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Donald trump et les saoudiens flirtent avec la guerre



Au-delà des «contrats mirifiques» et des «fastes» de l'accueil du président américain à Riyad, l'ancien ambassadeur Michel Raimbaud décrit une rencontre qui renforce la «banalisation d'Israël» au Moyen-Orient et diabolise l'Iran, bête noire de Trump.

RT France : Donald Trump n'avait pas tari de critiques envers l'Arabie saoudite pendant sa campagne. Il arrive de Riyad en ayant signé des contrats d'armement de plusieurs centaines de milliards de dollars et créé une alliance militaire avec 55 pays à majorité musulmane. Peut-on parler d'un revirement diplomatique ?

Michel Raimbaud (M. R.) : Donald Trump est au pouvoir depuis peu de temps mais il nous a déjà habitués à de nombreux revirements. Il avait bien dit avant d'être élu qu'il serait imprévisible. Personne ne s'étonne plus de rien.

Il est dans la ligne de ce que j'appelle le «chaos créateur». C'est-à-dire la théorie mise en place par tous les gouvernements américains sous l'égide du courant néoconservateur qui gouverne l'Occident depuis maintenant deux ou trois décennies. Dans cette alliance stratégique de lutte contre le terrorisme, ce sont les Saoudiens et les pays producteurs de pétrole qui vont payer. Je ne sais pas s'il faut parler de revirement étant donné que Donald Trump a dit à peu près tout et son contraire en matière de politique extérieure. Il est néanmoins fidèle à un principe : America first.

Je note que dans les trois sommets qui se sont tenus à Riyad de manière quasi-simultanée – le sommet bilatéral entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite, celui entre les Etats-Unis et le conseil de coopération du Golfe et enfin celui entre l'Arabie saoudite et les pays arabes et musulmans (soit 55 Etats qui n'étaient pas tous représentés au même niveau, seule une quinzaine de pays était représentés par leur chef d'Etat) – ce principe de «l'Amérique d'abord» a été scrupuleusement respecté. Son discours a globalement été de dire : «On veut bien faire tout ce que vous voulez mais au prix fort et c'est à vous de payer.» Dans cette alliance stratégique de lutte contre le terrorisme, ce sont les Saoudiens et les pays producteurs de pétrole qui vont payer. Donald Trump leur dit clairement : «Le Moyen-Orient n'est pas notre affaire, la lutte contre le terrorisme là-bas pas spécialement non plus. Si vous en faites une priorité, c'est à vous de la mettre en œuvre. De notre côté, nous sommes prêts à vous fournir les armes nécessaires» – au prix fort. D'où les contrats mirifiques qui ont été conclus entre Riyad et Washington. Il est vrai que tous les autres pays ont de quoi cauchemarder, à défaut de pouvoir rêver. Le grand bénéficiaire de tous ces sommets – en dehors des Etats-Unis – est sans conteste Israël car sa position est banalisée

RT France : Cette alliance militaire est-elle un blanc-seing donné par les Etats-Unis à l'Arabie Saoudite pour ses futures interventions ?

M. R. : Un Etat et deux entités sont pointés du doigt comme étant au minimum aussi responsable, voire même instigateurs du terrorisme. Tout d'abord l'Iran, qui est la bête noire de Donald Trump, anti-iranien farouche et contre l'accord sur le nucléaire depuis toujours. Ensuite, le Hezbollah, que Donald Trump estime associé directement à l'Iran, et enfin – de manière un peu surprenante – le Hamas, mouvement sunnite. Cela veut dire que le grand bénéficiaire de tous ces sommets – en dehors des Etats-Unis – est Israël, sans conteste.

C'est le grand gagnant car sa position est ainsi banalisée. On voit se poursuivre le mouvement de normalisation et de banalisation des relations entre Israël et les pays arabes de la région, à commencer par les monarchies. J'ai déjà lu des déclarations de dirigeants israéliens qui souhaitent rejoindre cette alliance, bien que, du point de vue des Saoudiens, elle ne soit pas prévue pour eux. Mais cela convient parfaitement à Donald Trump de voir Israël devenir un membre banalisé de cette alliance stratégique de lutte contre le terrorisme. 

