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Ricardo ACABADO, PDG de Texeira Duarte :



Nous sommes en train de réaliser trois projets pour le compte du ministère des Travaux publics et celui des Transports. Nous réalisons les gares de péage de l’autoroute, lot ouest qui traverse cinq wilayas. C’est un projet qui est aux alentours de 60-70% du taux de réalisation. C’est un projet qu’on terminera fin 2019. 

«Nous sommes présents en Algérie depuis 14 ans»

Crésus : L’entreprise Texeira est toujours active en Algérie alors qu’on entend dire ça et là que l’Algérie est en crise et que tout est à l’arrêt, qu’il n’y a pas de projets. Que pensez-vous de ça ?

Ricardo Acabado : Ce n’est pas qu’il n’y a pas de projets, mais il n’y a pas de nouveaux projets. On est en train de réaliser les projets existants. Il est vrai qu’il y a moins d’avis d’appels d’offres internationaux nouveaux. Mais nous, nous avons beaucoup d’anciens projets et un plan de charges qui s’étale jusqu’à 2020-2021. J’espère que l’économie algérienne ira mieux et qu’il y aura de nouveaux projets à l’avenir et que les entreprises de droit algérien puissent soumissionner.

La problématique de l’émergence de l’économie algérienne se pose toujours et certains la lient à la règle 51/49. Des entreprises étrangères, portugaises notamment, ne peuvent pas venir chez nous à cause d’une telle loi. Est-ce que la révision ou la suppression de cette règle permettra aux entreprises portugaises de s’installer définitivement en Algérie et rayonner sur le Maghreb et l’Afrique?

La règle 51/49 s’applique uniquement au domaine de l’investissement, c’est-à-dire à la création de sociétés mixtes de droit algérien. Elle ne s’applique pas pour les appels d’offres internationaux. Par exemple,  je peux soumissionner en tant qu’entreprise étrangère en partenariat avec des entreprises algériennes. 

Il est vrai que dans le domaine de l’investissement, celui qui veut investir veut avoir le contrôle sur son investissement. Et là, même si la loi algérienne dans le cadre du 51/49 permet de donner la gestion au partenaire minoritaire, on a comme une difficulté à avoir le contrôle de cette gestion sans être majoritaire.

Nous, nous avons une expérience en Algérie d’une société mixte réalisée il y a quelques années avec la plus grande société étatique spécialisée dans la construction qui est Cosider.  A l’époque, nous avons créé la société mixte à 50/50 et le 51/49 ne nous gêne pas. Mais lorsque notre partenaire a voulu intégrer cette société mixte dans son groupe, alors nous avons cédé nos parts et quitté cette société pour lui permettre de la récupérer.

Pourquoi ne pas permettre aux sociétés étrangères de s’implanter à 100% en Algérie, si on veut encourager l’investissement étranger, dès lors qu’il ne s’agit pas de secteurs stratégiques ?

Il est vrai que dans la mentalité de celui qui veut investir ici, la règle 51/49 peut empêcher l’investissement d’aboutir. On est passé d’un système il y a quelques années où l’investisseur étranger peut créer sa société de droit algérien à 100% sans empêchement mais cela s’est fait sans permettre aux sociétés algériennes de profiter de l’expertise de cette entreprise étrangère de droit algérien, à un autre système qui impose une majorité algérienne dans la gestion. Les bons résultats c’est pour le moyen terme.

Le problème aussi dans les sociétés mixtes et les sociétés étrangères, c’est le transfert de dividendes. Beaucoup d’entreprises se plaignent de ces contraintes fiscales et bancaires liées au transfert de dividendes.

Nous, nous travaillons dans le cadre des appels d’offres et le législateur a laissé une fenêtre ouverte à ce propos aux entreprises qui réalisent dans le cadre de cette loi.

 

Texeira n’a pas de nouveaux projets ?

Nous avons un plan de charges qui va jusqu’à 2021 et qui contient des projets ayant atteint un stade final et d’autres pas encore. C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’appels d’offres. Il y en a ceux qui viennent d’être publiés et ils concernent les Travaux publics et les Transports. Mais il n’y en a pas comme avant pour nous permettre de soumissionner. La compétition va être très serrée et très dure parce qu’il n’y a pas beaucoup de projets comme avant. Donc, il va y avoir plus de monde sur les mêmes appels d’offres.

 

Dans l’appel d’offres relatif à la restauration de la résidence étatique Djenane Al Mithaq, vous avez été moins disant. Que s’est-il passé par la suite ?

Il y a eu un appel d’offres restreint. Nous avons en effet soumissionné pour ce marché et nous avons même été attributaire. Ce qu’il s’est passé, c’est qu’entre la signature du marché et la signature de l’ODS, il s’est écoulé une année et demie et, entre-temps, le dinar a été dévalué. Nous avons écrit pour demander une actualisation des prix en tenant compte de la dévaluation du dinar mais notre demande n’a pas été acceptée. Du coup, le contrat a été annulé.

 

Pourtant le gouvernement fait beaucoup confiance à Texeira. Il n’y aura pas de marché de restauration de Djenane Al Mithaq ?

La confiance est mutuelle. Tous nos projets ont été bien réalisés, dans les délais possibles et avec la qualité dont l’Algérie a besoin. Tous les maitres d’œuvre des projets qu’on a réalisés sont satisfaits et nous avons une belle image auprès du gouvernement algérien.

