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Économie mondiale



La croissance mondiale s’essouffle sous l’effet notamment des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, a souligné la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) laissant entendre que l’institution pourrait abaisser ses prévisions la semaine prochaine.

La croissance s’essouffle

Christine Lagarde note que la croissance mondiale demeure à son plus haut niveau depuis 2011 quand elle avait rebondi après la crise financière de 2008 : Mais «il y a des signes que la croissance mondiale a atteint un plateau. Celle-ci est devenue moins synchronisée avec moins de pays participants à cette expansion», a-t-elle expliqué dans un discours précédant les réunions annuelles du Fonds qui se dérouleront la semaine prochaine à Bali en Indonésie. Certains risques «ont commencé à se matérialiser» allant de l’imposition des taxes douanières aux pressions sur les marchés financiers dans de nombreux pays émergents, note-t-elle. En juillet, l’institution tablait sur une croissance mondiale de 3,9% pour cette année et l’an prochain. Mais «les perspectives sont depuis devenues moins favorables, comme vous le verrez dans nos prévisions actualisées (qui seront publiées) la semaine prochaine», a-t-elle également déclaré.

Le «problème clé» est la matérialisation des menaces de mesures protectionnistes, estime la responsable de l’institution de Washington. L’administration Trump a imposé cet été des taxes douanières sur 250 milliards de dollars d’importations venues de Chine, en rétorsion à des pratiques commerciales jugées «déloyales». Pékin a rétorqué en infligeant de son côté des tarifs douaniers sur 110 milliards d’importations de produits américains. Les États-Unis, qui ont aussi mis en œuvre des taxes sur l’acier et l’aluminium, s’efforcent d’obtenir une plus grande ouverture des marchés aux marchandises américaines.

«Cela affecte non seulement le commerce lui-même, mais encore les investissements et l’industrie dans la mesure où l’incertitude est grandissante», a commenté Christine Lagarde dont le discours a été préparé avant l’annonce dimanche soir d’un nouvel accord entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Christine Lagarde relève que pour l’heure, la guerre commerciale semble sans effet sur les États-Unis dont l’économie «croit fortement» dopée par un stimulus fiscal et financier. Mais elle note qu’en Asie où la croissance se poursuit à des niveaux plus élevés que dans d’autres régions, il y a «des signes de modération» de l’expansion chinoise, «qui vont être exacerbés par le conflit commercial». Dans le reste du monde, parmi les économies avancées, la croissance de la zone euro ralentit et «dans une certaine mesure, celle du Japon»

 

Nouveau record de l’endettement

«Les pays doivent travailler ensemble pour construire un système de commerce mondial plus solide et plus équitable», préconise la dirigeante du FMI. «Nous devons réparer le système, pas le détruire», a-t-elle ajouté alors que le président américain Donald Trump ne cesse de dénoncer les accords commerciaux et a menacé de retirer les États-Unis de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Le Canada et les États-Unis ont annoncé dimanche soir, une demi-heure seulement avant l’expiration de l’ultimatum fixé par Washington, «un accord de principe, de concert avec le Mexique» pour réformer le traité de libre-échange nord-américain (ALÉNA) qui lie 500 millions de Nord-Américains. Le FMI s’inquiète par ailleurs de l’endettement toujours plus grand de l’économie mondiale. Dix ans après la crise financière, l’économie est plus sûre qu’elle ne l’était, mais «ce n’est pas suffisant», note-t-elle. «Après une décennie de conditions financières relativement faciles, les niveaux d’endettement ont atteint des nouveaux records dans les pays avancés, émergents ainsi que dans les pays pauvres», a-t-elle insisté.

L’endettement mondial, à la fois public et privé, représente 182 000 milliards de dollars contre 164 000 milliards estimés en avril. «C’est près de 60% plus élevé qu’en 2007», avant la récession mondiale, déplore-t-elle. Cet endettement colossal résulte de la relance de l’économie après la crise quand les gouvernements ont renfloué certaines banques en difficultés et quand les banques centrales ont alimenté les marchés avec des taux d’intérêt extrêmement bas. Il rend désormais les gouvernements et les entreprises plus vulnérables au durcissement des conditions financières. «Les économies émergentes et en voie de développement en ressentent déjà l’effet», a également réagi Christine Lagarde, invitant ces pays à minimiser leurs risques en réduisant la dette des entreprises et à emprunter de manière plus durable. Les partenaires de l'Amérique sont tous déstabilisés. L'Europe par l'embargo envers l'Iran, les pays émergents par le ralentissement de la Chine dont ils sont dépendants pour leurs ventes de matières premières. Seule l'économie américaine est épargnée.  

