, pour les entrepreneurs chinois l’expression de «constellation ethnique», terme sur lequel nous reviendrons par la suite. Les rituels qu’ils pratiquent sont spécifiques au statut d’entrepreneur puisqu’ils ont une fonction de protection et qu’ils symbolisent la prospérité, l’argent et donc la réussite économique. Il s’agit ici d’une « ressource symbolique » sur laquelle s’appuient les entrepreneurs chinois. Dans un autre article, il évoque le rôle des ressources linguistiques dans la mise en place d’un projet entrepreneurial. À l’appui de sa démonstration, il décrit minutieusement le système du hui, un réseau financier de prêts et d’enchères. Engagé par un entrepreneur, il fait essentiellement appel à des individus qui sont davantage issus d’une même origine géographique et dialectale que d’une même famille au sens restreint du terme. Il remet donc en cause le stéréotype des commerçants chinois qui s’appuieraient sur une solidarité essentiellement familiale. Ce système repose plus sur un esprit de famille entre «associés», sur des liens de confiance et de respect, des valeurs héritées de traditions anciennes qu’ils reproduisent en le transformant dans le contexte parisien. À titre de comparaison, sont évoqués les travaux sur la question, notamment ceux d’Ivan Light, pour le contexte américain, qui utilise le terme d’«honneur ethnique ». On retrouve dans l’article de Jean-Pierre Hassoun l’expression de « constellation ethnique » afin de souligner l’existence de « groupes trop informels et trop mouvants pour fonder une communauté […], capables de faire intérioriser à leurs membres un sentiment d’honneur ethnique ». Au total, ces ressources apparaissent comme essentielles pour éviter un « déclassement » et favoriser un « reclassement » au sein des trajectoires des chinois originaires du Cambodge, du Vietnam et du Laos. Ces études en termes de trajectoires trouvent une résonance dans les travaux historiques qui s’intéressent aux mobilités sociales, professionnelles et géographiques des entrepreneurs étrangers. 

 

Une perspective longitudinale : les apports de la microstoria

Les travaux sur les commerçants et les artisans étrangers sont empreints de l’influence grandissante de la microstoria. Cette nouvelle approche se développe suivant deux axes majeurs. Gérard Noiriel qualifie la première de «microstoria sociale» et l’autre de «culturelle» (Carlo Ginzburg). C’est dans la première tendance que s’insèrent les études ici présentées. Avec l’apport de ce courant historiographique, l’histoire de l’immigration fait de plus en plus appel aux notions de trajectoires et de réseaux, des termes particulièrement adaptés aux activités commerciales et artisanales. Les premiers écrits que nous présentons ici n’ont pas pour objet d’étude les commerçants et les artisans étrangers, mais les ont rencontrés dans le cadre d’étude de quartiers ou de départements. De nature d’abord monographique, ils s’ouvrent progressivement à une perspective comparative. 

Les parcours socioprofessionnels de migrants

En 1995, Marie-Claude Blanc-Chaléard soutient une thèse d’histoire sur «Les Italiens dans l’Est parisien». Elle propose une histoire de l’«intégration» et entend se démarquer des études passionnelles sur une question au cœur des débats politiques et sociétaux. Elle se donne pour objectif de dégager les pratiques, les logiques d’implantation et d’identification propres au territoire. À cette fin, elle suit le parcours des individus, en comparant deux quartiers parisiens (Charonne, Sainte Marguerite) et deux communes de la banlieue parisienne (Montreuil et Nogent-sur-Marne). Elle s’inspire des travaux de Maurizio Gibaudi sur les ouvriers de Turin qui a souligné des «différences de mobilités sociales entre ceux qui s’étaient incrustés dans le bastion ouvrier de la périphérie et ceux qui avaient tenté l’aventure en centre-ville». Les territoires étudiés sont des espaces fortement «italianisés», à l’image de la «Petite Italie» de Nogent. 