Les Saoudiens et d'autres monarchies du Golfe ont d'ailleurs de moins en moins de complexes à dire que l'ennemi numéro un est devenu l'Iran – qui n'a jamais agressé un seul pays arabe – et non plus Israël. C'est là un immense triomphe pour la diplomatie américaine et occidentale.

On en vient à sous-entendre que le véritable Etat derrière la création et le soutien d'Al-Qaïda et de Daesh est l'Iran

RT France : En pointant l'Iran du doigt, les pays signataires de cette alliance se trompent-ils de cible, selon vous, dans la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient ?

M. R. : Le trio Iran/Hezbollah/Hamas a été présenté lors de ces sommets comme commanditaire et inspirateur du terrorisme, au même titre que Daesh et Al-Qaïda. Seulement, le problème reste qu'on ne parle pas de la même chose. Les présenter ainsi sur le même plan contribue à banaliser et à mettre à l'arrière plan les groupes djihadistes. On en vient à sous-entendre que le véritable Etat derrière la création et le soutien d'Al-Qaïda et de Daesh est l'Iran. C'est tout de même un comble venant de l'Arabie saoudite !

Les dirigeants saoudiens et des pays du Golfe auront perdu avec ces sommets ce qu'il leur restait de prestige et de respect auprès des opinions de leurs pays tant est grande leur compromission face aux Etats-Unis

Donald Trump et le roi d'Arabie saoudite ont surtout fait montre de leur mégalomanie lors de ces rencontres. J'étais frappé de voir l'accueil qui a été réservé à Donald Trump par les autorités saoudiennes. C'était démentiel, obséquieux, d'une flagornerie et d'un sens de la flatterie grotesque. Je trouve cela humiliant pour un pays de recevoir avec autant de fastes un autre chef d'Etat. Surtout lorsque l'on voit l'inconstance avec laquelle agit Donald Trump. Je pense que les dirigeants saoudiens et des pays du Golfe auront perdu avec ces sommets ce qu'il leur restait de prestige et de respect auprès des opinions dans les pays arabes et musulmans tant est grande leur compromission face aux Etats-Unis – pays qui est vu comme leur plus grand ennemi depuis des décennies. 

Les Saoudiens sont déjà bardés d'armements alors même qu’ils n’ont gagné aucune guerre, même pas au Yémen

RT France : En Irak et en Syrie, les milices chiites proches des autorités iraniennes font partie des acteurs remportant le plus de victoires contre Daesh. Ces nouveaux accords peuvent-ils bouleverser le cours des combats ?

M. R. : Je ne sais pas concrètement comment ces décisions vont se traduire en Irak et en Syrie car la lutte y est acharnée, certainement à moyen ou long terme. L'alliance annonce la création d'une force de 34 000 hommes venant de différents pays musulmans – non pas uniquement de pays arabes – mais on ne sait pas encore quand et où elle sera déployée. On sait seulement qu'elle sera financée par l'Arabie saoudite avec des armes fournies par les Américains. Avec ces contrats faramineux, il y a de quoi ruiner complètement les Saoudiens. On dit qu'environ 550 milliards de dollars ont été engagés – avec des échéances de paiement diverses. Il y a eu environ 400 milliards sous forme de contrats commerciaux, et entre 110 et 150 milliards d'armements. C'est tout bonnement absurde.

Les Saoudiens sont déjà bardés d'armements alors même qu’ils n’ont gagné aucune guerre, même pas au Yémen. Ils subissent même des tirs de missiles sur Riyad. Des bases du pouvoir de Sanaa ont désormais une sorte de tête de pont dans le sud du territoire saoudien. On est loin d'une victoire. Ils ont tiré sur tout ce qui bougeait, ils ont détruit le Yémen. Ils ont eu ce privilège : le pays le plus pauvre du monde arabe a été totalement détruit par les soins de la riche Arabie saoudite. Ces dirigeants saoudiens sont sans vergogne. Donald Trump s'avère être le meilleur représentant du courant néo-conservateur en Amérique

Quant à Donald Trump, il s'avère, comme je le pensais et le pense aujourd'hui plus que jamais, être le meilleur représentant du courant néo-conservateur en Amérique même s'il semble qu'il a été élu contre l'establishment républicain et démocrate. Il va choisir ses collaborateurs dans ce courant. Son équipe est composite mais ces représentants sont tous extrémistes, milliardaires, bigots et néo-conservateurs.

