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Des Frontières (1)



Une des premières choses que nous apprend la psychologie, c’est que l’enfant à l’origine ne perçoit que des différences.  Le bon/le mauvais, le chaud/le froid, le noir/le blanc...  

Comme nous l’apprend le texte de Freud sur la négation, ces différences sont marquées par la négation.  Le mauvais est le non bon, le froid est le non-chaud, le noir est le non-blanc.  L’enfant vit dans un univers contradictoire. Puis il prend une grande décision qu’on a appelé le jugement d’attribution.  Il rassemble alors tout ce qu’il juge bon et le garde dans son moi et rejette ce qu’il juge mauvais hors de son moi.   Dans son moi il n’y a plus que des entités non contradictoires.  À partir de ce moment, sa perception va favoriser les entités non contradictoires qui sont ou qui ne sont pas. C’est là que se développe le jugement d’existence.  Pour chaque chose qu’il observe, il lui faut décider si elle existe ou si elle est une hallucination.  Le sein est perçu par rapport à l’absence du sein, le phallus par rapport à l’absence du phallus et la mère par rapport à l’absence de la mère. Tout ceci, pour dire que la première chose que perçoit un humain à sa naissance c’est une frontière.  Une différence entre deux choses. Et comme notre esprit perçoit le monde à travers des signifiants, notre esprit lui-même se construit sur cette caractéristique de notre perception.  Les premières choses que nous sommes capables de comprendre, nous les comprenons grâce à des oppositions de signifiants.  Et, d’ailleurs, ce n’est pas seulement notre esprit qui est structuré par des oppositions de signifiants, mais l’esprit des collectivités qui est également structuré par des systèmes symboliques où prédominent les oppositions de signifiants.  Comme nous le montrent les travaux en anthropologie.

C’est dire combien la question des frontières est primordiale dans le plein sens du terme.  Mais il ne faut pas s’imaginer qu’une frontière c’est simplement une ligne tracée sur une carte qui sépare deux pays. C’est un phénomène bien plus complexe.  Une frontière c’est un être vivant qui a une vie propre et qui, par sa nature, va déterminer les choses qu’elle distingue.  Une frontière ce n’est pas seulement une limite entre deux États, c’est aussi une limite entre des objets, des humains, une limite entre des signifiants, ou enfin une limite entre les sexes.

Mais au-delà de l’immense variété des êtres qu’une frontière peut séparer, on peut repérer seulement deux sortes de frontières possibles : celles entre deux êtres et celles entre un être et le non-être.  La première sorte de frontière entre deux êtres a été théorisée par Héraclite qui a même poussé la réflexion jusqu’à tracer une frontière à l’intérieur du même être entre l’être et le non-être.  La deuxième sorte de frontière a été théorisée par Parménide, auteur de la fameuse formule : L’être est et le non-être n’est pas.

Peut-être qu’une bonne façon d’en parler est de relater l’histoire du fort/da qui est racontée par Freud à propos de son petit-fils.  Le travail que fait cet enfant sur la différence entre deux signifiants fort et da, loin et proche, aboutit à sa capacité de faire la différence entre la présence de sa mère et son absence.  Ici, on voit nettement la différence entre la frontière entre deux signifiants fort et da et la frontière entre la présence maternelle et son absence.  En remarquant le fait que c’est la différence entre deux signifiants qui précède et qui produit la différence entre un signifiant et son absence.

Prenons l’exemple de l’homme et de la femme.  Dans un premier temps, on peut penser qu’ils ont beaucoup de points communs.  En ce qu’ils ont un corps très semblable, capable d’exercer des activités semblables, d’agir, de penser, etc.  La différence par contre entre un homme et une femme c’est leur sexe et leur comportement par rapport à la sexualité en fonction de leur sexe.  Donc s’il y a des différences qui sautent aux yeux et qui sont continuellement rappelées à la mémoire par les différences de vêtements ainsi que les caractères sexuels secondaires, il y a tout de même des  points communs non négligeables.