Marie-Claude Blanc-Chaléard s’intéresse à «la petite entreprise italienne du bâtiment en banlieue parisienne», plus particulièrement à une entreprise familiale (les Taravella) dont le rayonnement est si important qu’elle emploie l’expression de «dynastie du bâtiment». Elle distingue trois temps dans l’évolution de ce secteur économique en milieu parisien. De 1870 à 1924, c’est le temps de l’émergence et de l’apprentissage, via notamment les contacts avec les maçons Limousins. Dans l’entre-deux-guerres et durant les Trente Glorieuses, le «modèle s’épanouit» grâce à la constitution de réseaux communautaires et extracommunautaires. Enfin, la crise des années soixante-dix provoque la débâcle des entreprises fondées avant 1939, excepté quelques-unes. Il reste aussi des petites unités de production qui ont survécu par l’intermédiaire de la sous-traitance. En outre, du fait de leurs activités professionnelles et de leurs pratiques de l’espace urbain, leurs mentalités se sont profondément transformées. Influencés par le modèle «dominant», les Italiens en viennent à rejeter les activités manuelles, un sentiment largement exprimé par les «secondes générations». Dans la lignée de cette étude sur les quartiers parisiens, on note les thèses de deux historiennes, Nancy Green et Judith Rainhorn qui s’insèrent davantage dans une démarche dite «comparative».

 

Des travaux comparatifs de part et d’autre de l’Atlantique

Nancy Green soutient, en 1996, une thèse d’histoire sur La confection et les immigrés. Elle met en perspective l’industrie de la mode dans la «Septième Avenue», à New York, avec celle du Sentier à Paris, en précisant que son travail s’inscrit dans une comparaison «spatiale, ethnique et temporelle sur un siècle» de 1880 à 1980. À propos des questions ethniques, Nancy Green les aborde tant dans le monde du travail qu’au sein des quartiers urbains. Parmi les différents groupes qui se sont succédé durant un siècle, on retiendra les Juifs et les Chinois du fait de leur forte proportion à New-York comme à Paris. Par ailleurs, ceux-ci ont fortement interrogés les questions de l’ethnicité, de ghetto urbain et de niche économique. Nancy Green analyse également le terme de «Chinatown», dont elle indique qu’il est ignoré en France pour ne pas verser dans le discours des «maux urbains», mais aussi pour maintenir la tradition républicaine qui est «une et indivisible». Elle note également que les sciences sociales françaises ignorent le terme d’«ethnicité», ce qui, comme nous l’avons montré, est moins vrai à partir des années quatre-vingt-dix. Nancy Green clôt son ouvrage par ces termes : «Notre conclusion est que l’ethnicité, comme la flexibilité, se trouve dans les deux pays et qu’elle a varié historiquement à Paris comme à New-York». Il faut ici souligner qu’elle ne considère pas les débats et les conflits, au sein la confection, comme devant s’analyser par le seul prisme de l’ethnicité. Ainsi, elle montre qu’il faut y voir également des antagonismes économiques (flexibilité, sous-traitance et concurrence) et des tensions entre les migrants anciens et les nouveaux venus.  

Dans cette lignée, Judith Rainhorn soutient, en 2001, une thèse sur Les migrants italiens à La Villette (Paris) et East Harlem (New York), deux quartiers qui ont accueilli une forte proportion de migrants italiens. Elle justifie cette démarche comparative en soulignant qu’en dépit des différences de bâtis, ces deux territoires présentent beaucoup de similitudes dans leur processus d’urbanisation. Couvrant la période 1880-1930, son travail a pour objet principal de définir la naissance, la croissance, l’apogée et la dissolution des territoires italiens à East Harlem et à La Villette. Judith Rainhorn analyse ainsi le petit commerce italien pratiqué dans ces deux espaces et précise qu’il confère au territoire son caractère italien tout en soulignant les différences notables de part et d’autre de l’Atlantique. Toutefois, en dépit de ces dissemblances, elle constate, certes à des degrés divers, le rôle fondamental des solidarités familiales, villageoises ou communautaires. À La Villette, deux configurations commerciales sont présentées, celles des vitriers, originaires du Val Soana (Piémont), et celle des marchands de quatre saisons de la Ciociaria (Latium, Abruzzes, Molise). Dans le premier cas, elle décrit l’existence d’une filière migratoire et professionnelle fondamentale, pour une activité qui repose essentiellement sur le savoir-faire. Au contraire, la vente ambulante ne nécessite pas des compétences spécifiques. Aussi, les marchands de quatre saisons créent leurs réseaux sur place, au sein de l’espace «italo-villettois». Ces études de cas témoignent donc de la diversité des situations selon l’origine régionale des migrants, l’activité exercée et l’espace investi.  Les thèses de Nancy Green et de Judith Rainhorn montrent la valeur heuristique de l’approche comparative en dépit des difficultés méthodologiques qu’elles soulignent. Ainsi en est-il des diverses conceptualisations qui, en définitive, ne sembleraient pas couvrir des réalités fort dissemblables. Toutefois, le risque est de transposer des termes qui sont propres aux contextes de chaque pays. L’étude récente de Claire Zalc sur les petits entrepreneurs étrangers dans le département de la Seine apporte des éléments de réflexion sur la pertinence du terme d’«ethnicité» pour le cas français. 