Donald Trump ne dépare pas dans la lignée des présidents précédents – qu'ils soient démocrates ou républicains. Dans le fond, l'élection américaine a été une fausse élection. Si cela n'avait pas été lui, cela aurait été Hillary Clinton qui était la femme la plus dangereuse du monde. Aujourd'hui, avec Mohammed Ben Salmane – vice-Premier ministre et héritier de l'actuel souverain –, Donald Trump est devenu l'un des deux hommes les plus dangereux du monde. Finalement, on ne gagne rien au change. Il n'y a rien à regretter et il n'y a pas à se réjouir. Donald Trump est simplement un peu plus divertissant.

Cette situation est tout de même très inquiétante. Ces gens qui flirtent avec la guerre dans la plus grande légèreté – et ceux qui commentent cela comme une parole d'Evangile venant des Etats-Unis – en disent long sur l'état de délabrement intellectuel et moral du monde occidental.

Le Maroc en ébullition Al Hoceima s’enflamme

Des affrontements ont éclaté entre manifestants et policiers dans la nuit du 27 au 28 mai dans la ville d'Al-Hoceïma (nord du Maroc), a constaté une équipe de l'AFP.  Aux cris de «Vive le Rif» ou de «Nous sommes tous Zefzafi» (nom du leader de la contestation), des groupes de dizaines de jeunes ont tenté de se rassembler dans les ruelles du centre-ville d'Al-Hoceïma vers 23h (heure locale), le 27 mai.

Les forces de l'ordre, présentes en différents points du centre-ville, aux carrefours et sur les grandes avenues, sont intervenues presque immédiatement pour les disperser à coups de matraques. «Pourquoi vous nous tapez ?», s'est exclamé l'un des manifestants, tandis que la plupart d'entre eux reculaient sous les coups, se mettaient à couvert dans les ruelles et que d'autres lançaient des pierres sur les policiers. Ces jeunes disaient vouloir venir manifester sur la grande place du centre d'Al-Hoceïma, épicentre des manifestations populaires qui secouent la ville depuis plus de six mois.

Le 27 mai, cette place – où est situé le principal commissariat de la ville – était occupée en partie par des unités antiémeutes, tandis qu'ailleurs, dans des rues voisines ou des quartiers plus éloignés, la police empêchait les groupes de contestataires de converger vers le centre-ville. Les réseaux sociaux ont fait état de tentatives de manifestations similaires dans d'autres villes de la région, à Imzouren notamment, où les forces de l'ordre sont également intervenues pour disperser des groupes de manifestants.

Dans la région du Rif, la province d'Al-Hoceima est le théâtre de manifestations récurrentes depuis la mort, fin octobre 2016, d'un vendeur de poisson, broyé accidentellement dans une benne à ordures. Au fil des mois, la contestation, menée par un petit groupe d'activistes locaux, a pris une tournure plus sociale et politique, exigeant le développement du Rif, à leurs yeux marginalisé, dans un discours identitaire teinté de conservatisme et de références islamiques.

Défiant le «makhzen» (pouvoir) depuis des mois par ses harangues enflammées, Nasser Zefzafi, le leader de ce mouvement baptisé «hirak» (la mouvance), est recherché depuis le 26 mai par la justice, après avoir interrompu le jour même le prêche d'un imam dans une mosquée de la ville. Nasser Zefzafi a pu échapper à la police et est actuellement en fuite.

Des heurts avaient déjà eu lieu dans la nuit du 26 au 27 mai, tandis que les forces de l'ordre, en uniforme et en civil, étaient déployées en nombre dans les rues et aux carrefours de la ville d'Al-Hoceima qui compte environ 56 000 habitants. Au moins vingt personnes, dont plusieurs militants connus du «hirak», ont été arrêtées ces dernières 48 heures, accusées notamment «d'atteinte à la sécurité intérieure» et de divers «crimes et délits touchant l'ordre public», selon la justice.