Dans les sociétés traditionnelles, chaque membre du couple est conscient de la différence des sexes et des rôles sociaux de chaque sexe et il a le souci de ne pas outrepasser sa limite par respect pour le partenaire.  Si l’un d’eux est appelé par les circonstances à jouer le rôle de l’autre, il le fera autant que possible discrètement pour ne pas heurter les sentiments du partenaire et surtout pour ne pas transgresser cette frontière sécurisante pour tous qu’est la différence des sexes. Puis à un moment donné, il se passe quelque chose, on ne sait pas vraiment quoi.  Tout se passe comme si la frontière qu’on avait jusque là était devenue trop perméable.  Sans compter que l’état de droit introduit l’égalité dans un lien jusque-là différentiel et le dénonce du fait même comme inégalitaire et donc illégitime.  Il y a une disparition de la différence des sexes qui est effacée par la notion d’égalité.  Cette différence avait un aspect structurant à tous les niveaux, individuel et social.  Il y a une obligation de la remplacer par quelque chose d’équivalent.  Il y a comme une urgence à mettre des limites là où la notion de différence qui en fournissait une, facile et naturelle, a disparu.  Comment mettre ces limites ?  Il faut très vite trouver une solution.  Et la solution qu’on trouve assez rapidement est le contraire de la solution qui prévalait jusque-là. L’état précédent était différentiel.  Pour sortir de cet état devenu dangereux, sans qu’on sache pourquoi, on va rentrer dans le contraire du différentiel, c’est-à-dire dans l’uniforme.  On va faire un triage et mettre dans un même sac les choses identiques entre elles.  Et comme on a affaire à une différence, on va obtenir deux sacs totalement distincts l’un de l’autre. En mai 68, l’image paternelle s’est largement écroulée et les rapports sexuels se sont trouvés tout à coup autorisés sans contraintes.  Si bien que les hommes comme les femmes pouvaient pratiquer la sexualité jusqu’à satiété.  C’est-à-dire jusqu’au moment où la différence des sexes n’est plus en mesure de stimuler le désir.  Chaque sexe s’est trouvé dans le plus grand danger; celui de se dissoudre dans l’autre sexe.  Devant ce risque d’envahissement réciproque, il fallait prendre des mesures urgentes qui visaient à restaurer la différence des sexes évanouie.

C’est là qu’est né le féminisme.  Quel que soit le contenu logique qu’on peut lui donner, ce mouvement est destiné à rassembler dans l’uniformité ce qui était jusque-là dispersé dans la différence.  On commence alors à dire que la femme a une sexualité spécifique, qu’elle a une identité et des caractéristiques qui la distinguent des hommes de façon essentielle.

Ce qui est remarquable ici, c’est qu’en même temps que la femme apparaît comme entité individuelle distincte, elle se trouve homogène à une collectivité de femmes qui se distingue de la collectivité des hommes.  La femme devient forcément féministe à moins qu’elle ne dise expressément qu’elle ne l’est pas.  Et même dans le cas où elle se désolidarise du féminisme, on ne la croit qu’avec difficulté.  De même que les hommes sont forcément antiféministes à moins qu’ils ne disent expressément qu’ils sont de farouches féministes.  Et là encore, on a des doutes quant à leur sincérité et ils doivent prouver par leur comportement qu’ils le sont vraiment. Un autre exemple intéressant du même phénomène a eu lieu dans le monde musulman vers la fin des années quatre-vingt. 

La colonisation occidentale violente se poursuit en Palestine au nom du sionisme chrétien et juif, donc de deux religions qui ne sont pas l’islam.  Sans compter que les musulmans ont accumulé les défaites sur les plans militaire et politique.   Par suite la figure paternelle et divine qui est censée protéger la communauté s’est absentée.  Elle ne protège plus personne et laisse ses ouailles se débattre dans un univers incompréhensible. De plus, la libéralisation des mœurs pratiquée en Occident risque de contaminer l’Orient et menace la structure familiale qui est la seule valeur refuge dans la détresse.  Il fallait impérativement trouver un moyen de limiter les risques de dissolution de la famille.  Pour contrer ces risques, on a alors entrepris d’isoler la femme de l’homme.  

