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RECEP TAYYIP ERDOGAN



Le président turc Recep Tayyip Erdogan a promis, dimanche dernier, de parvenir à la paix et la sécurité dans la région, en comparant les risques auxquels fait face la Turquie actuellement aux tentatives antérieures d'envahir l'Anatolie, et a averti que l'effondrement de son pays serait un prélude à l'effondrement à une échelle régionale.

«Si l’Anatolie s’effondre, il n’y aura ni Moyen-Orient, ni Afrique, ni Balkans…»

S’exprimant à l’occasion de l’anniversaire de la bataille de Manzikert qui a eu lieu 947 ans plus tôt et durant laquelle les Turcs seldjoukides ont battu l'Empire byzantin, Erdogan a promis d'apporter la paix et la sécurité en Irak et les régions de la Syrie ne sont pas sous contrôle turc, promettant une victoire contre les organisations terroristes dans la région. S’adressant à la population dans l’Etat de Bitlis (sud-est), le président turc a estimé que les récentes attaques contre la Turquie, sont similaires aux tentatives précédentes visant à envahir l'Anatolie, avertissant que de telles actions conduiront à l'effondrement des régions voisines. S’adressant aux foules, Erdogan a dit: «N’oubliez pas que l’Anatolie est un rempart imperméable et s'il s’effondre il n’y aura ni Moyen-Orient, ni Afrique, ni Balkans, ni Caucase.» Le président turc a souligné que son pays n’est pas seulement un territoire à l'intérieur de ses frontières, mais la partie visible d’un iceberg qui porte dans ses profondeurs une grande responsabilité à l'égard de son histoire glorieuse, ses civilisations anciennes et ses obligations humanitaires. "Nous devons être forts dans toutes nos institutions, sinon les ennemis ne nous permettront pas de vivre un jour, ni dans ce pays ni dans aucune partie du monde", a-t-il déclaré.

Le président Erdogan a rendu public une déclaration dans laquelle il a indiqué que la République turque est le fruit d'une résistance épique contre les pays les plus puissants du monde, et il est construit sur des bases solides établies avec une «victoire de Manzikert», soulignant l'importance de l'indépendance du peuple turc pour faire face aux attaques actuelles contre l'économie turque.

La bataille de Manzikert qui a eu lieu en 1071 dans l'Etat de Mouch, à l’Est de la Turquie, est le point de départ de la défaite de l'Empire byzantin, quand le sultan seldjoukide Alp Arslan a défait une armée byzantine composée d'environ 200 000 soldats avec environ 20 000 hommes seulement.

La guerre économique, déclenchée par l’américain Donald Trump, a déjà coûté des plumes à la monnaie turque. La valeur de la livre turque a fondu de près de 40% face au dollar et à l’euro depuis le début de l’année. Face au bras de fer qui l’oppose depuis au président américain, Recep Tayyip Erdogan a appelé à une «lutte nationale».

La chute drastique de la livre turque – la plus grave en quarante ans – s’explique en partie par l’actuelle crise diplomatique avec les États-Unis. La semaine dernière, Washington a pris la décision radicale d’imposer des sanctions contre son allié au sein de l’OTAN, en visant directement deux ministres, celui de la Justice et de l’Intérieur. À l’origine de cette décision : la volonté de «punir» la Turquie pour la détention du pasteur américain Andrew Brunson. Accusé de «terrorisme» et «d’espionnage», ce dernier vient de passer un an et demi en prison et a récemment été placé en résidence surveillée pour la durée de son procès. Pour l’heure, les tractations diplomatiques n’ont permis ni d’apaiser les tensions, ni de rassurer les marchés. Bien au contraire.

 

Les dessous d’un conflit

Et la réponse aux représailles américaines, le président Erdogan a dénoncé un “complot international” et menacé de geler tous les avoirs américains en Turquie. Au-delà des turbulences diplomatiques actuelles, cette crise a des racines bien plus profondes et résulte des choix du président turc sur la politique monétaire qui ne sont pas du goût des investisseurs étrangers. Erdogan est contre toute hausse des taux d’intérêts. Le président turc a exhorté ses concitoyens à changer leurs devises étrangères en livre turque pour soutenir la monnaie nationale. Le risque, désormais, est que la crise monétaire se transformera en crise bancaire et qu’elle paralyse l’ensemble de l’économie turque. Mais les entreprises turques sont endettées depuis longtemps en dollars et en euros, qui présentaient des taux d’intérêts bien plus bas que la livre turque. Les entreprises se retrouvent donc avec des dettes libellées en devises fortes et une incapacité de financement dans une devise qui s’effondre. 