 

C’est dommage qu’au-delà de 2022, vous n’ayez pas d’autres projets. Peut-être que cela va reprendre.

Je pense que c’est une situation momentanée. Il est vrai que l’année 2018 a été mauvaise. Elle a été aussi l’année de la crise et de la restructuration financière pour le gouvernement algérien. L’année 2019 sera une année spéciale et il y a des préparatifs jusqu’à la moitié de l’année. Ce qui fait qu’il ne va pas y avoir quelque chose d’extraordinaire d’ici là. Je suis optimiste qu’à partir de la seconde moitié de l’année 2019 ou en 2020, les projets vont reprendre et, incha’Allah, la remontée des prix du pétrole va nous aider

 

Texeira est sur combien de projets actuellement et dans quelles wilayas ?

Nous sommes en train de réaliser trois projets pour le compte du ministère des Travaux publics et celui des Transports. Nous réalisons les gares de péage de l’autoroute, lot ouest qui traverse cinq wilayas. C’est un projet qui est aux alentours de 60-70% du taux de réalisation. C’est un projet qu’on terminera fin 2019. Nous réalisons actuellement aussi la pénétrante de Chlef. Nous avons aussi celle de Skikda. Nous sommes à 30-35% du taux d’avancement sur les deux pénétrantes. J’ajoute que toutes les deux sont réalisées dans le cadre d’un groupement avec des entreprises algériennes. Dans l’hydraulique, on est à 99% du taux d’avancement dans la réalisation de la STEP d’Ali Mendjeli, à Constantine. On est en train de réaliser le siège d’AGB et qui sera terminé dans le premier semestre de 2019. Nous avons aussi d’autres projets dans le cadre de la géotechnique qui sont en cours. Nous avons aussi un projet pour la Marine nationale à Mers El Kebir.

 

Vous êtes bien appréciés par les autorités algériennes…

C’est vrai que nous sommes transversaux à beaucoup de secteurs. On a une réputation qui est basée sur 14 années d’existence en Algérie. On est venus en Algérie pour y rester, c’est comme un mariage.

 

Un bâtiment comme celui que vous êtes en train de réaliser pour la banque AGB, cela coûte combien ?

Vous savez, le bâtiment d’AGB est très sophistiqué, très moderne. Il n’y a pas de comparaison possible avec un bâtiment classique, celui-là sera autonome en matière d’énergie électrique. Il va y avoir du photovoltaïque et beaucoup d’autres choses qui feront que ce sera un bâtiment très différent, non seulement du point de vue architecture mais il va avoir aussi son propre parking. Il sera identique à ceux qu’on construit aux Etats-Unis, à Dubaï ou au Qatar.

 

La maintenance d’un bâtiment pareil ne doit pas être chose aisée. Comment ça va se passer ?

La maintenance, ça c’est autre chose. En vertu du contrat qui nous lie à AGB, nous allons nous occuper de la maintenance du bâtiment pour une période de deux années après la fin des travaux de réalisation et nous avons une filiale qui s’occupe de ça. C’est une filiale qui est active au Qatar et nous allons profiter de ce contrat pour la promouvoir ici en Algérie.

 

Y a-t-il eu transfert de savoir-faire à l’occasion de la conception et de la réalisation d’un ouvrage pareil ?

La conception de l’ouvrage a été réalisée par un cabinet libanais. Et c’est une société qui appartient au groupe AGB. Texeira ne fait que construire le bâtiment.

 

C’est un bâtiment dont la construction est financée à 100% par AGB ?

Oui bien sûr. Nous n’avons qu’un seul client, c’est AGB. Et AGB est un banque de droit algérien avec des capitaux étrangers. 

 

Ça coûte combien un bâtiment pareil ?

Il faut savoir que c’est une surface bâtie à cigare et c’est un projet qui dépasser 120 millions d’euros équivalent. En Europe, à Dubaï ou au Qatar, il aurait coûté plus. Donc c’est un bâtiment réalisé à un prix des plus raisonnables. Il y a aujourd’hui en Algérie des bâtiments qui coûtent un peu plus cher. Vous avez à titre exemple certains hôtels, la Grande Mosquée d’Alger…

 

Texeira emploie combien de personnes en Algérie ?

Pour l’ensemble des projets en Algérie, nous avons à peu près 1000 Algériens et autour de 160 expatriés. C’est un ratio acceptable dans le cadre de la politique appliquée dans ce genre de situation. Le personnel algérien bénéficie de formations.

 

Vous faites des contrats CDI ou CDD ?

 Les contrats sont en fonction de la durée de réalisation des projets. Aussi, la loi nous oblige à recruter le personnel dont on a besoin dans la wilaya où est implanté le projet, et ce, dans le cadre de la politique de promotion de l’emploi local. Dans des cas exceptionnels, on est autorisés à transférer du personnel d’une wilaya à une autre et ce, fonction de besoins spécifiques.

 

Un mot pour conclure ?

On croit en l’Algérie et en ses capacités à gérer une économie et par là à permettre à notre société Texeira Duarte de développer son métier de constructeur et dans d’autres secteurs tels que l’hôtellerie, le tourisme, qui est une manière de diversifier son économie. Il y a beaucoup de pays, notamment le Portugal, qui vivent du tourisme et qui gèrent des chiffres pharaoniques.

Nous sommes là pour continuer à travailler avec nos frères et amis algériens et on continue de croire en l’Algérie.

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