Petit à petit, les femmes ont adopté le voile sous des aspects soft avec le foulard ou sous des aspects hard avec la burqa ou le voile intégral.  Et la différence des sexes qui était un fait anthropologique que chacun respectait spontanément autrefois, devient tout à coup un texte de loi de la charia. Vous voyez comment, dans des univers extrêmement différents, l’Orient et l’Occident, on a obtenu des résultats anthropologiques très semblables qui se résument à dire qu’à partir d’une relation individuelle, où chacun respecte une règle anthropologique spontanée, on a abouti à créer des individus inscrits dans deux groupes homogènes distincts avec une frontière très nette entre les deux groupes, formalisée par des lois collectives.  Les lois de l’égalité des sexes et du féminisme en Occident et les lois de la charia en Orient.  Ce faisant, on passe de l’hétérogène à l’homogène, de l’individuel au collectif, du structural au groupal, du cosmopolite au sexuellement pur, etc.  Un point qu’il ne faut pas perdre de vue dans cette mutation, c’est que la différence individuelle est devenue une différence collective.  Ce qui veut dire que ces êtres qui étaient pragmatiquement différenciés par leur sexe et leur rôle social sont désormais placés dans deux sacs différents.  Ils appartiennent désormais à deux catégories différentes, presque à deux nations différentes et ont un corps matériel distinct.  Ils sont, par suite d’une essence matérielle différente.  L’espace vaste et poreux où cohabitaient hommes et femmes est devenu une frontière hermétique et intransigeante entre les hommes et les femmes.

C’est pour cette raison que sont apparues, après 68 en Occident, les diverses formes de sexualité comme entités autonomes. Lesbiennes, Gais, Bisexuels et Transsexuels ne trouvaient plus leur place dans un monde divisé en seulement deux groupes humains.  Ils ne parvenaient pas à s’insérer dans cette bipartition du monde alors que la formule précédente, plus nuancée et plus graduelle, leur laissait une place discrète.

Ce phénomène de mutation de la frontière qui a lieu entre les hommes et les femmes en Occident et en Orient a eu lieu d’innombrables fois entre toutes sortes de catégories partout dans le monde.  Le phénomène a été particulièrement évident avec la diffusion de l’État-nation et la colonisation, depuis le XVe siècle jusqu’à nos jours.  Chaque État-nation a eu son lot d’épuration ethnique et chacune de ces épurations était due à l’intervention spontanée de ce processus anthropologique qui se reflétait consciemment sur le plan politique.  La liste des épurations ethniques de l’État-nation est longue et attristante, elle commence en 1492 par la chute de Grenade avec l’expulsion des juifs et des musulmans d’Espagne et la découverte de l’Amérique et l’extermination de la population autochtone. Ces épurations ne sont malheureusement pas encore terminées.  Des génocides en cours, il y en a en Palestine, en Syrie, au Yémen, au Myanmar, et en Chine pour ceux qui sont les plus apparents.  Mais il y en a certainement bien d’autres qui sont plus discrets.  Et qui sont tous dus à ce changement de nature de la frontière. Cette problématique ne s’applique pas seulement au sein des États-nations, elle s’applique aussi dans les situations coloniales.  L’essence de la colonisation est de s’approprier un pays ou une région qui devient d’un seul coup, partie intégrante de la métropole.  Entre les colonisés et les colons se crée une frontière cosmopolite où chacun va avoir à négocier avec la présence de l’autre.  Ça peut se passer relativement bien, comme ça peut se passer très mal.  La situation peut rapidement devenir conflictuelle et aboutir à une lutte nationaliste qui se termine par le tracé d’une frontière nationale.  C’est ce qu’on a appelé la décolonisation. Aujourd’hui, les problématiques de colonisation et de décolonisation sont relativement apaisées sauf aux États-Unis où elles se manifestent simultanément vis-à-vis de la communauté noire et de la communauté amérindienne, et en Palestine où elles sont demeurées très vives. L’exemple des juifs illustre bien ce passage de la différence individuelle à la différence collective.  Avant l’État d’Israël, le judaïsme était une religion et le juif se différenciait du non-juif à un niveau individuel ou parfois à un niveau communautaire dans des ghettos.  Mais avec l’État d’Israël, la différence devient collective.