 

Le poids  géopolitique de la Turquie

Mais si la situation turque est particulière, du fait de ces tensions géopolitiques, la mécanique économique à l’œuvre est, elle, bien loin d’être nouvelle.

 

Le retournement de la FED

C’est même une lame de fond qui a touché de nombreux pays. Et c’est une conséquence directe de la politique mise en place par la Réserve fédérale américaine au lendemain de la crise de 2008, qui a consisté à inonder les marchés de milliards de dollars tout en proposant des taux d’intérêts exceptionnellement bas.  Les financiers se sont alors saisis de cette manne inespérée pour investir dans le monde entier. Mais maintenant que la FED commence à remonter ses taux, les investisseurs trouvent bien plus intéressant et rémunérateur de revenir vers les Etats-Unis, laissant derrière eux des économies exsangues, en manque cruel de liquidités. C’est le même mécanisme qui a causé la chute du peso en Argentine et qui pourrait, en l’absence de politiques appropriées, se propager à l’ensemble de l’économie mondiale.

 

Argentine

Vers une nouvelle crise

Quatre jours après  le brutal effondrement du peso - qui a perdu près de 20 % de sa valeur face au dollar en 48 heures - l'équipe économique du gouvernement de Mauricio Macri (centre-droit) a annoncé hier de nouvelles mesures avant de se rendre à Washington pour reprendre les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI). L'institution financière serait prête à débourser de manière anticipée 29 milliards de dollars - sur les 50 prévus dans le cadre d'un prêt sur trois ans accordé  en juin dernier  à l'Argentine - pour permettre au pays d'honorer ses dettes et de respecter ses engagements en matière de réduction du déficit budgétaire (le gouvernement doit le ramener à 1,3 % du PIB en 2019). Une perspective qui préoccupe les Argentins, qui s'attendent à ce que le FMI, en échange de cette avance, impose des conditions drastiques au pays. La situation économique de l'Argentine, déjà compliquée en raison d'une crise financière qui dure depuis le mois d'avril, s'est dégradée à la suite de l'annonce de ce nouvel appel à l'aide au FMI, mercredi matin, lors d'un  discours télévisé de Mauricio Macri. Un message de moins de deux minutes, maladroit et imprécis, qui se voulait rassurant pour les marchés mais n'a pas eu l'effet escompté et a provoqué une fuite massive de capitaux.

Le lendemain, l'Argentine vivait, hallucinée, son «jueves negro» (jeudi noir), les yeux rivés sur les écrans de télévision, alors que le peso s'effondrait sur le marché des changes et que le dollar prenait son envol, jusqu'à dépasser le seuil historique de 40 pesos. Une spirale infernale que seules de  nouvelles mesures d'urgence ont réussi à freiner : la Banque centrale a relevé de 45 à 60 % son taux d'intérêt directeur, un nouveau record mondial, et a injecté plus de 250 millions de dollars sur les marchés. «Il y a un manque de confiance en l'économie argentine, mais nous allons tout faire pour être moins exposés à la volatilité du marché», s'est hâté d'affirmer le ministre de l'Economie Nicolás Dujovne.

Les prévisions de récession se sont dégradées ces derniers jours, passant de -0,3 % à -1 % du PIB pour 2018. La popularité - déjà au plus mal - de Mauricio Macri en a également pris un coup, et ce alors que le président compte briguer un second mandat l'an prochain. Ce même jeudi noir, sous une pluie torrentielle, le centre de Buenos Aires était paralysé par une immense manifestation en défense de l'université publique, affectée par de fortes coupes budgétaires. Les professeurs réclament notamment une hausse de salaire, à l'instar de Gonzalo Yurkievich, qui enseigne la géographie à l'Université de Buenos Aires : «Dans ce contexte économique, on continue de nous proposer 15 % d'augmentation, alors que l'inflation va dépasser les 30 % cette année». Dans le cortège, sous les parapluies, l'on distingue quelques pancartes avec le slogan «Education, oui. FMI, non». Pour beaucoup d'Argentins, ce nouveau recours à l'institution financière, à qui ils attribuent en partie la responsabilité de la  grave crise de 2001, inquiète. Jusqu'à pousser certains à envisager l'expatriation : «Ce pays va droit dans le mur. Si je veux continuer à étudier et trouver un travail décent, il va falloir que je quitte l'Argentine», estime Sol, étudiante en arts visuels.

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