 

Les commerçants et les artisans étrangers comme objet d’étude historique

Claire Zalc a soutenu, en 2002, une thèse d’histoire sur les petits entrepreneurs étrangers dans le département de la Seine. Elle définit son objet d’étude en soulignant qu’elle a retenu plusieurs nationalités, afin de mettre en œuvre une démarche comparatiste. Elle retient le terme de «petit entrepreneur» qui «offre l’avantage de rappeler le double ancrage de ces individus, du côté des petits comme du côté des possédants ». De plus, cette taxinomie regroupe les commerçants et les artisans, dont la distinction n’est pas encore pertinente dans l’entre-deux-guerres où nombre d’entre eux fabriquent et commercialisent leurs biens. Claire Zalc propose, entre autres, une histoire sociale des appartenances, par une analyse des réseaux mis en œuvre par les petits entrepreneurs étrangers. Ainsi, on découvre une transversalité des réseaux, à la fois professionnels, familiaux, communautaires, ou plus étroitement «ethniques». Elle note que ce dernier terme est moins approprié au cas français et qu’il trouve une configuration différente selon les groupes d’immigrés. Ainsi, pour les commerçants asiatiques, «la notion d’‘entreprise ethnique, mise au point par la sociologie nord-américaine, y trouve incontestablement un écho». Cette recherche s’attache aussi à décrire l’implantation spatiale des entrepreneurs étrangers, davantage communautaire, pour les nouveaux arrivants et qui s’élargit au fur et à mesure de leur ancienneté d’installation. 

Au total, ce travail apporte un nouveau regard au commerce étranger car il ne prend pas pour postulat une concentration de ces activités économiques dans un même espace géographique. Il s’agit ici d’un corpus de commerçants et d’artisans étrangers, constitué et exploité à partir des registres de commerce et du recensement. Les sources historiques sur lesquelles s’appuient ces historiens permettent de joindre aux travaux géographiques, sociologiques et ethnologiques une observation dans la longue durée du commerce et de la petite entreprise étrangère dans la ville.  

Ainsi, l’essor de la production scientifique à partir des années quatre-vingt-dix, s’appuie sur deux types d’approche. D’une part, sous l’influence des travaux de l’école de Chicago, on observe un changement de paradigme. Les travaux à l’échelle nationale sont délaissés au profit d’un cadre géographique plus restreint comme le département, la ville et, bien souvent, le quartier. De plus, un glissement taxinomique s’opère du commerce «étranger» au «commerce ethnique». D’autre part, les historiens investissent davantage ce champ de recherche. La microstoria détourne le regard de la «classe ouvrière» vers les autres catégories sociales notamment vers les commerçants et les artisans.

Parmi ces travaux, nombre d’entre eux traitent des activités commerciales et artisanales pratiquées par des étrangers au prisme des quartiers d’immigration. L’objet est de nommer, de définir et de comprendre le fonctionnement de ces territoires tant dans leur aspect urbain, économique que social. Ces productions, qui se développent essentiellement en sociologie et en ethnologie, tendent à expérimenter la validité de concepts hérités de la sociologie américaine. Certains auteurs forgent alors des nouvelles terminologies qu’ils pensent plus adaptées au contexte français. Néanmoins, les débats que l’on observe autour des notions de «ghetto» ou de «Chinatown» n’ont pas autant d’échos en ce qui concerne les activités commerciales. En effet, le terme «commerce ethnique» est souvent employé de manière extensive sans une observation fine des échanges économiques. 

Par ailleurs, dans ce champ de recherche, encore en construction, il faut remarquer l’absence quasi-totale des femmes. Seules quelques références sont spécifiquement consacrées à leur place dans ce secteur économique. Toutefois, cet objet d’étude reste un domaine de recherche en pleine expansion comme en témoigne le récent colloque sur «Les petits entrepreneurs et les petites entreprises étrangères en France (XIXe-XXe siècles)».

D. B. 

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