Les États-Unis contre le reste du monde: le match qui se joue depuis l'élection de Donald Trump est inédit, ce qui contribue à en accroître l'incertitude. Le slogan du président américain «America first», l'Amérique d'abord, paraît certes banal et légitime à la fois: quel chef d'État ne dirait pas à ses concitoyens que leur pays est sa priorité? Mais les choses se compliquent singulièrement compte tenu des responsabilités très spéciales, politiques et économiques, de fait et de droit, que les États-Unis exercent. Voici deux exemples parmi une bonne douzaine de ces «privilèges exorbitants» de l'Amérique: l'hégémonie du dollar et le rôle dominant que ses multinationales jouent dans les échanges mondiaux. Il faudrait y ajouter l'extraterritorialité du droit dont l'embargo sur l'Iran est la dernière illustration. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le billet vert n'a cessé d'être la clé de voûte du système monétaire international. 

 

L'hégémonie du dollar inquiète

Il l'était de façon ...Le monde semble avoir atteint une situation dans laquelle il n'est plus possible d'améliorer la situation de quiconque sans détériorer celle de quelqu'un d'autre. Comment analyser aujourd'hui l'économie mondiale ? Le défi le plus important n'est pas celui de comprendre la conjoncture, mais l'affaiblissement du cadre dans lequel les interactions économiques internationales étaient organisées et de l'adhésion dont il bénéficiait. Les causes profondes renvoient notamment au positivisme excessif avec lequel les relations entre la science économique et la société sont appréhendées. A force de vouloir que notre science produise des résultats et des impacts, on en est venu à transformer des résultats conditionnés par le temps et par l'espace en certitudes techniques quasi universelles, niant toute légitimité au doute, à la politique et finalement en partie à l'innovation. 

 

Appel à une croissance verte et solidaire

La crise a montré combien cette vision pouvait être erronée en ce qui concerne les bénéfices de la libéralisation financière. Au-delà, la montée des inégalités dans les pays développés souligne aussi combien les «solutions» mises en œuvre s'éloignent de l'idéal d'une croissance partagée. Non seulement les résultats sont rejetés, mais les élites et experts s'en trouvent déconsidérés, et les raisonnements scientifiques deviennent suspects. D'où ce renversement saisissant de l'aphorisme de Descartes, amplifié par l'aisance de la communication à travers les réseaux sociaux, en un «je suis, donc je pense (que...) et mon avis est légitime».

Ce passage à l'ère de post-vérité est extrêmement préoccupant pour l'avenir de la prospérité et de la démocratie. Au-delà de cette évolution, la métrique nous égare. Dans un article sur l'économie mondiale, les lecteurs doivent naturellement s'attendre à une discussion sur les perspectives de croissance dans les principaux pays. Mais elle serait bien décalée au regard des enjeux. Au-delà d'appels sincères à une «croissance verte et solidaire» pour laquelle on manque d'indicateurs synthétiques, on continue à centrer les raisonnements sur le PIB, et cette domination n'est que faiblement compensée par les travaux fondamentaux réalisés sur les inégalités ou par l'accroissement des connaissances scientifiques en matière de climat et de biodiversité.

Comme lors de l'avènement du siècle des «Lumières en Europe», ce ne sont pas les promesses scientifiques qui peuvent vaincre l'obscurantisme, mais le refus de ce dernier qui peut permettre aux premières de se manifester. Il n'est pas étonnant que ces difficultés rejaillissent sur la coopération internationale. Qu'il s'agisse de la construction européenne ou du multilatéralisme aux Etats-Unis, nombre d'électeurs n'attendent pas de cette coopération la solution aux problèmes auxquels ils font face, alors même que ces problèmes sont largement reconnus comme communs. Dans le jargon de l'économiste, le monde semble avoir atteint une sorte d'optimum parétien, c'est-à-dire une situation (loin d'être optimale, bien entendu) dans laquelle il n'est plus possible d'améliorer la situation de quiconque sans détériorer celle de quelqu'un d'autre. Plus prosaïquement, sans réformes profondes qui vont affecter la distribution des rentes de situation, en France et ailleurs, il n'est plus possible d'accroître de façon viable et durable la taille du gâteau à se partager.

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