Le judaïsme devient une nation et perd sa qualité de religion.  Il n’est plus une croyance, il devient une corporéité trop dispersée qu’il faut rassembler dans un même lieu, fût-ce au prix de la destruction de la société palestinienne.

Il y a déjà ici, un changement de dimension.  On passe du juif individuel, membre d’une communauté, au juif collectif, citoyen d’une nation.  Dans ce cas, cependant, il y a un autre changement de dimension.

Israël a maintenu vivante l’horreur nazie, en mesurant sans cesse tous les actes des non-juifs à l’égard des juifs à l’aune de l’antisémitisme.  Il n’y a pas de geste innocent à l’égard d’un juif.  Un non-juif est forcément antisémite, à moins qu’il ne démontre le contraire de façon manifeste.  Et là encore, on aura des doutes.  Il lui faudra continuellement recommencer à prouver sa bonne foi pour que le doute s’atténue. Le modèle nazi a été généralisé au monde entier qui stipule que «tout non-juif est suspect de nazisme et d’antisémitisme jusqu’à preuve momentanée du contraire».  Les non-juifs sont sans cesse en train de se disculper ou de fermer les yeux sur les pires exactions d’Israël par crainte de justifier l’accusation implicite qui pèse sur eux.  Ce qui rend très tendue la relation des juifs et des non-juifs, et encourage par suite la migration des juifs vers Israël depuis les pays du monde entier.  Même les juifs sont suspects, s’ils ne soutiennent pas Israël, d’être des nazis pour eux-mêmes, des self-hating jews.  Pour Israël, le monde entier est une frontière cosmopolite qu’il faut transformer par la ségrégation des non-juifs et les migrations des juifs en frontière nationale. La ségrégation homme/femme ainsi que la ségrégation juif/non- juif sont sans doute à l’origine de l’incroyable diffusion des mouvements fascistes dans de si nombreux pays en Orient et en Occident.  Ces mouvements et gouvernements fascistes vont sans doute provoquer des épurations ethniques ainsi que de nouveaux flux migratoires. Des migrations multiples vers un pays du nord déterminé sont fréquentes depuis le début de la période coloniale.  On observe cependant depuis quelques années un phénomène nouveau : les migrations depuis des pays multiples vers des pays multiples.  Les migrants qui risquent leur vie en Méditerranée ou dans les déserts du Texas ne proviennent pas d’un pays particulier.  C’est un panachage de tous les pays du Sud.  Ces migrants ne se rendent pas dans un pays particulier.  N’importe quel pays du Nord pourrait leur convenir, de l’Italie à la Suède, des États-Unis au Canada.

Il y a donc objectivement une situation de frontière cosmopolite à l’échelle mondiale.  Essayons de deviner comment la situation va évoluer à la lumière de ce qui a été dit  précédemment.  On a vu tout à l’heure que dans le passage de la frontière cosmopolite à la frontière collective, il y avait également un passage du singulier au collectif. En gardant la même logique, mais en changeant d’échelle, on va se retrouver avec une collectivité de métropoles qui vont s’opposer ou se différencier radicalement d’une collectivité de pays producteurs de migrants.  On va voir se constituer une collectivité de pays occidentaux blancs qui va s’inventer des spécificités qui les différencient des pays non blancs. Le phénomène se passe sous nos yeux.  Il y a une internationale de l’essentialisme blanc qui est en train de prendre forme.  La vague brune a déjà déferlé sur la Hongrie, la Pologne, l’Italie, l’Autriche, les États-Unis, le Brésil,  bientôt l’ensemble des pays occidentaux va tenter de faire bloc face aux invasions barbares,

Le terme «barbare» nous rappelle bien sûr, la décadence et la chute de l’Empire romain.  C’est dire que la question de la mort n’est jamais très loin.  L’autre, le barbare, le nomade apporte  la mort.  Pourquoi ? Comment ?

Ibn Khaldoun, cet inventeur de la sociologie, a un point de vue très original sur la question.  Il nous dit qu’il y a une lutte cyclique entre le nomade et le sédentaire.  Sa théorie est la suivante : une dynastie qui gouverne une cité a une espérance de vie de quatre à cinq générations.  Et il explique très bien pourquoi.  Au bout de ce temps, la dynastie est en quelque sorte usée par le temps et l’exercice du pouvoir.  C’est à ce moment de faiblesse extrême de la dynastie que les barbares qui nomadisent autour de la cité l’envahissent, non pas pour la détruire, mais pour constituer une nouvelle dynastie. Si on suit la pensée d’Ibn Khaldoun, on s’aperçoit que le nomade représente l’usure et la mort du sédentaire,  le nomade représente la mort pour le sédentaire parce qu’il lui tourne autour pendant plusieurs générations en attendant le moment propice pour pouvoir l’envahir comme un prédateur.  Pour le sédentaire, c’est de la mort qu’il s’agit, mais pour la cité, c’est une revitalisation, un apport de sang neuf, qui va lui permettre de sortir de sa torpeur.

Mais pourquoi quatre à cinq générations ?  Ibn Khaldoun nous explique comment une dynastie qui règne dans une cité s’use au pouvoir.

• La première génération d’une dynastie «connaît le prix de son œuvre et sait maintenir les vertus qui ont créé sa gloire et l’ont fait durer».

• La deuxième génération, «le fils… s’est instruit auprès du son père.  Mais il ne vaut pas son père parce que celui qui apprend par l’étude est inférieur à celui qui est formé par l’expérience».

• À la troisième génération, on se contente d’imiter et de se reposer sur le principe d’autorité.

• Quant à la quatrième génération, elle est inférieure, à tous points de vue aux trois autres.  L’arrière-petit-fils a perdu les qualités glorieuses de ses aïeux.  Il les méprise même, ne se doutant pas des efforts qui ont construit sa dynastie.  Il se croit né pour commander.  Il méprise les siens qui, à leur tour, le méprisent et se révoltent.  C’est ainsi que prend fin la dynastie. Prenons l’exemple d’Œdipe pour mieux comprendre Ibn Khaldoun.  La première génération c’est Œdipe qui tue le roi de Thèbes et la sphinge et qui reçoit en récompense le trône et le lit de Jocaste.  Le meurtre du roi signifie le changement de dynastie.  Mais que signifie le meurtre de la sphinge?  La sphinge est un monstre chtonien, c’est-à-dire qui représente la terre.  Celui qui tue la sphinge parvient à vaincre la terre. C’est-à-dire à la domestiquer.  Celui qui domestique la terre, comme l’a fait avant lui Saint-Georges qui a tué le dragon avec une lance, devient un agriculteur, c’est-à-dire un sédentaire.  N’oublions pas que Georges vient de Géo et Ergo qui veut dire le travailleur de la terre, le paysan en somme.  La lance est ici le symbole du soc de la charrue qui laboure la terre.  Œdipe,comme Saint George, est donc un nomade qui se sédentarise en conquérant le pouvoir dans une cité comme nous l’explique Ibn Khaldoun.  Dans ce moment privilégié,  les frontières de la cité sont poreuses.  Les nomades et les sédentaires se mélangent.  La cité est régénérée par ses immigrants. Puis progressivement les compétences gouvernementales d’Œdipe diminuent.  Les problèmes de la cité se multiplient.  La peste se déclare.  Le pouvoir est progressivement délégitimé.  Jusqu’à l’alternance d’Étéocle et Polynice au pouvoir.  C’est le modèle de la quatrième génération d’Ibn Khaldoun qui, nous dit-il, se croit né pour commander.  De fait, ils n’ont aucun mérite dans leur prise de pouvoir sinon d’être les fils d’Œdipe.  Leur dé-ligitimation est totale. Si bien que pour éviter l’envahissement de Thèbes par les autres cités coalisées, il faut mettre en valeur la muraille protectrice contre l’envahissement.  La scène d’Antigone où le cadavre de Polynice est abandonné au pied des murailles de Thèbes à la merci des animaux sauvages, illustre bien l’importance que prend la muraille face aux prédateurs potentiels qui lui tournent autour.

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